Catégorie : Littératures

« Chamane » de Patrick Mathelié-Guinlet :

CHAMANE

Dans les projections vacillantes à la lumière parcimonieuse des torches fumeuses, des ombres déformées, étirées, silhouettes fantastiques sur la semi-obscurité des murs de la vieille cabane de bois…

Dans le martèlement obsédant de la peau du grand tambour circulaire et son écho vibratoire presque infra sonique…

Dans l’âcre odeur du sang frais des bêtes sacrifiées, répandu sur le sol de terre battue…

Dans l’entrelacs entêtant d’épaisses fumées enivrantes, hallucinogènes des feuilles sèches de plantes psychotropes jetées sur les pierres brûlantes du foyer…

Dans le goût amer révulsant l’estomac, du breuvage sombre, décoction de champignons, de lianes ou d’écorces, ouvrant les portes secrètes du monde invisible…

Dans les pas inlassablement répétés de sa danse tout comme l’est la mélopée tour à tour grave ou aiguë, lancinante et incantatoire dont il l’accompagne…

Dans les bois de cerf, crânes et os d’animaux, griffes et dents, plumes multicolores, coquillages et perles, pierres mystiques et boules d’ambre, chargés de magie ancestrale…

s’incarnent les esprits de l’air, les esprits de l’eau, ceux du feu et ceux de la forêt, les esprits animaux de l’ours, du loup, de l’élan, du jaguar, de l’aigle, du corbeau et du serpent et tous ceux des plus lointains ancêtres peuplant la transe divinatoire du chamane…

Ma parole est un feu crépitant

aux résonances d’ombres qui dansent

sur le mur des esprits,

fugace dissipation des ténèbres en leur environne mentale omniprésence

telle ces lueurs d’étoiles au sein de la cosmique et vide immensité de silence,

vie éphémère qui pourtant sa propre continuité engendre,

phénix renaissant inlassablement de ses cendres…

De mots brûlants

comme braises écarlates

éclate ma parole,

elle est culs de lucioles,

verts éclairs de lumière

d’une vérité éphémère

que je trace en runes d’étincelles de l’antique alphabet sur la noirceur de la nuit du temps

pour essayer de rendre le destin de ce monde intelligible.

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Toussaint. Tous nos ancêtres perdus.

— Par Patrick Chamoiseau —

Toussaint.
Tous nos ancêtres perdus

Les millions d’Africains

déportés dans les Antilles et dans les Amériques

broyés par le système des plantations

ont eu à vivre ce manque :
la déconstruction de leurs fondations sociétales spirituelles culturelles

et avec elles

la dévastation des liens
à leurs ancêtres.

Le culte des morts (qui absorbait cette perte) a décuplé notre ferveur de la Toussaint.

Chaque bougie
nommait
obscurément
ceux que l’on avait perdus

chaque bougie
nommait aussi cette mort symbolique qui nous était
si longuement
infligée.

Jodi jou
derrière chacune de nos bougies il y a cette absence ancestrale

mais il y a surtout

l’informulée prescience

de notre propre mort tant collective qu’individuelle
(et à peine symbolique)
dessous le règne capitaliste.

Allumons les bougies.

p.c. Nov 2026.  Lire Plus

34, rue Gay-Lussac

— Par Gary Klang —

On ne s’ennuyait pas à la rue Gay-Lussac (j’habitais au 34). En plus de Mai 68, je n’oublierai jamais une pièce de Cervantès dans laquelle je jouai à l’Institut hispanique qui se trouvait juste en face de chez moi.

A côté de l’Institut, il y avait un café où je passais mes journées (les Parisiens passent plus de temps au café que chez eux). J’appelais ce lieu Chez Chef, le surnom que j’avais donné au garçon devenu un ami. J’y ai rencontré beaucoup de gens intéressants et notamment le fils de Maurice Thorez et de Jeannette Vermeersh, des fanatiques qui dirigeaient le Parti communiste français (PCF) à la manière stalinienne. Fiston nous raconta ses vacances idylliques à Moscou, autrement dit au paradis terrestre.

Mais revenons à ma pièce de théâtre. Un professeur d’espagnol nommé Gilles me proposa un jour de jouer dans une pièce de Cervantès. Moi qui n’ai jamais voulu faire du théâtre, j’ignore quelle mouche tsé tsé ou haïtienne me piqua alors pour que j’accepte. Comme quoi, l’inconscient nous joue parfois de drôles de tours.  Lire Plus

Leïla Gonier : La Martinique à hauteur de regard

– par Jarvis Dunham

Journaliste, chroniqueuse culturelle, réalisatrice et passionnée de yole traditionnelle, Leïla Gonier développe depuis plusieurs années un parcours à la croisée de l’information, des arts visuels et des réalités sociales martiniquaises.

Son travail, qui traverse la presse, la photographie, le cinéma, l’économie et le patrimoine, témoigne d’une curiosité pour les différentes manières de raconter un territoire et ceux qui le font vivre.

De Sciences Po à l’écriture journalistique

Après des classes préparatoires aux grandes écoles, Leïla Gonier poursuit ses études à l’Institut d’études politiques de Rennes, puis à celui de Bordeaux, en France. Une formation qu’elle complète par l’apprentissage de la photographie et du cinéma, deux disciplines qui élargissent son rapport à l’information. Son parcours professionnel la conduit à collaborer à plusieurs titres de presse, notamment France-Antilles Magazine, Antilla, TAG Mag et EWAG. Elle participe également à l’animation du magazine culturel en ligne Art’Chipel. Sa pratique professionnelle associe progressivement le reportage, l’entretien, l’écriture documentaire et la réalisation audiovisuelle. Une diversité apparaît également dans son activité de production. En juin 2015, Leïla Gonier crée L.G  Lire Plus

Thierry Mathiasin : Quai des arachides (6)

  • Par Thierry Mathiasin

Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, artiste peintre et poète guadeloupéen, nous entraîne, dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.

