Les poèmes sont des gros cochons, la poésie est une grosse truie

de Benoist Magnat  

–Haïti février 2013–

 

-La pieuvre sexuelle-

 

Les gros nichons sont octopus – ils attirent le regard – vous ne vous en remettez pas – en dérive totale – les îles de vos yeux s’engloutissent – confiture de baise – les volcans chauffent la cheminée – le magma se rue vers la surface – il n’y a pas moyen d’arrêter tout ça – pour le moment seulement – Une tape sur les doigts ou sur le regard risque de tout bouleverser – on rentre sa « chose » comme les cornes d’un escargot et tout semble redevenir normal.

De fines jambes avec un en-bout de derrière bien potelé réveillent la machine – je crois entendre la mélasse s’étendre sur la crêpe – on sourit d’une envolée ou d’une partie de jambes en l’air – pour le moment c’est seulement dans l’air – on suit des yeux cette excitation mobile – on met allume-cigare en connexion – on se vidange le disque dur par des images rafraîchissantes – un coca pétillant avec une paille – une montée d’escaliers voluptueuse – un raclement de la gorge pour signaler votre existence à l’allumeuse de réverbères.

Elle se dirige vers la plage exhibant tout son corps de dos – vous avez l’impression d’avoir le soleil dans les yeux – vous marchez simplement comme un Apache sur le sable prêt à bondir sur la jument sauvage – monter la croupe sans selle – reniflement des naseaux – s’étourdir les mains sur les seins relevé en pointe – elle mouille ses doigts de pied aux premières vagues – vous restez immobile comme un trappeur de l’Ouest pour capturer sa peau.

D’un mouvement de tête, elle se tourne vers vous – une immense vague envahit tout – vous roulez sous l’eau – vous prenez la tasse – vous agitez tous vos membres frénétiquement – et quand la tête ressort de l’eau, elle a disparu à jamais dans la mer – il vous reste dans le bas-ventre une aventure salée et vous décidez comme un chef que ce n’est pas votre heure – vous êtes plus beau qu’une musique même si personne n’est venu vous pincer la corde.

Benoist Magnat

écrit en janvier 2013 à Haïti


Almagaul Menlibevaya

 

La pieuvre sexuelle

 

Les gros nichons sont octopus – ils
attirent le regard – vous ne vous en remettez pas – en dérive totale –
les îles de vos yeux s’engloutissent – confiture de baise – les volcans
chauffent la cheminée – le magma se rue vers la surface – il n’y a pas
moyen d’arrêter tout ça – pour le moment seulement – Une tape sur les
doigts ou sur le regard risque de tout bouleverser – on rentre sa
« chose » comme les cornes d’un escargot et tout semble redevenir
normal.

 

De fines jambes avec un en-bout de
derrière bien potelé réveillent la machine – je crois entendre la
mélasse s’étendre sur la crêpe – on sourit d’une envolée ou d’une partie
de jambes en l’air – pour le moment c’est seulement dans l’air – on suit
des yeux cette excitation mobile – on met allume-cigare en connexion –
on se vidange le disque dur par des images rafraîchissantes – un coca
pétillant avec une paille – une montée d’escaliers voluptueuse – un
raclement de la gorge pour signaler votre existence à l’allumeuse de
réverbères.

 

Elle se dirige vers la plage exhibant tout
son corps de dos – vous avez l’impression d’avoir le soleil dans les
yeux – vous marchez simplement comme un Apache sur le sable prêt à
bondir sur la jument sauvage – monter la croupe sans selle – reniflement
des naseaux – s’étourdir les mains sur les seins relevé en pointe – elle
mouille ses doigts de pied aux premières vagues – vous restez immobile
comme un trappeur de l’Ouest pour capturer sa peau.

