Malgré tout, voir « Ton beau Capitaine », de Simone Schwarz-Bart

En des temps différents, en temps ordinaires, je veux dire quand nous n’étions pas condamnés à sortir masqués, que les masques étaient réservés à la seule scène, que nous pouvions nous retrouver dans les salles de Tropiques-Atrium et partager de beaux moments de théâtre… en temps de paix dirais-je, si je voulais reprendre la rhétorique martiale du président Macron… en ces temps qui déjà nous semblent enviables et si lointains, nos enfants des établissements scolaires de la Martinique auraient découvert, au mois de mai 2020, la pièce de Simone Schwarz-Bart, « Ton beau Capitaine ». Mais hélas, l’adage populaire selon lequel « en mai, fais ce qu’il te plaît », est devenu obsolète… Alors, comme le dit une autre maxime, faute de grives, mangeons des merles, et pour  nous consoler un peu, regardons la captation vidéo, proposée sur la plateforme Viméo.

Créée en Guadeloupe en 1987 à Pointe-à-Pitre, jouée ensuite au Théâtre National de Chaillot à Paris en décembre 1988 dans la mise en scène de Stylo Cavé, la pièce fut présente dans une autre mise en scène, celle de Maud Galet Lalande au Festival d’Avignon en juillet 2018, en tant que spectacle sélectionné par la Région Grand-Est dans le cadre de son soutien au Off d’Avignon. Moins malchanceux que les nôtres, les élèves de Guyane ont pu découvrir cette intéressante création, en octobre 2019. (Janine Bailly)

 

Présentation par Tropiques-Atrium :  « La séparation est un grand océan et plus d’un s’y noie… »

« Wilnor travaille à 7000 km de chez lui, nourrissant la promesse de lendemains meilleurs. Au domicile de fortune de son pays d’accueil, personne ne l’attend. Mais il retrouve Marie-Ange, son épouse restée là-bas, par le biais d’une correspondance sur cassettes-audio enregistrées. S’en échappe l’écho d’un monde familier et vivant, que Wilnor a délaissé pour un isolement cruel sur un territoire qui n’est pas le sien. Le monologue à deux voix rend l’absence palpable et nous prend à témoin d’un amour qui fait place aux remords, d’un rêve qui vole en éclats… Avec une apparente légèreté, le texte délicat de Simone Schwarz-Bart restitue à la condition d’exilé, vécue de l’intérieur, une dimension universelle. »

Texte : Simone Schwarz-Bart – Publié aux Editions du Seuil

Mise en scène : Maud Galet Lalande
Assistant a la mise en scene : Hervé Urbani
Avec : Lamine Diarra & Mariam Dembele
Musique : Mélanie Gerber
Lumière : Vincent Urbani
Chorégraphe : Joseph Aka
Scénographe & vidéo : Nicolas Helle
En co-diffusion avec l’Artchipel Scène nationale de Guadeloupe

Simone Schwarz-Bart

Guadeloupéenne, connue et reconnue, « son oeuvre imprégnée de l’Afrique, de la Caraïbe et de l’Europe » débute par un roman écrit avec son mari André : « Un plat de porc aux bananes vertes ». En 1972 elle publie « Pluie et vent sur Télumée Miracle », chef-d’oeuvre de la littérature caribéenne, puis « Ti Jean l’horizon » en 1979. Après un long silence, sort en 1987 « Ton beau capitaine », pièce de théâtre jouée au Théâtre national de Chaillot, dans une mise en scène de Syto Cavé.

Maud Galet Lalande

Directrice artistique de la Cie Les Heures Paniques, elle est auteure, metteure en scène et comédienne. Formée à l’école de théâtre « Acting International », elle a suivi des formations dirigées par Michel Dydim, Laurent Gutmann, Frédéric Mauvigner, Jean-Marie Piemme, Matthieu Roy, Jean Boillot. Elle a mis en scène plusieurs spectacles dont elle est l’auteure : « Pourquoi y’a-t-il Que Dalle… plutôt que Rien ?, Miracles !, Clash… »

Présentation sur France-Culture, par Syto Cavé

Comment se forme le silence ? Comment prend-il chair ? Et comment se vit l’attente ? L’importance d’une cassette quand elle se fait lettre sonore entre deux cœurs, entre deux corps, passerelle entre deux îles. Quel drame met en place la distance…

Et puis il y a cette écriture, amour-joie-douleur dont Simone Schwarz-Bart possède le secret.

Syto Cavé a signé la première mise en scène de « Ton Beau capitaine » à Pointe-à-Pitre, le 28 avril 1987, dans une production de Michèle Montantin.

