L’Eau : source de division politique

— Par Florent Grabin, président de l’association écologique P.U.M.A. —

L’eau fait partie du patrimoine commun de la nation. Sa protection, sa mise en valeur et le développement de la ressource utilisable, dans le respect des équilibres naturels, sont d’intérêt général. Elle est régie par la loi n°92-3 du 3 janvier 1992 qui reste la base de sa gestion, de sa dépollution, de son stockage et de sa distribution. Cependant une loi n’étant pas statique peut être abrogée ; c’est ainsi que le Sénat a validé le transfert de la gestion de l’eau à la Collectivité Territoriale de la Martinique. (CTM).

C’est un nouveau pas vers l’éventuelle autorité unique de l’eau qui, selon PUMA, est une fausse bonne idée. Nous pensons que cette dernière pourrait plonger très vite, dans le marigot politique de nos élus avec une partie de la population. Nous avons l’impérieux devoir de nous interroger sur les différentes assemblées uniques déjà existantes dans le paysage martiniquais, afin d’éviter une énième dérive institutionnelle qui, de fait, induirait une nouvelle division qui plomberait sans aucun doute nos différents dirigeants.

Les échecs d’administration.

Faudrait-il être sourd, aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas admettre que c’est l’échec total dans la gestion de ces structures uniques : la CTM et ses satellites, les Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI), le Syndicat Martiniquais de Traitement et de Valorisation des Déchets (SMTVD), Martinique Transport (MT) etc. C’est souvent que les usagers de ces agences se plaignent des effets de grèves à répétition, comme actuellement en ce moment dans le transport sur le territoire de la Communauté d’Agglomération du Centre de la Martinique (CACM)

Quand ce n’est pas la rupture de service, c’est la corruption qui vient faire l’actualité devant les Tribunaux comme ces temps-ci, le SMTVD, la CTM, ODYSSI, la CACM épinglés pour d’importantes fuites de capitaux. Cette situation illustrant notre dicton selon lequel ‘’pa janmen ba chat veye bè *.

La mort cérébrale de la gestion de l’eau.

En visualisant les différents documents comptables des trois EPCI, nous pouvons constater qu’ils sont tous en difficulté financière et que la Cour Régionale des Comptes (CRC) les alerte régulièrement : ce qui est particulièrement inquiétant. Les motifs de ces résultats sont connus par tous ceux qui sont en charge de la mise en œuvre de la politique publique de ces établissements ; ceux-là mêmes qui souffrent d’une overdose, ainsi que d’un embonpoint dépensier chronique. Nous courons le risque de voir un jour nos EPCI en grande difficulté sur la livraison d’eau destinée à la population.

La principale recette des EPCI provient du consommateur qui, majoritairement, paie sa facture d’eau et assainissement sans bénéficier en permanence d’un service convenable ; ce qui fait de lui un parfait pigeon. Dans le document comptable, la masse salariale occupe une place importante avec des rémunérations mirobolantes occasionnant à un grand train de vie de la structure. Alors, tout cela laisse peu despace pour linvestissement !

Dans ces conditions, PUMA émet les plus expresses réserves quant à la création d’une assemblée unique de l’eau ; car ce n’est pas au consommateur de payer les abus dispendieux de nos dirigeants.

Peut-on faire confiance ?

Bien entendu, afin de bien vendre l’idée de cette assemblée unique, de belles phrases sont prévisibles et nous devrons être d’une grande vigilance, car : ‘’sa mel ka di atè sé pa sa i ka di atè *. Qui peut oublier les beaux mots qui ont été utilisés lors de la présentation du projet de la fusion des Conseils Général et Régional pour créer la CTM ? L’actuel constat est lamentable ! Entreprises en liquidations judiciaires ! D’autres en cessation de paiement ! Différentes structures satellites de la CTM en grande difficulté pour payer les salaires ! Notre économie en berne : c’est la bérézina !!!

Qui dit fusion dit addition des mauvaises gestions. Tel dans un bateau en dérive sans gouvernail, la catastrophe est prévisible et nous avons le devoir citoyen de tout mettre en œuvre pour l’éviter. Pensons toujours aux risques inévitables de grèves dont la culture de tout bloquer va être très préjudiciable à nous tous. Comment faire vivre cette nouvelle assemblée unique sans éviter la division qui mine la vie politique de chez nous, sachant que ce syndrome est un mal incurable ?

