En rentrant du ciné…

"Bethléem", "Ida", "Se battre", "Gloria"

— Par Roland Sabra —

bethleem

« Bethleem » : passionnant !

Israélien et Palestinien : pour chacun d’eux, pas d’entre deux possible!
2005 à Bethléem, juste après la fin de la seconde Intifada, l’autorité palestinienne tente, sous la pression internationale d’enrayer la militarisation du conflit en réduisant le financement groupes armés du Fatah , les Brigades Al-Asqsa. Une partie de celles-ci compensent le manque à gagner en faisant alliance avec le mouvement religieux Hamas. Dans ce contexte, Rafi, un agent de renseignement israélien a noué un contact étroit avec Sanfur, son indicateur, un adolescent palestinien, en manque de reconnaissance, délaissé par son père et dédaigné par son frère Ibrahim militant dissident du Fatah. C’est auprès de Razi que Sanfur croît trouver ce qui lui est refusé du côté familial sans pourtant y renoncer. Il pense tracer son chemin en trahissant un peu tout le monde, en travaillant avec les deux camps. Razi, expert en manipulation se contenterait volontiers de gérer l’investissement que représente sa relation avec son indicateur s’il n’était, contraint par sa hiérarchie, sous la menace d’un grave attentat de le « griller ».
La force de « Bethléem » est de se présenter comme un docu-fiction haletant, comme un thriller politique. Refusant tout manichéisme le réalisateur israélien Yuval Adler et son scénariste palestinien Ali Waked, construisent un film d’action rapide, haletant et efficace, à partir d’un long travail d’enquête auprès des palestiniens. Le déroulé du film sollicite sans cesse l’attention du spectateur à qui est présenté les différentes logiques et stratagèmes qui s’affrontent dans un refus de tout manichéisme simplificateur. Les acteurs de ce drame qui semble ne jamais vouloir se terminer, ne se répartissent pas en bons et en méchants, ils sont au cœur d’un imbroglio inextricable comme des jouets d’un procès qui les dépasse et les domine.

ida« Ida » un secret de famille polonais

1962. La Pologne communiste. La neige comme un linceul, recouvre le paysage, dans lequel se dresse un couvent catholique. Anna, dix-huit ans est sur le point de prononcer ses vœux. La supérieure lui conseille, en préalable d’aller à la rencontre du seul membre de sa famille encore en vie, sa tante Wanda qui n’a jamais voulu la voir. Elle va lui révéler un secret de famille : pendant la guerre ses parents, juifs, ont été assassinés par ceux-là mêmes qui les cachaient, une famille de paysans qui s’est accaparée la maison et les terrains qui la bordent. Les deux personnages semblent aux antipodes l’une de l’autre.Si Anna ( Ida) est une oie blanche, novice, jeune, vierge, abstinente, la tante est une ancienne procureure, surnommée Wanda la rouge et qui a du sang sur les mains. Elle pourchassait, avec efficacité les « ennemis du peuple ». Elle est aujourd’hui, retraitée, quelque peu alcoolique et dépravée. Elle va entraîner sa nièce dans un voyage, brumeux, humide et glacial à la recherche des ossements des parents assassinés.

Un film atypique filmé en noir et blanc dans un format aujourd’hui disparu, le 4/3, avec un cadrage qui place très souvent les personnages dans la moitié inférieure de l’écran pour souligner le poids écrasant de la situation dans laquelle ils sont pris. Un film d’une très grande sobriété, peu de paroles, les images suffisent, salué unanimement par la presse.

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 se_battre-affiche«Se battre» Un documentaire combattant !

 2014. Givors, banlieue de Lyon, ou ailleurs dans l’hexagone, ou bien ici, peu importe. Des recalés, des laissés pour compte, des travailleurs pauvres, cette invention des « trente piteuses », sont là dans la galère et ils rament et ils rament. Ce n’est pas misère, parce que « la misère, c’est les gens qui dorment dehors« , mais c’est la pauvreté, avec pour ligne d’horizon la question de quoi sera fait demain, mais jamais rien lâcher parce que «plus tu pleures, plus tu ramasses la misère. Quand tu ne pleures pas, la misère ne vient pas». Un film pour lesquels les fins de mois reviennent chaque semaine. C’est la lutte au quotidien, pour la survie avec l’aide des bénévoles du Secours populaire, des Restos du Cœur, ces héros des temps de crise, qu’on ne voit jamais et qui dans l’ombre, en toute discrétion,  donnent de leur temps, de leur patience, de leur générosité, obstinés qu’ils sont à ne pas capituler. C’est une fresque sur la lutte des sans-grades, des petites gens, la lutte de celles et ceux pour qui le bonheur c’est de vivre à deux ou bien dans un HLM. Ce que nous donnent à voir et à admirer , Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, qui ont travaillé par le passé avec Pialat, les frères Dardenne et sur les pauvres du Nordeste brésilien ce n’est rien moins que le Peuple, en majuscule. Si votre goût de la lutte venait à s’affadir courrez pour « Se battre »

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gloria«Gloria» une femme libre !

2013, Chili. Santiago. Elle a 58 ans, divorcée depuis une dizaine d’année, elle vit seule. Elle aime danser. La nuit elle écume les boites de nuit. Elle rencontre Rodolfo, séparé depuis  une dizaine de mois de sa femme, Suzanna, et de ses deux filles. Naissance d’une passion, vite brisée sur l’inégalité des situations. Si Gloria est belle et bien divorcée, Rodulfo, comme beaucoup d’hommes, est dans un rapport plus ambigu avec son « ex » (?) dominé qu’il apparaît par la gente féminine familiale.

Gloria, elle aussi est une combattante, Le réalisateur chilien Sebastian Lelio déclare de son personnage « « Gloria est un personnage secondaire, oublié, qui apparemment ne mérite pas qu’on lui consacre un film dans notre société actuelle, c’est ce qui m’a enthousiasmé » et il ajoute « elle est comme Rocky, quand elle prend un coup, elle se relève et elle continue. La vie est une poésie au quotidien, avec un équilibre entre rires et pleurs, doux et douloureux comme la bossa-nova. » Elle va refuser le statut de deuxième femme que lui propose Rodulfo. Dépitée par la lâcheté de son amant elle va se consoler avec ses amies. De Rodulfo elle gardera néanmoins le souvenir d’étreintes amoureuses intenses filmées sans fausse pudeur car comme le précise Sevaxtain Lelio « il ne faut pas hésiter à montrer que des personnes âgées tombent amoureuses et font l’amour, dans un monde obsédé par le jeunisme»

Rafraichissant !