La mort de la cantatrice américaine Jessye Norman

La cantatrice Jessye Norman, icône américaine de l’opéra, est décédée d’une septicémie lundi à New York à l’âge de 74 ans. Sa voix remarquable a inspiré le monde entier, notamment l’Europe où elle s’est installée à la fin des années 1960.

Elle avait chanté la Marseillaise en 1989 en France, drapée en tricolore pour le bicentenaire de la Révolution. La légendaire cantatrice américaine Jessye Norman est décédée, lundi 30 septembre à New York, à 74 ans. Elle a succombé à une septicémie consécutive aux complications d’une blessure à la colonne vertébrale en 2015.

« C’est avec une profonde tristesse et chagrin que nous annonçons la mort de la star internationale de l’opéra Jessye Norman », a indiqué la famille dans un communiqué transmis à l’AFP. « Nous sommes fiers de ses réussites musicales et l’inspiration qu’elle a donnée aux publics du monde entier continuera à être une source de joie », souligne le texte. « Nous sommes également fiers des causes humanitaires qu’elle a défendues, telles que la faim, les sans-abris, le développement des jeunes et l’éducation artistique et culturelle. »

Née dans l’État américain de Géorgie, Jessye Norman s’était fait connaître en s’installant à la fin des années 1960 en Europe, où elle s’est produite dans les plus grandes salles.

« Le Met pleure Jessye Norman, l’une des plus grandes sopranos des 50 dernières années », a indiqué le grand opéra new-yorkais où elle s’est produite plus de 80 fois, dans un répertoire allant de Wagner à Poulenc, en passant par Bartok, Schönberg et Strauss. « Elle était l’une des plus grandes artistes à chanter sur notre scène », a souligné le directeur du Met Peter Gelb. « Son souvenir vivra à jamais. »

L’hommage de Toni Morrison

« La beauté et le pouvoir, la singularité de la voix de Jessye Norman. Je ne me souviens pas d’autre chose de semblable », déclarait en 2014 la Prix Nobel de littérature Toni Morrison, décédée elle-même cet été, lors d’une soirée d’hommage à la cantatrice. « Je dois dire que parfois lorsque j’entends votre voix, cela brise mon coeur. Mais à chaque fois, lorsque j’entends votre voix, cela soigne mon âme », avait poursuivi Toni Morrison.

Dès l’enfance, Jessye Norman s’initie aux « spirituals » au sein de la communauté noire d’Augusta, où elle a grandi dans le sud-est des États-Unis, et où ses parents militaient au sein de l’organisation NAACP pour les droits des Noirs. Elle décroche une bourse d’étude à l’université Howard, établissement fondé à Washington pour accueillir les étudiants noirs en pleine ségrégation.

Engagée dès 1968 – elle n’a alors que 23 ans – au Deutsche Oper de Berlin, elle débute en France cinq ans plus tard, dans l' »Aïda » de Verdi. Des invitations suivent au festival d’Aix-en-Provence (« Hippolyte et Aricie » de Rameau en 1983, « Ariane à Naxos » de Richard Strauss en 1985), à l’Opéra-Comique (1984) et au Châtelet (1983, et régulièrement depuis 2000).

Femme de convictions

Elle s’installe en Europe où avec son timbre sombre et pulpeux, elle s’impose comme l’une des sopranos dramatiques les plus reconnues, en particulier pour ses interprétations de Wagner.

Femme de convictions, elle a fondé dans sa ville natale la Jessye Norman School of the Arts pour soutenir de jeunes artistes socialement défavorisés.

Elle avait chanté aux cérémonies d’investiture des présidents américains Ronald Reagan et Bill Clinton, ou pour le 60e anniversaire de la reine Elizabeth II, en 1986, avant de recevoir la Médaille nationale des arts des mains du président Barack Obama en 2009.

Mais elle s’était faite rare ces dernières années, notamment après la publication de ses mémoires, « Stand Up Straight and Sing! » en 2014. Elle y racontait en détails les femmes qui l’avaient marquée, et le racisme auquel elle avait été confrontée, enfant puis adulte.

France24 avec AFP