Où est passé le bon sens ?

Il y a des solutions que nos cadres territoriaux devraient avoir déjà proposé en termes de mise à niveau du réseau eau et assainissement. Avec ou sans assemblée unique, nos élu.e.s ont eu la capacité de fusionner leurs programmes lors des élections municipales. Pourquoi ne pas se rencontrer afin d’améliorer la question du partage de la ressource, des investissements, de la qualité et de la distribution? Devrions-nous encore subir leur navigation entre le bon sens et le courage politique ?

La gestion de l’eau réclame du sérieux, de la compétence, de la finance et de l’anticipation ; autrement, avec ce nouveau ‘’machin’’ la Martinique court le risque de se voir noyer définitivement par la bêtise politique. Entre les appétences carriéristes de certains, la population risque une nouvelle fois d’être l’otage dans ce rude combat qui réveille l’appétit féroce pour un poste dont les avantages sont inestimables.

Améliorer le fonctionnement des EPCI.

Dans l’état actuel des choses, les produits de l’eau sont fléchés vers différentes dépenses, notamment vers le remboursement des gestions précédentes calamiteuses. Un audit sur les finances et tout le réseau s’impose afin d’éclairer les abonnés qui, en premier lieu, ont droit au respect de leur argent. Il existe une autre piste qui passe par l’envie de faire vivre l’intérêt général. C’est pourquoi nous pensons qu’il est urgent d’améliorer le fonctionnement actuel des EPCI en les regroupant dans un pôle public de l’eau, avec une présidence tournante.

Cet outil serait financé par la collecte des factures d’eau et de l’assainissement : ainsi, il permettrait de gérer la ressource et sa production. Concernant la distribution elle sera confiée à une cellule interne à ce pôle et, en aucun cas, ce produit financier ne devrait renflouer un autre poste que l’eau.

Concernant le financement de la mise à niveau du réseau général, pourquoi ne pas faire appel à un Partenariat Privé et Public (PPP). Et pourquoi ne pas associer la société civile dans le capital de ce pôle ?

Nous n’avons pas à attendre que ça soit le Préfet de région qui nous impose la bonne répartition de la ressource lors des carêmes. Voilà un cas pathétique où chaque année des élus martiniquais s’étripent sur la bonne répartition de la ressource. Cette dernière appartient inéluctablement à la population et non à tel ou tel Président d’EPCI prétendant qu’elle se trouve dans sa zone de compétence.

Ainsi, nous n’avons nullement besoin d’une assemblée unique pour régler ces différents points noirs. C’est à la société civile de se manifester pour signaler tout dysfonctionnement. Aussi, fort de ses statuts, PUMA a saisi le Président de l’Exécutif de la CTM afin de lui signaler l’insécurité de l’Usine de production de Vivé. Ce dernier a donc pris toutes les mesures qui s’imposent afin de mettre en demeure la SAUR qui est en charge de l’exploitation de ce site et de sa sécurité. (Voir pièce jointe)

Dans le même temps, il y a un contentieux entre la SME et ODYSSI, où ce dernier a de grandes difficultés à honorer sa créance de fourniture d’eau provenant de la SME. Gageons que demain, la population ne se retrouve privée d’eau s’il vient à l’idée d’un actionnaire de la SME de couper la vanne générale alimentant les abonnés d’ODYSSI

Présentement, faute de trésorerie, la Préfecture ne parvient pas à exécuter d’office la décision du Tribunal Administratif de Fort-de-France condamnant ODYSSI à payer sa dette. Cet exemple patent de mauvaise gestion de cette régie des eaux nous démontre que nous n’avons aucun intérêt à le reproduire. Aucune des belles phrases de l’actuel Président devenu Maire ne saura mettre ODYSSI hors d’eau !

Considérant que nul n’a le monopole du savoir les élu.e.s devront oser imposer la consultation à la population et aux associations de la société civile, Pour Une Martinique Autrement !

Pour l’association écologique PUMA

Le Président

Florent GRABIN

*‘’pa janmen ba chat veye bè . Ne jamais donner à un chat à surveiller du beurre.

*‘’sa mel ka di atè sé pa sa i ka di atè. Ce qu’un merle dit du haut de l’arbre est contraire une fois au sol.