— Par Florent Grabin, président de l’association écologique P.U.M.A. —
Depuis quelques temps, la Martinique est gangrenée par un des maux du siècle : la violence !!! De nombreuses familles se retrouvent en infinie détresse, voire, parfois, en deuil. Certains de nos jeunes et parmi eux des adolescents n’hésitent plus à franchir le pas de l’usage des armes à feu et, en tuant, brisent des vies. Ç’est totalement inacceptable. Bien sûr, nos instances sont sur le pont en permanence pour tenter d’enrayer cette effroyable situation.
En analysant plus finement le sujet, nous pouvons observer qu’on ne retient de cette violence que ce qui est visible et suscite les plus grandes émotions. Cependant, une forme de violence plus sournoise existe et ronge sévèrement notre société : nous voulons parler de la violence administrative et institutionnelle. Oui, elle est présente et fait des ravages sur l’île, car telle une tumeur invisible, elle n’est que très difficilement détectable.
Prenons le cas, dans les entreprises et administrations, du harcèlement moral et du burn-out aussi appelé syndrome d’épuisement professionnel : voilà deux conséquences très concrètes du phénomène regrettable de souffrance au travail que seule la violence de l’être humain a pu provoquer.
Selon les Scientifiques, ses conséquences sur la santé se manifestent par une multitude de symptômes physiques et psychologiques, comme la fatigue chronique, les troubles du sommeil, la dépression, les troubles musculosquelettiques ou encore les maladies cardiovasculaires et le stress post-traumatique…
Cette réalité largement ignorée du grand public car délaissée par les médias qui préfèrent les informations susceptibles de ‘’faire le buzz’’ mériterait pourtant toute l’attention des martiniquais.
Aussi, nous PUMA, à l’instar de ce que nous avons fait pour la Chlordécone et dans le cadre de notre accompagnement solidaire de plusieurs agents des administrations locales, avons décidé de révéler au public un dossier que vous suivons depuis près de vingt ans.
Ce dossier concerne une valeureuse enseignante d’un établissement religieux de la place au sein duquel est scolarisée la plupart des enfants de l’oligarchie politique, administrative, sociale et économique de l’île.
Tout nous porte à croire que, depuis presque deux décennies, cette enseignante est ostracisée par sa hiérarchie pour avoir refusé de rehausser les notes obtenues par certains candidats au baccalauréat, en contrôle continu et être demeurée indifférente à la pression des notables intervenus auprès de sa direction afin qu’elle revienne sur ses évaluations.
Un auteur de Science Administrative dénomme cette situation ‘’la casuistique du droit et du passe-droit’’, l’agent ayant un cas de conscience à résoudre : appliquer la règle générale sans préférence ni faveur, ici en ne tenant compte que des résultats chiffrés obtenus par les candidats ou au contraire y renoncer en les surévaluant artificiellement pour s’attirer les grâces de l’intelligentsia de la capitale et qui sait, espérer voir exiger le jour venu un ‘’retour d’ascenseur’’, un service en valant un autre.
Demeurée fidèle à l’idéal républicain d’égalité de tous devant la loi par conviction personnelle et force de caractère, notre valeureuse enseignante et compatriote est alors tombée en disgrâce.
La pauvre n’en était malheureusement qu’à la première station de son chemin de croix.
Par la suite on lui a tenu rigueur de son dépôt de plainte contre un collègue qui l’avait violentée alors qu’elle était enceinte, ce qu’il ne pouvait ignorer. La pauvre en supporte les conséquences aujourd’hui encore après avoir éprouvé toutes les peines du monde à faire valoir ses droits.
Hostilité de son administration, de ses collègues, difficulté à être assistée et convenablement défendue puis reconnue en tant que victime, arbitraire du Parquet et d’un Magistrat du Siège de la Cour d’Appel, aucune épreuve ne lui aura été épargnée…
Son affaire est allée trois fois jusqu’à la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation et n’a toujours pas trouvé son épilogue ; son adversaire et agresseur exploitant la lenteur, pour ne pas dire la complaisance, de la Justice locale pour retarder sa condamnation à dommages-et-intérêts, certaine dans son principe mais restant néanmoins à fixer dans son quantum…
Nouvelle station du chemin de croix …
Au plan professionnel, elle n’a guère été mieux lotie, ayant dû saisir le Juge Administratif à d’innombrables reprises et en dernier lieu la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux pour enfin jouir de la plénitude de ses droits statutaires et voir son agression reconnue comme ‘’accident de service’’.
Encore une station …
Et comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’on veut la mettre d’office à la retraite pour d’obscures raisons tenant à sa prétendue inaptitude à toutes fonctions.
Crucifixion ?
Les mots manquent pour dire son ressenti face à pareille situation …
L’attitude de certaines administrations nous laisse néanmoins penser qu’un agent qui veut défendre ses droits est perçu comme un véritable ennemi susceptible de ternir la réputation du service et qu’il faudrait évincer à tout prix, fût-ce en franchissant allègrement les frontières de la légalité.
A cette fin, les administrations publiques disposent d’une arme fatale dénommée ‘’conseil médical’’. Composé de Médecins, de représentants du personnel et de l’administration, il donne le sentiment de s’apparenter davantage à une machine à broyer et se débarrasser des agents devenus bien malgré eux indésirables qu’à une instance consultative chargée d’éclairer l’administration.
Nous ne pouvons qu’exhorter tous ceux qui s’apprêtent à passer sous ses fourches caudines, à bien s’y préparer et s’y rendre accompagné en gardant à l’esprit que seule la Loi fixe les conditions d’admission à faire valoir ses droits à la retraite dans un État de droit comme le nôtre.
La meilleure éducation, c’est l’exemple, nous avons tous des enfants, ou des petits enfants, et si l’homme demande des droits, il faut qu’il sache qu’il ne subsistera pas sans remplir ses devoirs : tout ne lui est pas dû impunément. Pour changer notre Martinique, nous devons impérativement nous conformer aux règles et considérer que ‘’les lois ne font pas les nations ; elles sont l’expression de leur caractère’’ (Prospère MERIMEE).
Dans cette construction des politiques publiques, personne ne peut savoir qui viendra partager demain la vie de son enfant, et c’est inéluctablement que nous subirions l’effet boomerang. Certains de ceux qui font partie d’Obédiences et autres Cercles de Fraternité/Sororité devraient impérativement éviter de jouer avec la vie des uns et des autres.
Sans prétention aucune, notre modeste expérience de la vie nous autorise à dire qu’il n’est pas recommandé de s’assoir sur la pointe de la baïonnette lors de quelque conflit que ce soit.
Voilà exposés des faits à la sagacité de la population afin de comprendre l’une des origines de la montée de la violence en Martinique. Nous devrions admettre qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant. Dans ces conditions, le faussé intergénérationnel qui se creuse de plus en plus devrait être remis au centre de nos échanges.
D’une génération à une autre, l’évolution technologique ne doit pas se substituer à toute la sagesse de ceux qui ont su construire les bases du vivre ensemble, car ceux qui viennent d’ailleurs ont la montre et nous, les autochtones, avons le temps, Pour Une Martinique Autrement.
Pour l’association écologique PUMA
Le Président
Florent GRABIN