 

D’un mouvement de tête, elle se tourne
vers vous – une immense vague envahit tout – vous roulez sous l’eau –
vous prenez la tasse – vous agitez tous vos membres frénétiquement – et
quand la tête ressort de l’eau, elle a disparu à jamais dans la mer – il
vous reste dans le bas-ventre une aventure salée et vous décidez comme
un chef que ce n’est pas votre heure – vous êtes plus beau qu’une
musique même si personne n’est venu vous pincer la corde.

 

Benoist Magnat

écrit en janvier 2013 à Haïti

 

 


Aubin Chevallay « jambes rouges » 2012

 

L’écume des sens

 

Assailli par des pensées salaces je baigne
mon sexe dans la mer

Quand cela ne suffit pas je le plonge
alors dans l’eau chlorée de la piscine

Et si l’esprit surgit toujours fringant
comme un vit cocaïnomane

je crache des mots obscènes dans l’air
frais

je cocufie mes propres phantasmes par des
exploits innommables

et des orgasmes explosifs qui ne
passeraient sûrement pas une douane d’aéroport

je repose les pieds sur terre après qu’ils
aient touché le 7ème ciel

 

Tout cela pour un moment de lubricité qui
abuse mes sens

Maintenant la lucidité écrête la réalité
cette écume du temps

et sans la sonder dans des eaux plus
profondes

je la surnage en poisson volant

laissant les sirènes chanter mes exploits

 

Benoist Magnat

écrit en janvier 2013 à Haïti

 


Daniel Bonhomme

 

Cucuron ou cucurbitacée ?

 

Il décide de s’exposer – il mammifère sa
joie – il grandit sous les tapotements – il exagère son plaisir en
devenant presque rouge – il peut rétracter ses « joues » par des
mouvements musculaires ou durcir sa mollesse – oranger nos yeux – mais
pour séparer ces parts dodues, il faut choisir ses mains pour écarter
les rondeurs – en piquant la chose avec un petit couteau, sa peau
retient la pointe – passer la pression fatidique, ça s’enfonce presque
comme dans du beurre – on peur utiliser d’autres membres que les mains –
on est confus – on s’excuse mais le chose est faite – on ne sait plus
très bien comment diriger notre gourmandise – on mord à pleine dents –
petits couinements – on chauffe la soupe – on lape avec délectation – on
ne sait plus bien la différence entre cul rond et cucuron.

 

Benoist Magnat

écrit en janvier 2013 à Haïti

Encre du poète Hawad.
Ecrivain et peintre touareg, Hawad est originaire de l’Aïr, massif
montagneux du Sahara central.

aux
éditions Non Lieu, Paris, dans la collection Poésie  :

Houle des
horizons

de Hawad

Ouvrage
traduit du touareg

par
l’auteur et Hélène Claudot-Hawad


Extrait


L’aile droite de l’aurore se fracasse

sur mon épaule gauche

J’erre

Vent

Désert humain

J’ai laissé mon peuple

sur le flanc de l’abîme

Ô toi
démon

œil de quartz

N’aurais-tu pas un horizon de salut

pour le faon aux prunelles

qui pleurent sans larmes

Et un élan pour le guépard des mirages

qui a renoncé à la chasse

pour une course de météorites

sans autre but que la quête

des pans infinis des lointains

infiniment recommencés

Aïe errance !

houles des horizons

J’ai usé mes talons

à poursuivre mon regard

Il ne reste de nos traces

que les campements en ruine

et la tache noire

augure corbeau

kôa kôa barattant la nostalgie

Toi, mon ogre

Bois le pétrole

Bois l’huile fossile

Bois le gaz

Mange l’uranium

les os de mes ancêtres

Et pars

rôte

pète

vomis

sur ta figure

Le front
de ta face

n’aura pas même

l’envol

des vautours

[en funérailles]

Hawad

 

 


Bruno Rosier

 

 

Je te l’ai
dit


Je te l’ai
dit pour les nuages

Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer

Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles

Pour les cailloux du bruit

Pour les mains familières

Pour l’oeil qui devient visage ou paysage

Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur

Pour toute la nuit bue

Pour la grille des routes

Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert

Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles

Toute caresse toute confiance se survivent.

