« Kingdom », m.e.s. d’Anne-Cécile Vandalem

Avignon

Dernier volet d’un triptyque dont les deux premiers -Tristesses, Arctique – ont été joués au Festival, Kingdom termine les récits dans le grand Nord d’Anne-Cécile Vandalem. Si le premier volet était consacré à un étouffant huis clos politique, le second au désastre climatique, le dernier Kingdom, se demande quel monde pourront imaginer les enfants demain, à partir des désastres écologiques, des bouleversements politiques et des rêves avortés des parents ? Que peuvent-ils espérer ? comment vont-ils réinventer ?

Une famille s’installe dans la taïga sibérienne pour fuir la civilisation et vivre un rêve communautaire. Chacun doit entrer dans l’histoire racontée par le chef de clan, démontée peu à peu, au fil du mélange des propos de chacun ? un documentaire de clément Cogitore sur les utopies et l’a vie en autarcie d’une communauté sibérienne est la trame de l’adaptation d’Anne-Cécile Vandalem. Au départ, la faille semble vivre une vie paisible, où chacun vaque à ses occupations où les jolies têtes blondes se partagent entre jeux et chants.

Besoin de conflits ? Problème de territoire et reconnaissance de la différence de l’autre ? Le danger est d’abord juste dans l’air puis parlé : ces cousins de l’autre côté de la barrière qu’on ne verra jamais, qui s’adonnent au braconnage. La belle histoire du patriarche entachée de tricherie est une vieille histoire familiale où l’amour fou n’était pas si limpide. Les enfants sont témoins de toutes les discussions, de tous les conflits : à eux de démystifier, de trouver l’échappatoire. Ce qui est extraordinaire c’est qu’on a l’impression que les comédiens ne jouent pas sans doute en partie grâce aux enfants qui obligent à une attention « hors-jeu » et beaucoup avec la façon dont l’histoire es construite. Un cameraman filme sur le plateau, parfois on ne voit que des images sur écran, d’autres fois on voit la vidéo est projetée en même temps que les comédiens parlent et jouent sur le plateau, il arrive aussi que l’intérieur de la maison fermée nous soit révélé. Le spectateur entre sans effraction dans l’intimité d’un quotidien et participe à la montée du tragique ,à la prise en mains des jeunes adultes qui ne veulent pas se faire voler une possibilité de paix, d’amour.

Sans éclats, cette impossibilité de vivre ensemble s’impose à nous, comme allant de soi. Comment arriver à tant de naturel ? Peut-être parce qu’ Anne-Cécile Vandalem est partout : écriture, direction d’acteurs, mise en scène ,vidéo. Il y a une cohérence absolue dans ces récits qui s’entrechoquent, dans ces outils «  mis au service de », fortifiant le discours et donnant force aux rêves. Pas une faille chez les comédiens : ils sont à leur tâche de façon jubilatoire .L’exceptionnelle maîtrise dégagée par la pièce, nous apporte, malgré de noirs présages, un message criant d’humanité, retrouvant la simplicité de la fable.

Dominique Daeschler