Guyane : un enfant sur cinq atteint de saturnisme

— Par Laurent Marot —

La première alerte remonte à juin 2011. Une plombémie sévère est dépistée chez une fillette de 3 ans vivant à Mana, dans l’ouest de la Guyane. Son sang contient 1 724 microgrammes de plomb par litre (µg/L), alors que le seuil du saturnisme est atteint à partir de 50 µg/L. Une enquête sanitaire menée par l’Agence régionale de santé (ARS) révèle alors que la moitié des personnes vivant dans l’entourage de la fillette – dont la plupart des enfants – se situe au-dessus des normes. ” A partir de 50 µg/L, il peut y avoir chez le fœtus et l’enfant des troubles neurologiques avec des troubles cognitifs, des petites anomalies rénales, un peu d’hypertension “, précise Paul Brousse, médecin au Centre délocalisé de prévention et de soins de la collectivité territoriale de Guyane (CTG) à Maripasoula.

La Guyane ne dispose pas de données sur l’imprégnation de l’ensemble de la population au plomb. Cependant, le Centre hospitalier de l’ouest Guyanais (CHOG) a mené une étude sur 531 femmes enceintes. Publiée en 2017, celle-ci révèle que 25 % d’entre elles ont une plombémie hors norme. Deux autres recherches, encore non publiées, font état d’une recrudescence du problème du plomb dans l’ensemble du territoire et du maintien de l’intoxication au mercure dans les villages de l’intérieur. La première a été conduite par Santé publique France de 2015 à 2017 auprès de 590 enfants âgés de 1 à 6 ans. ” La proportion d’enfants en Guyane au-dessus de la norme est autour de 20 % “, explique l’épidémiologiste Audrey Andrieu, de la Cellule interrégionale d’épidémiologie (CIRE). C’est treize fois plus que la prévalence nationale. Ainsi, 14,4 % des enfants de Guyane sont au-delà de 100 µg/L, l’ancien seuil officiel du saturnisme, contre 0,1 % en France…

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Photo d’illustration : enfant contaminé au Nigeria