Karine Tuil : “Les réseaux sociaux révèlent le pire de nous-mêmes”

L’auteure de L’Invention de nos vies, Karine Tuil, a cessé toutes activités sur Facebook, Twitter et Instagram. Elle en donne les raisons pour la première fois.
Les écrivains ont-ils leur place sur les réseaux sociaux? La romancière Karine Tuil a décidé de se retirer de Facebook, Twitter et Instagram. Elle y était active, suivie, appréciée. Elle y renonce pour se consacrer au temps long. Son jugement est sans appel : les écrivains n’ont pas leur place sur les réseaux sociaux. “Tout me paraissait factice et vain, confesse-t-elle au JDD. L’injonction au bonheur sur Instagram m’était devenue insupportable : je me sentais hors jeu. Je souffrais, j’avais besoin de vraies interactions, d’affections véritables.” Voici quelques extraits de la grande interview qu’elle a accordée au Journal du Dimanche.

Quels sont les bons et les mauvais côtés des réseaux sociaux?
Le bon côté, c’est une forme de socialisation, la possibilité de faire une pause et d’avoir des interactions, de partager des contenus de qualité, notamment dans la presse étrangère. Certains abonnés sont une vraie source d’information. Le bon côté, c’est la puissance d’une parole collective quand elle porte une cause juste, on l’a vu avec MeToo, notamment. Le mauvais côté, c’est la perte de concentration. Vous êtes sollicité des dizaines, voire des centaines de fois par jour. Pour un écrivain, ¬intellectuellement, c’est un ¬désastre. L’autre mauvais côté, c’est la tentation de l’autocélébration. Comment ne pas tomber dans la vanité et le narcissisme ? Est-ce qu’un auteur doit remercier publiquement un critique qui a dit du bien de son livre ? Faire sa revue de presse ? Retweeter en continu le bien que d’autres écrivent sur lui ? Il y a également le risque de l’entre-soi et de la flatterie, le système social y fonctionne avec les mêmes règles. Votre cote est proportionnelle à votre nombre d’abonnés. Les réseaux sociaux sont la face sombre d’une société qui glorifie la performance. Chacun y vante ses chiffres d’audiences, de ventes. On valorise ses succès, on se met en scène, on montre ses engagements humanitaires, on porte un masque social très soigné. Un jour, ce masque, j’ai eu envie de l’arracher. Et puis, je me méfiais aussi de cette nouvelle forme de délation qui consiste à aller chercher dans le fil Twitter d’une personne des tweets compromettants pour la faire tomber. Les réseaux sociaux révèlent le pire de nous-mêmes…
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