Michel Sardaby, les notes éternelles d’un virtuose du jazz

Michel Sardaby, figure emblématique du jazz, a clos le chapitre de sa vie le 6 décembre 2023 à Paris, laissant derrière lui un héritage musical d’une richesse exceptionnelle. Né le 4 septembre 1935 à Fort-de-France, en Martinique, il a débuté sa passion pour le piano à l’âge précoce de cinq ans, guidé par son père, Bernard Sardaby, lui-même pianiste de renom au sein de la bourgeoisie locale. Affectionné sous le surnom affectueux de « Bèbène », Michel s’est rapidement démarqué en tant que prodige musical, jouant avec une maîtrise impressionnante du boogie-woogie, imprégné d’un sens aigu du rythme.

Après des études à l’école des arts appliqués et l’obtention de son diplôme à l’École Boulle, son cœur s’est résolument tourné vers la musique. Paris devint le théâtre de ses premières performances dans des clubs prestigieux tels que « La Cigale », où il partagea la scène avec des légendes du jazz comme Benny Waters, Dexter Gordon, et Kenny Clarke. Son implication dans l’enregistrement de « Tape for Billy » en 1967, aux côtés de maîtres tels que Duke Ellington, souligne l’ampleur de son influence.

Le premier album de Michel, « Five Cat’s Blues » (1969), marqua le début d’une carrière remarquable. En 1970, il forma un trio avec Percy Heath et Connie Kay pour produire son deuxième album, « Night Cap ». Les années suivantes le virent diriger des enregistrements à New York, aux côtés de musiciens de renom tels que Billy Cobham, Richard Davis, et Ray Barretto.

L’apogée de sa carrière survint en 1974 avec la sortie de l’album « Gail », méritant le prestigieux prix Boris Vian. Son parcours continuait de briller avec des albums mémorables tels que « Going Places » (1989) et « Classics And Ballads » (1996), enregistré à New York avec des virtuoses comme Ben Riley et Buster Williams.

Au-delà de sa brillante carrière en tant qu’artiste, Michel Sardaby se distinguait également en tant qu’éducateur musical. En 2004, il fut honoré d’un Outstanding Lifetime Achievement Award du Conseil international de la musique et de l’université de Pittsburgh, ainsi que d’un Grammy Award pour son engagement pédagogique exceptionnel.

Sa disparition a laissé un vide profond, tant au cœur de la Martinique, où il était considéré comme une pépite inestimable, qu’à l’échelle internationale. Son legs musical, imprégné de sensibilité et de rigueur, transcende les frontières, offrant une éducation musicale exceptionnelle et laissant une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin.

Michel Sardaby, le maestro aux doigts agiles, restera à jamais une icône du jazz, dont les notes résonneront longtemps encore dans le monde de la musique, rappelant la vie d’un homme qui a su fusionner virtuosité et générosité.