« L’Atlantique noir » de Nancy Cunard

Bien plus que l’égérie des surréalistes, la lady émancipée, auquel le Musée du Quai-Branly rend hommage, fut une grande militante de la cause noire.

— Par Cécile Jaurès—
nancy_cunardSur la photographie, prise par Man Ray en 1926, Nancy Cunard pose, féline, dans une robe imprimée léopard, les cheveux coupés à la garçonne et les bras chargés jusqu’aux coudes de bracelets en ivoire. Pourtant, plus que son allure, c’est son regard perçant, cerné de khôl, qui aimante le visiteur de l’exposition du Musée du Quai-Branly. « L’ogresse maigre, d’une beauté farouche », selon la formule de Marcel Jouhandeau, semble animée d’une volonté sauvage de suivre le chemin qu’elle s’est choisi.

Tout destinait cette fille d’une riche famille d’origine américaine (les paquebots Cunard) à une vie de mondanités. Pourtant, dès ses 18 ans, la jeune lady se sent à l’étroit dans le carcan de l’Angleterre victorienne et fréquente les artistes de la contre-culture, de T.S. Eliot à Jacob Epstein.

Les époux Leonard et Virginia Woolf publient ses premiers poèmes. Quand elle s’installe à Paris dans l’effervescence des années folles, son appartement de l’île Saint-Louis voit défiler toutes les avant-gardes. Ses amis s’appellent Tristan Tzara, Constantin Brancusi, Man Ray, Cecil Beaton, les surréalistes Georges Sadoul et René Crevel…
Sensibilisée aux questions impériales et coloniales

Avec Louis Aragon, dont elle devient la compagne, elle fonde en 1928 une maison d’édition, Hours Press, pour « défendre l’innovation ». Elle édite notamment le premier texte de Samuel Beckett et de la poésie expérimentale.

Elle commence également une collection d’art africain et océanien – dont plus de 500 bracelets en ivoire, photographiés par Raoul Ubac – presque entièrement disparue, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le pillage de sa maison normande.

Sensibilisée aux questions impériales et coloniales, Nancy Cunard découvre la condition des Noirs américains au contact de son nouvel amant, le pianiste de jazz Henry Crowder. En 1931, le mépris affiché par sa mère à l’encontre de son compagnon lui inspire Black Man and White Ladyship, cinglant pamphlet contre l’esclavage, la ségrégation et le racisme.
« Negro Anthology », son « grand œuvre »

La même année, alors qu’aux États-Unis éclate le scandale des Scottsboro Boys (neuf garçons afro-américains accusés d’avoir violé deux femmes blanches dans un train et condamnés à mort après un procès expéditif), elle s’attelle à son « grand œuvre » : Negro Anthology.
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