Paul
Eluard

 

Nous participons tous à la
création. Nous sommes tous des rois, poètes, musiciens  il n’est que de
s’ouvrir comme un lotus pour découvrir ce qui est en nous


Henry Miller

 

 


 

 

Stances à l’ineffable Jean-Marc Sylvestre

Chroniqueur économique multimédia… (et à ses émules)

 

Chaque jour aux aurores, dès le petit
matin,

S’envole de ma radio la voix du muezzin.

De verset en verset il égrène les
sourates,

Litanie matinale que jamais je ne rate.

 

Car comment se priver du précieux
pédagogue

De l’Ordre Naturel ouvrant le décalogue ?

 

C’est sûr, c’est grâce à toi, tu m’auras
tout appris,

Que j’ai enfin compris ce qu’est
l’Economie !

Pas n’importe laquelle ! La Seule,
l’Unique, la Vraie,

Celle qui se réclame de La Loi du Marché !

 

Tout autre théorie n’est que galimatias

Destiné à gruger une bande de fadas !

 

Tu vois, j’attaque ferme, je tiens bien
mes prémisses,

De la réalité, je n’échappe, ni ne glisse
!

Je sais que l’homme n’est qu’homme, animal
avant tout,

Mené par ses instincts, sinistre
loup-garou.

 

Et pour nous faire accroire à ces
présupposés

Est-il sur cette terre homme plus avisé ?

 

Ces pensées liminaires qui portent ton
discours,

Je les ai adoptées pour tracer mon
parcours.

Ainsi, docilement, matin après matin,

J’avance pas à pas au chant du muezzin.

 

Finies les préséances, venons-en au sujet,

Voyons si ta leçon est bien assimilée.

 

$$$

 

Liberté ! Liberté ! C’est par toi qu’on
commence,

Il n’est meilleur refrain pour vendre la
romance :

Liberté d’acheter, droit de propriété,

Pouvoir d’accaparer, raison de spéculer,

Liberté d’entreprendre partout sur la
planète

Et permis d’exploiter inscrit dans chaque
tête…

 

Attiser les envies, réveiller les désirs,

Susciter les besoins, inventer les
plaisirs…

Piquée par l’aiguillon de la saine
concurrence,

Vive la bête humaine que l’on pousse à la
transe !

Libéral il faut être pour extirper des
hommes

Le meilleur de leur être et en faire la
somme !

 

L’équation est posée, certifiée la
meilleure,

Qui conduit à coup sûr sur la voie du
bonheur.

Car l’homme est ainsi fait, qu’on lui
lâche la bride,

Il tombe dans la mollesse et prend du gras
au bide,

Court chercher le refuge dans la sécurité

Pour finir fonctionnaire, suprême
indignité !

 

 


Dégraisser le mammouth, voilà ce qu’il
faut faire !


Rayer ce parasite de notre chère Terre !


Et place aux créateurs, aux chercheurs de
richesse :


Courant après la leur, bousculant la
paresse,


Ils sèment à tout vent l’excédent de
produits


Qui nous conduit gaiement à la baisse des
prix !

 

Mais la baisse des prix c’est la chute des
cours !

Les producteurs marris se retrouvent à
court !


Ce n’est pas le problème, ne restent que
les meilleurs,


Seuls les plus productifs peuvent y faire
leur beurre.


Ce n’est là que justice, bienfait de la
concurrence,


Divine sélection qui mène à l’excellence !

 

Attention à ce jeu, des emplois
disparaissent !


Ne restent que les meilleurs !!! La
société progresse.

Que deviennent les autres qui se trouvent
éjectés ?


Il nous faut une armée de gens inemployés,


Ainsi baisse le prix des quêteurs de
boulot,


Les coûts de production n’en seront que
moins hauts !

 

Mais alors l’idéal, on le trouve au
tiers-monde !

Le secret du succès se cache dans
l’immonde ?


Comme vous y allez ! Il faut po-si-ti-ver
!


