Des municipalités écologistes pour préparer demain (4)

— RS n° 427 lundi 29 décembre 2025 —

Les propositions citées dans les deux précédents numéros visent à répondre aux urgences et à préparer demain. Poursuivons dans la même optique en complétant l’indispensable volet écologique.

Cet aspect est certes déjà présent, étroitement mêlé au social, dans la question du transport public, d’une médecine prise en charge par la Sécu (dans des maisons communales de santé), dans le choix de création de structures publiques ou semi publiques pour la politique de transition énergétique, de l’eau, de l’agriculture paysanne (en lien avec l’alimentation des cantines scolaires). Dans tous ces domaines, la ville en étant un centre d’impulsion réaliste, doit chercher à avoir un effet d’entraînement sur les communautés de communes, mais aussi sur la CTM.

Toute édilité conséquente cherchera à combiner les échelles, allant du local à l’intercommunal et au territorial. Ces combats, il faudra d’ailleurs les mener en cherchant des alliés dans les autres colonies comme en France même.

Les problèmes écologiques affectant déjà notre présent et menaçant gravement notre futur, appellent des réponses jusque sur le plan international. Il faut agir local et aussi…agir global.

Le tri sur place des matières plastiques reste insignifiant si la lutte contre le changement climatique n’est pas menée à l’échelle mondiale.

Au niveau local, l’urgence relève de l’adaptation, mais cette adaptation n’exonère personne de la nécessité de lutter pour arrêter le massacre mondial des écosystèmes, de la biodiversité, du climat, du vivant. Le combat pour l’adaptation aux désastres, et le combat pour en arrêter le cours, se complètent et s’épaulent. Le fait que l’adaptation est plus immédiate pour nous en termes de nécessité et de possibilités, ne signifie pas qu’il faille se désintéresser du combat qui va jusqu’aux causes profondes.

Toutes les 13 communes côtières de Martinique directement impactées, doivent se saisir sans délai du problème, s’enrichir de l’action novatrice de la municipalité du Prêcheur et même se constituer en alliance pour affronter ensemble le problème.

L’écologie et l’internationalisme prolétarien ont en commun de pousser toujours à voir plus loin dans le temps et plus loin dans l’espace. Une ville qui prépare demain ne peut rester prisonnière de l’isolement entretenu par le colonialisme. Les municipalités au service du plus grand nombre doivent dépasser les routines qui les confinent au tout local, et casser les obstacles. La politique de jumelage de villes est un instrument à manier de façon volontariste. La politique de la municipalité du Lamentin avec Santiago de Cuba mérite de faire des émules dans l’ensemble des villes de Martinique.

Briser l’isolement, impliquer les populations des villes de chez nous et d’ailleurs, contourner les États rétrogrades, lier cet effort à des projets écologiques et à l’internationalisme des peuples est à notre portée.

Pour cela, comme pour toute la politique décrite dans ce texte, on a besoin, plus que d’un·e maire ou mairesse, mais d’une équipe municipale. Les propagandes électorales qui mettent les projecteurs sur une personne, tête de liste, masquent cette donnée essentielle qu’est le travail collectif. L’histoire des grandes municipalités de Martinique montre toujours, auprès des maires, des équipes conscientes des projets, aux compétences complémentaires. La complexité croissante des problèmes impose que l’on sorte des schémas anciens des potentats omniscients, imbus d’eux-mêmes, ne supportant pas la contradiction et encore moins le contrôle.

La présentation aux élections de listes plurielles, soudées par des objectifs et une ligne claire, mais capables de gérer entre elles les nuances, les différences, les divergences, n’offre pas une garantie absolue face aux problèmes, mais contribuera logiquement à faciliter les choses.

Suite et fin au prochain numéro, avec en (5), un dernier mot sur les élections et la suite.

La question Bernard Hayot (1)

L’un des éléments qu’il faut retenir avec le plus d’attention concernant le positionnement de Bernard Hayot dans la société martiniquaise, nous vient d’un « ministre de la République », Yves Jégo. Ce qu’il révèle ne surprendra que les naïfs, mais le pesant d’or de l’information, c’est justement qu’elle nous vient d’un homme politique que l’on pourrait difficilement considérer comme un gauchiste échevelé.

