La délinquance… ce poison

— Par Guy Pollier —

Un poison qui s’instille d’une manière pernicieuse et souvent « banale » dans une longue dérive à bas bruit, que seul le temps qui passe, permet de mesurer.

Je vous propose ci-dessous le document témoignage paru il y a 20 ans dans FA :

Halte à la délinquance !

« Délinquance », un mot qui revient sans cesse à la Une de tous les médias. Une telle répétition interpelle, surtout lorsque que le prix payé est la vie d’un homme.

Au-delà de cette délinquance criminelle ; il existe une autre forme de délinquance quotidienne, pernicieuse et récurrente que je dénonce avec vigueur.

Au sens large, un délinquant est un individu qui transgresse la loi, qui commet des infractions au regard de cette dernière. Et personne par définition « n’est censé ignorer la loi ».

Tout un chacun a certainement un jour ou l’autre transgressé une loi, soit par inattention, soit par ignorance, soit en se donnant bonne conscience en l’absence de préjudice apparent.

Il y a un domaine ou la délinquance est réelle et en rien excusable : la conduite automobile. En la matière tous les citoyens sont égaux et par définition ne peuvent ignorer la loi. Nous avons tous accédé au droit de conduire en passant l’examen le plus commun : « le permis de conduire », examen obligatoire, onéreux et cependant très convoité dès que l’âge le permet.

Depuis bientôt 25 ans j’emprunte la médiatique Nationale 5 qui me conduit au quotidien, dans un allez retour, de mon domicile à mon travail. (soit du sud vers le Nord et inversement). Ce n’est pas sans nostalgie que je repense à mes trajets quotidiens sans encombre, ou rentrer chez soi était une partie de plaisir. Embarquer un autostoppeur ignoré en fin de journée par les taxis collectifs plutôt matinaux, était une chose courante et une possibilité d’échange souvent agréable. (du co-voiturage avant l’heure) .

Les choses ont bien changé et la partie de plaisir a tourné à la punition. Prisonnier de mon véhicule, aujourd’hui plus confortable et climatisé, je me trouve agressé par tous les comportements qui se multiplient et se banalisent au fil des années. Il fut un temps ou je positivais en essayant de quantifier et de qualifier les auteurs et leurs actes. Mes « études sociologiques » des années 95/96, m’avaient permis d’évaluer le profil du hors la loi type ( ou du « type » hors la loi) qui chaque jour empruntait la bande d’urgence, plongeait sur la droite à Génipa * avant de resurgir 500 mètres plus loin, dans une continuité d’action parfaite en ne respectant pas dans son final le panneau de priorité. Jeune du genre masculin, âgé de 18 à 30 ans, au volant d’un véhicule souvent auréolé d’une pastille ronde et blanche ornée d’un A rouge précisant qu’il était apprenti en cours de confirmation ! Très irrité par ce comportement primaire, j’ai assisté depuis à la grande dérive qui modifie toutes mes conclusions antérieures.

La première c’est qu’il n’y a plus de profil type, même si les 18/30 ans forment encore le gros du peloton en perpétuelle évolution et ébullition. Et je cite dans le désordre, car il n’y a pas d’autre mot, des taxis collectifs qui parodient leurs confrères parisiens qui évoluent dans un couloir réservé, des jeunes, des grandes personnes, des hommes, des femmes ( encore en minorité), des berlines modestes, des 4/4 rutilants, des artisans étalant leur raison sociale, directement ou par salarié interposé ( avec téléphone et adresse à l’appui), des chauffeurs de bus touristiques ( histoire de mettre les touristes dans l’ambiance) et plus grave une voiture d’auto-école, qui non content d’avoir triché me gratifiait d’un bras d’honneur, suite à mon reflexe de stupéfaction et de désapprobation.

Ma deuxième conclusion c’est que les plaisirs de multiplient (ligne continue franchie, stop grillé ..tout y passe). Dans d’autres pays libéraux, de tels actes vous valent des sanctions disciplinaires immédiates (saisie du véhicule, retrait de permis, amendes très lourdes, poursuites judiciaires …) Mon ultime conclusion est que l’on trichait plutôt le soir pour rentrer plus vite chez soi. La nouveauté est que l’on triche aussi le matin …sans doute pour arriver en avance au travail ?

Peut-on in définitivement ignorer l’autre, le priver de ses droits et ce sans scrupule en pleine lumière et en toute impunité ?

A l’heure de la rentrée, j’invite tous les délinquants primaires et invétérés, à réfléchir sur le poids de leurs actes dans un pays ou la liberté est encore une réalité. J’appelle tous les parents, tous les enseignants, tous les pédagogues, toutes les bonnes volontés à ne pas baisser les bras et à combattre la fuite des valeurs pour que l’on échange sur nos routes et dans la vie autre chose que des injures et de la haine.

J’écrivais cela en septembre 2002 (*pour la bonne compréhension l’hyper Carrefour Génipa n’existait pas).

20 ans se sont écoulées et aujourd’hui on échange des coups de feu et on s’attaque à un gendarme à l’arme blanche.

La délinquance ordinaire s’est ancrée dans nos vies.

Celui qui ne triche pas est un idiot et ainsi crescendo, dans une dérive permanente, on a tacitement redéfini ce qui était acceptable dans la culture de nos spécificités.

Il est fini le temps où l’on ne fermait ni la porte de sa maison, ni de sa voiture.

40 ans durant lesquelles, à force de considérer que rien n’est grave, et que l’autorité pouvait être bafouée, on est aujourd’hui au bord du précipice.

Dans un appel au secours et en se dédouanant de notre part de responsabilité.

L’acceptable est devenu aujourd’hui insupportable et mortifère au sens propre.

Réveillons-nous ! car je n’ose imaginer 2032

Guy POLLIER