Les hyper productifs ont besoin de valets


Qui libèrent leur vie des tâches
subalternes.


En voilà du travail, le plein emploi à
terme !

 

Ne pourrait-on voir là un retour au passé
?

Un relent de ce temps où tout était figé :

Maîtres et serviteurs chacun tenant son
rôle,

Ceux-ci couverts d’opprobre et survivant
d’obole,

Ceux-là menant grand train, gérant leur
capital,

Décidant le futur, dispensant la morale…
?

 


Ha! je vous vois venir brandissant vos
grands mots !


Dans le libéralisme vous ne voyez que maux
!


Je vous entends gémir, dénoncer le profit
!


Mais c’est son abondance qui profite aux
petits !


Et que serait un monde dénué de convoitise
?


En voilà encore un qui veut qu’on se
soviétise !

 

Heu… Monsieur Sylvestre, revenons au
présent,

Essayons d’échapper au regard du dedans,

Celui du mécano qui ne voit que rouages

Là où la vie de l’homme fait partie des
bagages…

Sorti des dividendes, entr’autres
indicateurs,

Il y a la joie de vivre, la paix et le
bonheur…

 

Qu’adviennent ces valeurs, sont-elles
cotées en Bourse ?

Les prises de bénéfices laissent-elles en
course

Cette félicité sans cesse remise en cause

Par les contradictions qu’étale votre
glose

Avec l’ingénuité que confère la croyance,

Cette foi du dévot qui frise
l’innocence…?

 

Ah ! qu’il est bon de croire, quelle
facilité,

Quand de l’esprit critique on peut se
délivrer !


 


(Jean-Pierre Dufour – Saint-Estève-Janson
– le 24 novembre 2000)

Perrin

Je vous écris pour vous
présenter mes voeux.

L’idée était de vous envoyer un morceau de mon piano. Pas un bout de
bois et de métal ! Non, vous envoyer un morceau joué, c’est à dire
improvisé (car je ne lis aucune partition), sur mon piano. J’en ai
enregistré quatre, ce samedi 29 décembre.

Mais voilà, je ne peux pas éviter de parler de la veille, vendredi 28.

J’étais ce soir-là à la piscine du Sart-Tilman, au coeur du campus de
l’université.

Un nageur en difficulté a été
soudain ramené par d’autres sur le bord du bassin, ce qui m’a échappé en
raison de ma myopie. Mais l’instant d’après, je percevais, en toute
clarté, la course silencieuse du maître-nageur s’élançant depuis le côté
opposé. Il se passait quelque chose.

La soirée a changé de cadre.

Le type sorti de l’eau est
resté en arrêt respiratoire pendant vingt-cinq secondes.

 

Et le sauveteur s’est rendu
maître de tout l’espace.

Il a fait quelques respirations
en bouche à bouche, imprimé quelques pressions des deux mains sur le
thorax du nageur inanimé.

Il a intimé à tous
l’ordre de quitter l’eau.

Il a demandé à l’une d’amener
la bouteille d’oxygène qu’il lui a désignée, à un autre de chercher une
coussin en mousse dans sa cabine – pour le glisser sous la tête du noyé,
puis à un troisième, de téléphoner au 112.

Au groupe qui se formait autour
de lui, il a réclamé trois mètres de distance.

 

Envers le noyé, le sauveteur
n’a pas cessé de dire à voix forte:

“Reste avec moi!”,

“Ne ferme pas les yeux!”,

“Vomis si tu dois!”,

“Cligne des yeux si tu
m’entends !”,

“N’hésite pas à vomir!”,

“Calme-toi! Tout va bien!”,

“Je suis là, je suis sauveteur,
ne t’inquiète pas!”,

“Je vais te mettre le masque à
oxygène, pour t’aider à respirer!”,

“Serre-moi la main si tu
m’entends”,

“Ne pars pas !! Ne pars pas !
Ne ferme pas les yeux !”,

“Reste avec moi!”,

“Voilà, voilà, bien…
Calme-toi!”,

Au milieu de ces tirades:

“Videz la piscine!”  (Eh
oui…)

Puis, comme un sourd, autiste,
inconscient ou cynique, persistait à nager seul dans une eau déjà étale:

“Mais nom de dieu! Virez-moi
cette personne! Faites-la sortir de l’eau!”

