“Fraternité, conte fantastique”, de Caroline Guiela Nguyen.

—Par Dominique Daeschler —

Avignon

Caroline Guiela Ngueyn fait partie de cette relève, en grande partie féminine, que met en valeur le festival cette année : des femmes qui e fichent des codes, multipliant les formes, réinventant une autre façon d’écrire et une façon d’être au plateau, jouant le nous du groupe plus que le je, inscrivant leurs créations en plusieurs volets ( Anne(Cécile Vandalem). Fraternité conte fantastique est le second volet d’un cycle ( premier volet un court métrage » Les engloutis ») qui sera suivi de l’Enfance et la Nuit en 2022 à la Schaubühne de Berlin.
Après les blessures du colonialisme ( Saïgon), le travail avec les détenus de la maison d’arrêt d’Arles ( comment on retrouve une vie quand on sort), Caroline Guiela Nguyen s’attaque à la disparition en tant qu’absence faite de déni, d’espérance et de réinvention. Après un cataclysme, ne restent en piste que quelques humains acharnés à ne pas oublier leurs souvenirs et les absents. Ils retrouvent , tous âges confondus, dans un centre de consolation, où l’on invente et rêve des moyens d’entrer en contact, où l’on oscille entre la résilience, la résignation, attendant le miracle du retour, lors d’éclipses.
Rien n’a été écrit avant les répétitions ce qui donne des récits qui s’entrechoquent, une communauté qui se cherche …et se trouve pour arriver entre révoltes , échecs, soumissions à créer une fraternité qui peut permettre le deuil impossible . On réinvente les absents en captant l’avenir dans un présent douloureux. L’attention des uns envers les autres se diffuse sur le plateau, créant d’invisibles liens où le mélange amateurs et professionnels donne sans arrêt des secousses au jeu, l’histoire se nourrissant aussi de maladresses et de rebonds.
Quelque part, au milieu des étoiles, des absents parlent, regardent le monde d’en bas s’agiter. A chacun sa fiction, son rêve. Témoignage coup de poing d’une réalité qui se vit chaque jour dans des centres spécialisés dans la recherche de liens avec des personnes disparues lors de diverses catastrophes (guerres, migrations…), sublimé dans le choix de construction de ce conte fantastique . On ne sort cependant pas totalement « des bonnes intentions » (c’est difficile de parler de fraternité et de solidarité), la durée du spectacle étire trop le propos.

Dominique Daeschler