“Legends of Storm” : combats légendaires pour l’identité

—Par Roland Sabra —

 

   Les légendes d’un peuple sont issues de son histoire, au plus intime de sa vie faite, comme toutes les vies et pour tous les peuples, n’en déplaise aux fâcheux, d’amour, de travail de guerres, de victoires et de défaites, d’invasions, de résistances et de libérations. Le peuple géorgien a gagné la sienne en 1991, après l’effondrement du bloc soviétique.

Ce n’est qu’en 2001 soit dix ans après l’indépendance qu’il nous a été possible d’entendre ces chants a capela qui montent à l’assaut des siècles, ces valses somptueuses qui font tourbillonner le monde autour d’un hymne à la liberté et qu’il nous a été donner de voir ces danses de vie dédiées à l’affirmation irréductible d’une identité mille et mille et une  fois renaissante.

Elles et ils sont donc caucasiens dans un pays bien trop à l’étroit, trop souvent étouffé entre la l’Iran, la Russie  Turquie et l’Arménie. Que nous disent-elles, ces femmes à la peau si blanche? Ce que disent toutes les femmes qui attendent leurs hommes partis au loin pour chasser ou pour combattre, elles nous disent, dans la danse Khalta Tsekva, la tristesse qui les étreint et l’espoir d’un retour victorieux tout en préparant leurs enfants à s’engager sur les traces de leurs pères.

Et quand le fiancé est rentré vivant couvert de gloire et de blessures on l’épouse et c’est Davluri qui nous transporte dans le monde des mariages, et des costumes hauts en couleurs. Et si l’on se marie selon le rite chrétien orthodoxe la musique elle est plus ancienne, comme en témoigne en partie les instrument dont elle s’élève lointains ancêtres de la guitare, de l’accordéon.

Zeimi Mtachi célèbre la saison puisqu’au retour des combats il faut se remettre au travail : la moisson, les vendanges n’attendent pas. Et s’il faut repartir à la guerre une guitare à quatre cordes suffira pour raconter les exploits des aînés qui sont tombés et qui seront vengés. En attendant ( Tchakrulo) il faut boire encore et encore le vin de la vigne de cette fière Géorgie qui jamais ne succombera.

Tout comme UMOJA l’an dernier, le spectacle est un hymne à la solidarité nécessaire entre les hommes et les femmes pour que soit sauvegardée l’identité du pays. Ainsi après la prise d’une forteresse si les hommes se dressent en pyramides c’est à l’intérieur d’un cercle dessiné par les femmes. La victoire des hommes est aussi celle des femmes. Si les scènes de batailles sont les plus spectaculaires avec des combats de sabres réglés au millimètre, des sauts vertigineux de danseurs « plus légers qu’un vol de feuilles mortes » les sublimes chants à voix nue des femmes et la participation des enfants, futurs travailleurs et futurs combattants sont les moments forts de ce spectacle déjà vu par plusieurs centaines de milliers de spectateurs de par le monde entier.

La culture se perpétue en se métissant. Du paganisme au christianisme en intégrant des influences ottomanes, persanes, notamment dans l’art du costume, l’essentiel de l’âme géorgienne à été préservé. Legends of the Storm est  aussi un produit du métissage et le mérite de cette alliance entre modernité et tradition revient à l’étasunien, Jim Lowe et au français Pascal Jourdan qui découvrirent la culture géorgienne en 1999 grâce à l’ensemble Erisioni et décidèrent de produire un spectacle aujourd’hui reconnu internationalement.

Roland Sabra, Fort-de-France la 10/07/07