Et à nouveau:

“Calme-toi!”

“Respire!”

Déployant une feuille aluminée sur son corps:

“Je te mets une petite couverture, ce n’est pas terrible, mais ça va
t’aider! Calme-toi.”

“Les secours arrivent! Ce sont des pros, ils vont te prendre en charge
!”…

C’était fort, c’était intense.
Comme une chorégraphie dont chaque point avait

été
pensé et
répété, pour échapper aux troubles de l’imprévu, et limiter
l’improvisation. Afin de laisser un maximum de ressources mentales pour
répondre à la singularité de la situation, malgré la charge d’un enjeu
vital.

J’étais là, assis sur le large
bord des fenêtres, à trois mètres du centre de la scène, toutes ouïes
ouvertes, sans mes lunettes et prêt à dire au maître-nageur, s’il
m’avait demandé un geste: “Je suis myope, demandez à quelqu’un d’autre!”

Ce n’était pas le moment de
faire dans le flou.

Deux sauveteurs du corps des
pompiers de Liège sont apparus avec de grands sacs, après que nous ayons
entendu leur sirène, ont échangé quelques mots par radio et déballé leur
matériel, pendant que le maître-nageur leur résumait les événements.

Le rythme changeait et les
choses se calmaient. Vraisemblablement, la victime était tirée
d’affaire.

Libéré de l’urgence, le
maître-nageur est retourné à sa cabine. Il restait une demi-heure avant
la fermeture, et je me demandais si nous allions pouvoir nager encore.
Je me suis dirigé vers lui, pensant vaguement le lui demander. Après
quelques pas, je savais que ma question était sans objet. La séance
était finie.

Lui revenait vers les pompiers,
je l’ai croisé.

“Beau boulot”, lui ai-je dit.

– Merci.

J’ai continué de marcher, et
mes larmes ont jailli.

La grande chaîne des
réciprocités…

C’est tout ce que je veux dans ce monde!

Que des moyens soient mis en
place collectivement pour parer à ce genre d’événements, pour limiter
les conséquences d’accidents de toutes sortes. À la piscine comme au
boulot. Sur la route comme face à la maladie. Une sécurité collective,
sociale, le vivre-ensemble dans tous les sens du terme.

Sans le maître-nageur et sa
compétence, conjonction ponctuelle d’une précieuse somme
d’investissements et d’expériences, dressée face aux éternels aléas,
sans toute une constellation de savoirs et de volontés, oeuvrant dans la
durée, cet homme était mort.

Je n’ose penser à ce qui se
serait passé, dans les mêmes circonstances, dans certaines piscines de
la région.

Vingt minutes plus tard, dans
le vestiaire collectif où je me rhabille, une altercation oppose deux
hommes qui semblent se connaître.

– Encore un qui a bien profité
de nous.

– Mais qu’est-ce que tu dis!
…Tu es à côté de tes pompes !

– Ben c’est vrai! Chez lui, on
te laisserait crever.

– M’enfin! Tu vas recommencer
avec tes histoires d’entreprise privée où on travaille douze heures par
jour ?

– Ben écoute, tu sais que j’ai
raison. C’est la réalité.

– Mais quelle réalité? Tu
déconnes complètement!

– Et à cause de ça, on doit
sortir plus tôt.

– …Eh bien, vas-y! Va
demander qu’on te rembourse!

Ils s’en sont tenus à ces
quelques phrases. Celui qui a failli se noyer est un homme à la peau
noire.

Deux heures plus tard, à la
maison, me tombait sous les yeux une histoire présentée comme
amérindienne.

C’est ça, la réalité humaine !

