Enfants invisibles : l’urgence d’agir dans les Outre-mer

— Par Sabrina Solar —

À l’approche des élections municipales de 2026 et de l’élection présidentielle de 2027, l’UNICEF France alerte sur une réalité préoccupante : des milliers d’enfants vivant sur le territoire français demeurent invisibles des statistiques publiques, et cette invisibilisation frappe de manière disproportionnée les territoires d’Outre-mer.

Dans un contexte marqué par de profondes transformations climatiques, sociales, économiques et numériques, les droits de l’enfant sont fragilisés partout en France. Mais dans les Outre-mer, ces fragilités se cumulent et s’aggravent, faute de données complètes, fiables et régulièrement actualisées permettant d’adapter les politiques publiques aux besoins réels des enfants.

Les enfants ultramarins figurent parmi les plus exposés à la pauvreté, aux ruptures d’accès aux droits fondamentaux et aux défaillances des services publics. À Mayotte, par exemple, huit enfants sur dix vivent sous le seuil de pauvreté, une situation sans équivalent en France hexagonale. Dans ces territoires où les enfants représentent parfois plus de la moitié de la population, l’absence de données solides compromet directement la planification des politiques de santé, d’éducation, de protection de l’enfance ou d’accès à l’alimentation.

Cette invisibilité statistique concerne en priorité les enfants les plus vulnérables : enfants non scolarisés, vivant dans la grande pauvreté ou sans domicile, enfants en situation de handicap, mineurs non accompagnés, mais aussi l’ensemble des enfants vivant dans des territoires où les contraintes géographiques, logistiques et institutionnelles rendent la collecte de données plus complexe. En Guyane, par exemple, l’isolement de certains villages complique fortement les enquêtes démographiques et sociales, laissant des pans entiers de la population infantile hors des radars institutionnels.

Pourtant, l’absence de données n’est pas neutre. Elle entraîne une rupture d’égalité territoriale et une incapacité structurelle à garantir l’effectivité des droits consacrés par la Convention internationale des droits de l’enfant. Sans connaissance précise des besoins, les réponses publiques restent inadaptées, insuffisantes, voire inexistantes, exposant les enfants à des risques accrus en matière de santé, de malnutrition, de décrochage scolaire ou de protection.

C’est dans ce contexte que l’UNICEF France a lancé l’Observatoire des droits de l’enfant, une plateforme nationale inédite destinée à centraliser, analyser et rendre accessibles les données disponibles sur la situation des enfants en France. En rassemblant des indicateurs issus de sources multiples et couvrant des thématiques essentielles – éducation, santé, logement, pauvreté, protection, migrations ou environnement –, l’Observatoire vise à faire de la donnée un véritable levier de protection et de décision publique.

Mais l’UNICEF France appelle également à aller plus loin : renforcer la collecte de données dans les Outre-mer, garantir une couverture territoriale équitable, intégrer systématiquement les réalités ultramarines dans les politiques nationales de l’enfance et donner une place réelle à la parole des enfants eux-mêmes. Rendre visibles les enfants des Outre-mer n’est pas une option : c’est une condition indispensable pour garantir l’égalité des droits sur l’ensemble du territoire de la République.