Christiane Taubira a démissionné du gouvernement

taubira_n&bLa Garde des Sceaux Christiane Taubira a remis sa démission à François Hollande, qui a nommé aussitot le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas pour la remplacer ce mercredi matin. “Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir. Par fidélité à soi, à nous. Pour le dernier mot à l’éthique et au droit.” a-t-elle twitté.

La Garde des Sceaux, Christinae Taubira a remis sa démission ce matin au Président de la République, “qui l’a accepté” annonce l’Elysée dans un communiqué. “Ils ont convenu de la nécessité de mettre fin à ses fonctions au moment où le débat sur la révision constitutionnelle s’ouvre à l’Assemblé nationale aujourd’hui, en commission des lois. Proche de Manuel Valls, Jean-Jacques Urvoas a été nommé Garde des Sceaux et ministre de la Justice. Actuel président de la Commission des lois de l’Assemblée nationale, Il était à ce titre chargé d’une mission pour trouver une solution à la réforme constitutionnelle de la déchéance de nationalité, à laquelle Christiane Taubira s’était publiquement opposée à plusieurs reprises.

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Coût politique
— Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération —

L’équilibre se rompt. Imprévisible, parfois fantasque, Christiane Taubira incarnait par son talent oratoire, sa profonde culture et des prises de position sur les questions de justice la «gauche sociétale» au sein du gouvernement Valls. Protagoniste opiniâtre et compétente du débat sur le mariage pour tous, elle avait forcé le respect de ses adversaires parlementaires. Porte-parole d’une justice soucieuse de prévention et de garanties de droit, elle était devenue la tête de turc de la droite, la plus conservatrice. Guyanaise d’origine, «femme puissante», elle n’avait pas échappé non plus aux haines racistes qui restent ancrées dans une certaine extrême droite.

Ainsi, dans un gouvernement de plus en plus recentré, elle apportait le supplément d’âme qui marquait à gauche une équipe décidée, de par les circonstances mais aussi en raison des convictions du Premier ministre, à faire de la sécurité sa priorité. Avec son départ, l’équipe Valls gagne à coup sûr en cohérence mais elle perd en assise politique.

Symbolique à beaucoup d’égards, sa démission a aussi une signification stratégique. Persuadé que le centre de gravité politique de la société française s’est déplacé vers la droite, qu’il s’agisse de l’attitude envers l’entreprise et le marché ou de l’aspiration à une fermeté croissante en matière de lutte antiterroriste et de laïcité, Manuel Valls trace sa route vers le centre sans trop s’encombrer de précautions. C’est un fait qu’une partie de la gauche a évolué sur ces questions, faisant du Premier ministre, en dépit de la défaveur du gouvernement dans l’opinion, l’un des moins impopulaires des leaders socialistes. Mais cette ligne de plus en plus affirmée a son coût politique. Elle heurte la conscience d’une gauche attachée à ses valeurs constitutives, bousculée par les épreuves françaises, terrorisme et crise migratoire au premier rang, mais qui ne veut pas abandonner ses convictions.

Préempter le centre ou réunir la gauche ? En démissionnant, Christiane Taubira favorise le premier terme de l’alternative. Elle restera comme la courageuse combattante de l’égalité des droits pour les homosexuels et emportera à coup sûr avec elle la nostalgie d’une gauche du cœur…

http://www.liberation.fr/france/2016/01/27/cout-politique_1429261