Luiz, l’artiste mexicain qui fait germer ses racines en Martinique

Une rencontre au festival « Art Mada »

Par Myriam Barthélémy

Le 11 février dernier, lors du festival « Art Mada » en Martinique, j’ai rencontré Luiz, un artiste mexicain dont j’avais déjà découvert le travail à travers plusieurs fresques visibles sur l’île. Ses peintures, présentes sur différents murs et espaces urbains, m’avaient profondément marquée par la force de leurs couleurs et par cette dimension intensément mexicaine qui transparaît dans chacun de ses traits.

Ce jour-là, face à une œuvre encore en cours de réalisation, nous avons eu une conversation sincère et intime sur son parcours, ses rêves et la foi qui guide son chemin artistique.

De Mexico à la Martinique

Luiz est né à Mexico, la capitale du Mexique, un environnement vibrant où l’art urbain et le graffiti font partie intégrante du paysage. Il a grandi au milieu de cette culture visuelle riche et a commencé à peindre très jeune.

Il est arrivé en Martinique il y a environ un an et demi. Jamais il n’aurait imaginé quitter son pays. Il confie avoir grandi dans un contexte marqué par la violence, dans un lieu où il ne se sentait pas en sécurité et d’où il voulait partir.

L’opportunité de changer de vie s’est présentée de manière inattendue. Il a rencontré sa compagne — originaire de Toulouse — alors qu’il peignait dans la rue. Comme beaucoup de passants curieux, elle s’est approchée de lui et lui a simplement dit : « J’aime ce que tu fais. » Cette rencontre a bouleversé son destin.

Pour Luiz, ce n’était pas un hasard, mais une réponse à ses prières.

Peindre comme acte de foi

La foi occupe une place centrale dans son processus créatif. Luiz ne peint pas seulement pour s’exprimer artistiquement : il peint comme on prie.

« Je peins Dieu », explique-t-il. « Je lui demande des choses pendant que je peins. Je lui dis : aide-moi. »

Chaque œuvre devient une forme de dialogue, une demande silencieuse. Il ne sait ni quand ni comment ses prières seront exaucées, mais il garde la conviction que les choses arrivent toujours au moment opportun. Son rêve le plus profond est de vivre de son art, d’en faire un véritable moyen de subsistance.

Le fait que quelqu’un apprécie son travail le touche profondément. Savoir que ses œuvres transmettent quelque chose d’authentique — et que l’on y perçoit ses racines mexicaines — le remplit d’émotion et de gratitude.

Des racines en pleine germination

Devant nous, lors du festival, se trouvait une peinture encore inachevée. Lorsque je lui ai demandé comment il la définirait, il m’a répondu avec une image forte :

« Maintenant, je la vois comme une graine qui est en train de germer. »

On y distingue des formes organiques, des racines qui s’étendent, quelque chose qui semble émerger de la terre. Cela peut évoquer un insecte, peut-être un poulpe — comme l’a suggéré un spectateur — ou toute autre créature indéfinissable. Pour Luiz, il n’existe pas d’interprétation unique. Chacun voit ce qu’il ressent.

Cette ambiguïté est volontaire. Ses peintures représentent son origine, sa semence, son identité. « Je peins mes racines, je peins d’où je viens », affirme-t-il. Être mexicain n’est pas seulement un fait biographique : c’est une essence qui traverse toute son œuvre, parfois même sans qu’il en ait pleinement conscience.

De mécanicien à pizzaiolo : le prix du rêve

Aujourd’hui âgé de 37 ans, Luiz a commencé le graffiti à 12 ans, au Mexique. Toutefois, son engagement total dans la peinture est plus récent. Il y a quatre ou cinq ans, il a quitté son emploi pour se consacrer plus sérieusement à son art.

Mais vivre exclusivement de la peinture reste un défi.

Pour subvenir à ses besoins, il a travaillé comme mécanicien et exerce aujourd’hui comme pizzaiolo en Martinique. Il décrit ce travail comme physiquement exigeant et stressant. Il lui arrive de se sentir épuisé, triste, submergé par la pression.

Pourtant, chaque fois qu’il reprend ses pinceaux, quelque chose change. Il retrouve l’énergie, l’envie de continuer, l’envie de rester et de vivre pleinement à travers son art.

La famille, la distance et la persévérance

Sa mère et ses frères vivent toujours au Mexique. La distance est lourde à porter, et il pense souvent à eux. Ses racines familiales restent profondément ancrées en lui.

Malgré les difficultés, il reconnaît la chance qu’il a aujourd’hui. Être en Martinique, participer à des événements comme « Art Mada », rencontrer de nouvelles personnes, créer des connexions : tout cela relève d’une forme de magie qu’il apprend encore à comprendre.

Le défi de vivre de l’art

Une question revient souvent : pourquoi ne vit-il pas encore de sa peinture ?

Sa réponse est d’une grande honnêteté : il ne sait pas comment faire.

Il est conscient que vivre de l’art nécessite un plan, un réseau, des contacts. Le talent ne suffit pas. Il admet se sentir parfois perdu face à ces enjeux. Il ne demande pas à être sauvé, mais il sait que les rencontres et les connexions sont essentielles.

Au cours de notre échange, il m’a confié me voir comme un possible contact, une personne pouvant faire partie de ce réseau dont il a besoin pour avancer.

Gravures sur bois

Un artiste en pleine éclosion

Luiz est, à l’image de sa peinture, une graine en train de germer. Il a quitté un environnement difficile, franchi des frontières qu’il n’aurait jamais imaginé traverser et poursuit son chemin entre travail alimentaire et vocation profonde.

Son histoire dépasse celle d’un artiste mexicain installé en Martinique. C’est celle d’un homme qui transforme la foi, la nostalgie et l’incertitude en images puissantes ; d’un créateur qui peint pour ne pas renoncer.

L’art de Luiz dépasse le simple cadre du street art. Il s’étend à la gravure et à l’art du tatouage, trois formes d’expression traversées par un riche symbolisme mexicain.

Luiz peint, grave et exécute ses tatouages dans un geste presque automatique, guidé par l’intuition et le mouvement intérieur.

Son trait, spontané mais maîtrisé, révèle un style singulier où chaque ligne semble surgir d’un flux créatif continu. Dans ses œuvres apparaissent des symboles mexicains puissants — figures ancestrales, motifs rituels, formes solaires et telluriques — qui convoquent un imaginaire chargé de mythes et de spiritualité.

À travers la peinture, la gravure ou la peau tatouée, Luiz compose ainsi un langage visuel habité, où les signes deviennent porteurs d’une énergie cosmique, reliant le corps, la terre et les forces invisibles qui traversent l’univers.

« Vie, donne moi la sérénité pour accepter ce que je ne peux pas changer »

Plage Anse Collat- Martinique

Et ce 11 février, lors du festival « Art Mada », une chose était certaine : sa graine a déjà commencé à prendre racine sur l’île.

Contact artiste:

www.facebook.com/profile.php?id=61555185360887

 #luizpenaloza https://www.instagram.com/luizpenaloza/

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5 mars 2026