Syto Cavé : Écrivain, metteur en scène, né à Jérémie (Haïti), Syto Cavé a écrit plus d’une vingtaine de pièces de théâtre. Il est aussi parolier, nouvelliste et poète. Son parcours a commencé en 1969 à New York avec la troupe Kwidor et s’est poursuivi à Paris, en Haïti, à Montréal et dans les Antilles françaises.

En 1989, il fonde avec Toto Bissainthe la compagnie théâtrale Vigie. Il met en scène, outre ses propres pièces, des écrivains comme Brecht, Aimé et Ina Césaire, Kateb Yacine, Simone Schwarz-Bart… Une rose rouge entre les doigts est son premier ouvrage publié en France.(Zellige, éditeur)

Présentation par la Cie Les Heures Paniques

« Ton beau Capitaine », c’est une histoire d’exil ; c’est une une histoire d’amour avec 7 000 kilomètres autour.

Wilnor a émigré quelque part. Marie-Ange, son épouse, est restée ailleurs.

En lui, l’espoir d’une vie meilleure : la réussite à l’occidentale,  revenir comme un vainqueur sur ses terres pour construire « une véranda derrière la case, afin de prendre l’air quand ils seront bien vieux ; pour « un couple de cabris » et « une vache » ou « tout bonnement en prévision d’un songe, une fantaisie, une lubie qui viendraient un jour ».

En elle, l’absence, peu à peu remplacée par la nécessité de continuer à vivre.

Entre eux, des correspondances par cassettes audio, dont les réponses et les questions sont espacées de plusieurs semaines.

Et le rêve de réussite qui peu à peu s’effondre, au fur et à mesure que l’amour s’éloigne…

Dans la presse

Dominique Daeschler :  Wilnor dans sa « cage » en tiges de bois nous loge en voyeur dans la réalité de sa pauvreté, réalité loin de son rêve d’une maison à colonnades. Loin de chez lui, il fait partie de ces immigrés séparés de leur famille qui envoient de quoi vivre chaque mois. Il correspond par cassettes avec Marie-Ange la bien nommée dont le traitement en mapping vidéo accentue encore la distance, la part rêvée.

Le beau texte de Simone Schwarz Bart est célébré avec simplicité, magnifiant les trouvailles de la langue créole qui crie l’absence, la séparation, la reconstitution et nous interroge tous, exilés ou non, sur la construction de l’amour. Une mise en scène épurée joue de ce donné et de ce fabriqué, du dedans-dehors comme d’un espace symbolique. Wilnor est à la fois naïf et petit joueur dans le mensonge. Marie-Ange triche aussi jusqu’à la preuve — l’enfant —  de l’adultère. Le dialogue se perd, se renoue dans l’impossibilité d’accepter les réalités auxquelles l’un et l’autre sont confrontés. Il y a de l’orgueil, de la colère, de l’humilité, du désarroi, du déni chez ces deux personnages qui d’une certaine façon sont traités en miroir par la mise en scène. Quand l’aimée devient une image qui grandit, obsède, le seul choix est de sauver sa peau s’il en est encore temps.
Lamine Diarra donne ses lettres de noblesse à Wilnor qui reprend un espace de liberté et de distanciation avec la danse et le chant (il faut sans doute encore doser la durée). Mariam Dembélé donne une image juste de Marie-Ange — qu’il faut prendre au propre et au figuré — le procédé accentuant la résignation finale. Restent deux corps souffrants, dans l’immobilité ou le mouvement, qu’aucune décision ne délivrera vraiment. Avec justesse et sans fioritures, le metteur en scène nous convie à en faire bagage.(Madinin’art)

« Deux personnages, l’un au plateau, l’autre prenant corps en vidéo tel un hologramme, nous prennent à témoins de la violence d’un exil, d’un rêve qui vole en éclats » (Le 11 Avignon)

« La mise en scène de Maud Galet-Lalande est légère, épurée. Wilnor (Lamine Diarra) est seul sur le plateau, Marie-Ange (Mariam Dembele) n’apparaissant que par la magie de projections (de grande qualité, ce qu’il faut souligner). Le texte de Simone Schwarz-Bart est profondément sensible.» ( L’Humanité)

« La langue de Simone Schwarz-Bart illumine cette histoire d’exil et d’amour. Maud Galet-Lalande signe une mise en scène belle et sobre ». (Le Figaro)

« La danse, les projections belles et totalement incluses dans l’histoire, et le jeu des deux interprètes, Mariam Dembele, superbe de présence à en devenir par moments presque réelle, et Lamine Diarra en chair et en os dans une très intense incarnation, forte, expressive, font de ce spectacle un moment fort et pur avec de belles jolies flèches d’humour qui touchent juste. Pour qu’enfin l’on respecte les humains, leurs valeurs, leurs sentiments, aussi vitaux que l’eau, l’air et l’ivresse. » (Reg-Arts)