À chacun de choisir la sienne.

 

Guy Leboutte


Parole de Menace

(Extrait)

 

Dans un bureau
conditionné, peut être, il y aura eu

Une défaillance dans le calcul du compte des denrées

Ou une maladie balancée dans la chaîne alimentaire

Par un comptable sans pouvoir

Il suffira d’une avarie presque minime pour que se casse

Une extrêmement flexible tige ou un miroir

Il suffira d’un signe dans le ciel, un oiseau immobile

Ou trois fois rien de différent dans l’intime de l’air

Ce sera vers midi et se fera un grand silence

Et tout de suite on entendra un cri de femme long

Comme sorti d’une voiture accidentée dans un décors de pluie

On vous aura annoncé votre mort à la télévision

Il sera aussitôt et simplement trop tard

Trop tard pour tout, pour la colère et pour le cri

Trop tard pour la fuite et trop tard pour la révolte

Trop tard pour le dernier bateau et pour la lutte et pour la vie

La lumière s’éteint partout, des téléphones sonnent

Il souffle un joli vent vénéneux dans les hôpitaux déserts

Vous vous trouvez atteint par grappe et vous mourrez

Une réaction incontrôlable propage un gaz dans le ciel vert

La misère n’a que son mufle et vous vous jetez sur les routes

Pour la grande scène de l’exode qui cette fois finira mal

Il n’y a plus de refuge au bout de la route, plus de route

Plus de sens de la marche, plus de marche à suivre, plus de sens

…………

 

Ces sont

Menace Paroles

sur http://www.parolesmania.com/ ]

 

 

 

 


Jocelyne Alloucherie

 

 

Refuge pour les non-nés

1. La Tantrika et le Terton.

Tantrika. Durant toute cette soirée, j’ai musé en un rêve

et
je t’ai vu traquer des formes parmi les étoiles:

tout d’abord, le noeud dans la corde entre les deux baleines

l’une bondissant vers Andromède, l’autre plongeant à l’ouest

puis un fuseau que tu devinas à l’image d’une tête de vautour

et
puis, enfin, la fleur ensanglantée de la féminité

pushpa, ta divination de l’Enfant Etincellant.

Terton. Que peux-tu connaître de telles énigmes, fière amante?

Tantrika. Je n’en sais rien de plus, devin impulsé des étoiles

Lorsque Krishna dansa pour moi, j’étais une femme

dont la beauté jugea le monde et l’en perçut dépourvu.

Et
la beauté, alors, me devint un fardeau sans fin

Bien qu’il semblât aisé d’y renoncer

et
de coucher mon coeur sur un lit de tristesse.

Terton. Que pourrais-je donc te montrer?

Tantrika. Comment la beauté, elle-même, se retrouve

et
se refond dans la sagesse rêvante des étoiles.

Terton. Contemple mon regard sans âge, le vide

de
mon désir, cette volonté qui ne conspire point vers quelque fin humaine

mais qui danse et se dissout en spirales de lumière étoilée


la beauté maintenant revient avec la faim d’elle-même.

Tantrika. Une amante serait insensée de refuser telle faim

car nul regard ne peut être perdu en un tel rêve tranchant.

Terton. Qu’il en soit ainsi, reçois cette corde

et
arrime la beauté affamante à ton coeur, enscelle ton destin.

Tantrika. Je vois le désir qui serpente telle une rivière

de
rive en berge, mais son jaillissement dissolvant

effrite les contours mêmes de son flux

et
rayonnant comme une perle d’augure, là-haut

la
lune réfléchie dans le cours en cavale

me
montre la vie non-née, dans une faim qui attend

que la beauté la consume et en soit consumée à son tour.

O
combien magnifique et grandiose, ô combien immensément sans fin

est cette découverte, la romance enchassée en trésor

la
danse de l’amant encerclée par la lune en reflet.

John Lash. Poème 1.
Refuge for the Unborn.

 

Traduction de Dominique Guillet