Emplois aidés : le spectre de Février 2009…

— Par Philippe Pierre-Charles pour le GRS —

En décidant de supprimer des centaines voire des milliers de “contrats aidés ” en Martinique (sur un total de 150 .000 en France) Macron et son gouvernement ont soulevé une pierre qui est en train de leur retomber sur les pieds. Enivré par le soi disant succès de sa “guerre éclair ” contre le code du travail, conforté par la trahison de certains leaders syndicaux et l’incohérence d’autres, le fringant président a cru pouvoir jeter à la rue toutes ces victimes et affaiblir bien des services publics avec “l’argument” hypocrite du rejet de ces contrats précaires. En somme pour guérir un unijambiste de son terrible handicap Macron décide de lui couper l’autre jambe ! Et en guise de cadeau de bienvenue c’est cette patate chaude qu’il jette dans les mains d’un nouveau préfet bien embarrassé. 
C’est l’honneur des syndicats et des parents liés à l’école d’avoir enclenché la lutte et d’avoir tenu bon le temps que d’autres se mettent en mouvement. Nous sommes heureux d’avoir contribué à un élargissement de la lutte. Finalement les faux prétextes et les petits calculs de tel ou telle, ont laissé la place à une volonté partagée : il faut arrêter la marche cynique de ce pouvoir pyromane qui au nom du refus d’un statut précaire prétend porter la précarité à son paroxysme, le chômage pur et simple. Il est juste de souligner que les maires de Martinique et, enfin, la CTM ont pris la bonne décision d’exiger un moratoire pur et simple sur le saccage projeté. La décision des maires de fermer les mairies jusqu’à ce que cette réclamation de bon sens soit satisfaite est un geste fort qui ne supprime pas la nécessité du maintien de l’indépendance du mouvement ouvrier mais qui souligne l’isolement total de Macron.
Où sont passé ses laudateurs ? Vont ils/elles défendre la baisse des moyens pour l’école, pour les municipalités et la CTM, ou pour les diverses associations qui suppléent l’État dans plusieurs de ses missions d’aide à la population ?
Dans les manifestations qui se succèdent, dans les réflexions de la population, le spectre de février 2009 ou du tout récent soulèvement de la Guyane refait surface. Bien sûr le retour réjouissant des t-shirts de février 2009, ne suffit pas. Les conditions ne sont plus les mêmes. La situation s’est aggravée. Les craintes et les colères sont plus grandes. Le pouvoir n’est pas resté inactif, répandant ses mensonges et jouant, avec un certain succès, sur nos divisions. Mais s’il poursuit son obstination, le pouvoir créera les conditions d’un durcissement dont il risque d’être le premier surpris. Malgré les intempéries chez nous et la catastrophe dominiquaise qui a légitimement déclenché nos élans de solidarité, les masses populaires ont les yeux tournés vers le combat pour la défense des emplois aidés. Personne n’a la sottise de prendre cela pour la panacée. Mais tout le monde sait qu’il serait irresponsable de se laisser dépouiller à une échelle plus importante encore qu’en Guadeloupe ou en Réunion.
Il appartient évidement à celles et ceux qui mènent le combat, qui en connaissent le poids, qui en définissent la stratégie, de décider de la suite, des rythmes et des modalités. Chacun-e comprend en même temps que le mouvement porte une responsabilité qui dépasse les intérêts de telle ou telle catégorie. Derrière les « contrats aidés » se pose la question du chômage qui ronge notre société et celle des services publics indispensables à nos vies. Le recul qu’ensemble nous pouvons imposer au pouvoir doit être le prélude à une lutte de plus grande ampleur pour l’emploi, pour les activités économiquement utiles, socialement justes, écologiquement responsables. Cela suppose un débat que seul le mouvement ouvrier peut mener à son terme avec les couches les plus larges de la population. Non pas des assises à la Macron, nouvelle entourloupe sans intérêt mais bien des états généraux des travailleurs, des travailleuses et du peuple en général. Avant cela, donnons-nous les moyens par une vraie grève générale d’arrêter la mesure scélérate et de remettre en cause toutes les attaques contre les droits sociaux contenues aussi bien dans les ordonnances que dans les projets immédiats.

Imposons déjà le maintien du nombre des emplois aidés
et continuons le combat.

Fort de France le 23 septembre.
Pour le Groupe Révolution Socialiste (GRS) :
Philippe Pierre-Charles