Clôture du Martinique Jazz Festival 2011 Le renouveau d’un festival

 

par Roland Sabra

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   Brillantissime, c’est à dire extrêmement brillant, très séduisant et intelligent, voilà le mot qui vient à l’esprit en sortant du concert de clôture du Martinique Jazz Festival donné comme une offrande par Omar Sosa le 08 décembre 2011 au CMAC de Fort-de-France. Ce cubain, il est né à Camagüey et partage sa vie aujourd’hui entre Quito et San Francisco, est un fin explorateur des cultures musicales africaines, sud-américaines et caribéennes dont il cultive le syncrétisme, à l’image de la religion dont il est imprégné, la Santeria. Nombre de ses morceaux évoquent les Orishas, ces divinités afro-américaines originaires des traditions religieuses Yoruba. Loin d’être un assemblage de styles sa musique est une construction cohérente qui s’enroule autour d’une recherche de spiritualité en invitant à la méditation. « Chaque chanson est une inspiration pour la suivante, et l’improvisation est la base de l’expression musicale. Je voulais jouer du début à la fin sans réfléchir, seulement ressentir où chaque note m’emmènerait, en suivant la voix de mon âme. Il est possible que le silence, la nostalgie, l’espoir, l’optimisme, et la tristesse voyagent tous main dans la main dans la plupart de ces morceaux » déclarait-il à propos de son cinquième album de piano solo.

Il ne s’agit pas pour autant d’une musique éthérée, vide de chair, elle est au contraire pleine de sensualité, elle emprunte au free jazz, au breakbeat hip hop, à la salsa caliente etc. Les lignes harmoniques sont d’une très grande sensibilité tout en étant marquées par virages voire des ruptures tout à fait imprévisibles et qui mêlent les sonorités les plus inattendues. Les lignes mélodiques d’une grande sobriété, tout comme la rythmique par ailleurs, musardent du coté de celles d’Erik Satie et même de Pierre Boulez. Aucun domaine musical ne semble étranger à Oma Sosa . Il jongle avec bonheur entre et avec piano acoustique, claviers électriques, effets électroniques, échantillonnage de divers éléments sonores enregistrés en studio avec lesquels il inter-réagit en temps réel et de la façon la plus spontanée possible. L’artiste est aussi d’une certaine humilité. « Je ne suis qu’un médiateur, un porte parole des esprits » répète-t-il à l’envi. Sur la Scène nationale de Martinique il a souvent mis en valeur l’excellente prestation de Peter Apfelbaum au saxophone, flutes et percussions. Mark Gilmore à la batterie fait un travail énorme avec un toucher d’une grande subtilité. Chico Tomas à la Basse, M’bira et chant est très à l’écoute de son leader.

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Mère martiniquaise, père guadeloupéen elle a grandi dans l’ile sœur. Elle voulait faire des études de biologie, devenir vétérinaire, soigner les animaux, mais voilà il y a quatre ans elle se rend au « Duc des Lombards à Paris à un concert « Jazz Biguine » et elle bascule. Elle va s’intéresser à nos oreilles et de ce qui se trouve entre les deux. Elle le dit en ces termes : » La musique m’a prise et ne m’a pas laissée repartir« . Pour être plus juste disons qu’elle a grandi entourée de musiciens et qu’elle a toujours chanté. A Fort-de France elle a produit un concert très consensuel, d’une facture très classique, à partir de reprises de standards et quelques morceaux personnels. Elle expérimente des associations pas si fréquentes, voix-guitare-saxo dans son premier album, ou voix piano-contre-basse en live sur la scène du CMAC par exemple. La voix est belle, le timbre chaud et coloré. Si elle semble encore se chercher, le public lui l’a trouvée. Son nom, Tricia Evy et pour ne pas l’oublier il suffit de l’écouter.

Cette dernière soirée du Martinique Jazz Festival s’est inscrite dans la ligne qui semble se dessiner pour ce rendez-vous annuel : celle du renouveau. Portes et fenêtres ont été ouvertes et un souffle d’air frais a balayé l’atmosphère convenue, un peu émolliente de ces dernières années. D’Erik Marchand à No Jazz en passant par Grégory Privat sans oublier Kenny Garrett et les autres, tous les autres, la programmation a illustré l’incroyable diversité et l’immense richesse d’un genre musical d’origine afro-américaine dont la seule unité intangible est aujourd’hui son universalité.
Il faut espérer que Josiane Cueff, Frédéric Thaly et toute l’équipe du CMAC poursuivent dans cette voie.

Le 04/12/2011 à Fort-de-France

 Roland Sabra