Yves Jégo était ministre des colonies pendant le mouvement de 2009. Il accuse les Békés de l’avoir fait évincer et lâche la bombe : « Bernard Hayot me reprochait de vouloir négocier, au lieu de taper ». Les fusillés de la grève de février 1900 au François ont probablement perdu la force de se retourner dans leurs tombes, mais toute l’histoire des grèves du passé nous a enseigné ce que signifie le verbe « taper » dans cette version-là du « dialogue social ». Ainsi donc, monsieur voulait taper. Plus exactement, il voulait que l’État colonial, obéissant en bon fondé de pouvoir à son donneur d’ordre, tape, sans doute dans le mille, pour rétablir la paix sociale. Voilà qui plante le décor !

Un autre élément historique nous servira à compléter notre introduction. Il nous renvoie aux années 40 de l’après seconde guerre mondiale au siècle dernier, quand Léopold Bissol, le secrétaire fédéral du parti communiste avec le slogan des « 10 familles », caractérisait la domination économique sans partage des Békés sur notre pays.

La comparaison avec aujourd’hui permet de bien mettre en exergue la place dominante prise par la locomotive d’une seule de ces familles : Bernard Hayot. Cette évolution permet de rappeler une loi du capitalisme que beaucoup de gens cherchent à masquer. Le propre d’une économie basée sur le profit, c’est que la « concurrence libre et non faussée » conduit inexorablement à son contraire : le monopole du plus fort, libre comme un manicou libre dans un poulailler. Donc, la famille Hayot a tout pris, ou presque. La « belle aventure industrielle », qui fut d’abord agricole et demeure plutôt commerciale, a abouti à une position dominante dont le chef incontesté est Bernard Hayot, tête de proue de l’ogre GBH, à la fois décoré par l’État et dénoncé par le gouvernement.

L’homme a bien vite compris qu’un tel pouvoir économique se devait de fabriquer du consentement puisque, contrairement à des affirmations un peu sommaires, nous ne sommes plus au temps de l’esclavage où ce consentement pouvait être le fruit du seul acharnement des missionnaires catholiques.

Alors le groupe fait dans le mécénat patrimonial et culturel, dans l’universitaire, dans le sponsoring (sportif, événementiel…), et ne se prive pas de travailler à la construction de complicités politiques toujours très utiles dans le tableau de chasse. À ce niveau, les rumeurs circulent facilement et il serait bon que les propagateurs/trices s’inspirent de la fameuse formule : « si vous savez quelque chose de précis, dites-le ou taisez-vous ». Nous pouvons déjà livrer quelques témoignages amusants. Tel patron se voit interpellé par un Bernard indigné : « Comment ! tu es de gauche ? ». Telle élue patriote se félicitant du succès œcuménique d’une grand-messe du Gran Sanblé : « j’étais assise à côté de Bernard Hayot ! » Cette proximité physique lors d’un grand forum économico-philosophico-politique sous le haut patronage d’Alfred Marie-Jeanne n’est en soi une preuve de rien, mais nous rappelle le regret maintes fois affiché par Alfred Marie-Jeanne lui-même : celui que les Békés qui avaient le pays en mains, n’en aient rien fait.

Aimé Césaire lui-même, a bien planté l’« arbre de la solidarité » à l’habitation Clément, pour la plus grande satisfaction de son entourage, et la fierté proclamée de son hôte qui enregistrait ainsi son plus beau coup médiatique. Édouard Glissant n’est plus là pour évoquer au moins un souvenir personnel.

Encore une fois, le propos ici n’est pas de mettre en accusation quiconque, mais de souligner l’épaisseur d’un problème, la complexité de sa dimension, du fait même de l’activité de GBH pour orner sa domination économique, des fleurs d’une implication bien plus large dans la vie sociale et politique.

L’attitude du monde politique martiniquais par rapport à cette question n’est évidemment pas sans intérêt pour la réflexion et l’action du mouvement martiniquais pour l’émancipation.

À suivre.