Le roi de l’Ethio-jazz à Paris

—Par Alexis Campion – —
mulatu_astatkeInspiré par la diversité de son pays, le percussionniste et compositeur Mulatu Astatké publie Sketches Of Ethiopia. Un disque éclectique et charmeur dont le groove contagieux doit autant au jazz qu’à la tradition tribale.
Père de l’Ethio-jazz”, le percussionniste et compositeur Mulatu Astatké, 70 ans, est une légende pour de nombreux mélomanes qui, au tournant de l’an 2000, prirent connaissance de sa musique à travers la collection Ethiopiques, une série de disques mythiques qui se proposait de compiler le meilleur du jazz éthiopien tel qu’il fut enregistré au début des années 70. Ce qui ne veut pas dire que la carrière du musicien n’appartient qu’au passé, bien au contraire.
Relancées en 2005 avec la sortie du film Broken Flowers, de Jim Jarmush, dont il signa la bande originale, la notoriété et l’inspiration de Mulatu Astatké sont toujours au beau fixe. On le vérifiera ce jeudi 10 octobre au Trianon, à Paris, qui affiche quasi complet en son honneur. On le vérifie aussi dans  ses albums récents, Mulatu Steps Ahead (2010) et surtout Sketches Of Ethiopia, qu’il vient de publier chez Jazz Village. Un titre qui fait clin d’œil à l’album considéré comme l’un des plus accessibles de Miles Davis (Sketches Of Spain), mais pas seulement.
Couleurs et musiques
Le musicien explique qu’il s’agit avant tout d’une “célébration de l’extraordinaire richesse et diversité de la culture éthiopienne, un pays très vaste où chaque région a ses propres instruments fabriqués par des tribus très distinctes les unes des autres”. Un voyage qu’il ne pouvait imaginer qu’en rythmes et en couleurs. “Je pense que les couleurs et la musique sont deux essences indissociables, profondément connectées, explique Astatké en fermant un instant les yeux. C’est ainsi que j’approche la musique : pour entrevoir une mélodie, j’ai besoin de voir des lignes. Quand on me parle de structures harmoniques, je vois des couleurs.”
Intitulées d’après les noms de tribus, ces nouvelles compositions n’en gardent pas moins une dimension introspective et personnelle, à l’instar de Assosa Derache, l’un des titres instrumentaux les plus “jazz” du disque. D’ailleurs cette composition peut raisonnablement faire penser à Miles Davis avec ses élans de cuivres tour à tour emportés et alanguis, sa trompette sinueuse et ses rythmes soyeux, mis en valeur par le vibraphone entrelacé à la basse et à la batterie. “Mais si ce morceau est éminemment jazz, prévient Astatké, ce n’est pas seulement parce que j’ai acquis cette culture, mais d’abord parce que la tribu Deroche utilise elle-même le mode diminué, très utilisé en jazz. La musique des Deroche, c’est carrément de la peinture abstraite et bariolée!”
Etudiant à New York
Sur d’autres titres, tels les entraînants  Azmari, Gamo et Gambella, eux aussi intitulés d’après de fameuses tribus, Mulatu Astatké intègre aussi des chœurs et des chants hypnotiques qui tendent vers la transe et sont toujours bien rythmés. “Voyez aussi Gumuz, sur laquelle je reprends une danse fameuse et typique du nord de l’Ethiopie. Même Beyonce l’a copiée sur l’une de ses vidéos!”
De quoi combler ce compositeur pas peu fier de nous rappeler qu’en 1958, il fut le premier Africain à intégrer la très illustre Berklee School Of Music de Boston. “Le jazz était alors sous de bons auspices avec, dans le giron de l’école, Coltrane, Davis, Ellington, mais aussi Quincy Jones, Gil Evans, Count Basy. Je me sens surtout chanceux d’avoir eu des profs qui n’avaient pas peur de nous dire ‘soyez vous-mêmes!’

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