Thierry Mathiasin ou la palette du multiple

À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage. Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

LES ATTERRAGES DU TROU

Au gestation de poupes,
L’enfléchure ovulaire
A renfloué les étalingures du sang.
La progéniture des dérives
Aux écluses des copulations vaines
Drague des vibromasseurs
Dans l’étui océanique des horizons turgides.
Vagissements ensablés
Au cou des ressacs têtus,
excitant le gland des récifs
Qui moutonnent aux tangages
Des clitoris ballants.  Lire Plus

Nouvel-a tonbé (Ba Viktò…)

— Par Daniel M. Berté —

Nouvel-a tonbé (Ba Viktò…)

An siel blé, blé-blé-blé
San pies ti niyaj blan
An ti van lalizé
Ka souflé karésan
Zeb, plant épi piébwa
Lanati verdwayan
Bet, moun toutalafwa
Ka viv an tjè kontan
Pa té ni bwi-kouri
Ni pies endikasion
Pa té ni pies ti-kri
Pies anonsiyasion
Epi tou sibitman
Epi tou soudènman
Epi tou briskeman
Epi tou britalman
An kout tjok plis kalot
Tousa pa osi red
Kout woch, kout ba-lapot
Tousa sa poko red
An gran déflagrasion
An gro détonasion
An papa esplozion
An sakré déblozion
Lespri défolmanté
La pansé déjwenté
Servo dépotjolé
Kò dékalfonsé
Tet pété tjè félé
Lafanmi dézolé
Tjè pété tet félé
Zanmi débousolé
Nouvel-a tonbé
Ou sav ki I pati
Nouvel-a tonbé
I alé I pati

I pati Abolày
Monté an Galilé
Foukan kay Met Bazil
Vwayajé kay Man Moun

26/10/26  Lire Plus

Dieynaba Guèye : Sauvons les contes !

– par Rodolf Etienne
Conteuse, poétesse, écrivaine et militante de la transmission culturelle, Dieynaba Guèye, dite Diéo ou Diewo, a consacré une grande partie de son existence à préserver la parole traditionnelle sénégalaise.
Originaire du Fouladou, elle avait fait du conte un instrument d’éducation, d’émancipation et de dialogue entre les générations. Sa voix avait également résonné en Martinique.

L’enfance d’une conteuse sous les étoiles du Fouladou

Il était une fois, dans le sud du Sénégal, une petite fille qui refusait d’aller dormir sans avoir entendu une histoire. À Kolda, dans cette région du Fouladou où se rencontrent les langues, les peuples et les traditions de plusieurs pays d’Afrique occidentale, les soirées appartenaient encore largement aux conteurs. Les enfants se rassemblaient après le dîner, écoutaient les récits des anciens, apprenaient à reconnaître les personnages, leurs ruses, leurs erreurs, leurs qualités et leurs faiblesses. Parmi ces enfants se trouvait Dieynaba Guèye, future écrivaine, poétesse et conteuse sénégalaise, connue sous les noms de Diéo et Diewo. Elle devait consacrer son existence à préserver ce patrimoine de la parole et à le transmettre aux générations suivantes.

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IN MEMORIAM VICTOR ANICET

Patrick Mathelié-Guinlet

Un arbre géant sacré, un grand “Fwomagé” de la Martinique s’est abattu sous les coups de hache de l’âge…

Victor, victorieux de cette mort qui te rend immortel puisqu’à jamais bien vivant dans les innombrables œuvres que tu nous a laissées, dans ces peintures, ces sculptures, ces vitraux, ces calligraphies mais surtout dans cette terre martiniquaise dans laquelle tu as su insuffler ton âme, la pétrissant, la réchauffant avec amour pour la transformer en merveilles témoignant de nos racines ancestrales.

Ta vie, passionnante si elle en fut, tu aimais à nous la raconter avec le talent fascinant d’un conteur dans des paroles où la gentillesse et l’humour n’avaient d’égale qu’une grande sagesse…

Aujourd’hui je pleure un ami et avec toute la Martinique un immense artiste !

À jamais “lonnè ek respé”, Victor Anicet…

POTERIES

          (à Victor Anicet)

Mon pote le potier

a fait tourner la terre

pour de beaux vases en faire

avant de l’enfourner

dans les feux de l’enfer…

Mon pote le potier

est comme un créateur

de systèmes solaires,

un sculpteur d’univers,

un marchand de bonheur…

Il fait un beau métier !  Lire Plus

« Pas… man las », de Daniel M. Berté

— Par Daniel M. Berté —

Pas… man las

Pas man grenpé mòn rédi, mòn pé-bouch, mòn lanfè
Pas man glisé fon la déchéyans, fon la dézolans, fon la dékadans
Pas man pran lanmè sèvi savann, lavol anba dlo, lapoud deskanpet
Pas man konfonn wonm épi soup, dlo-mousach épi let, kaka-mouton épi tipwa

Pas man pilé kracha italien, ba lari chenn, kouri lapikoré
Pas man volé wo kon malfini, vit kon sisi, siw plas kon kolibri
Pas man monté pié lépini, désann fon vè-boutey, monté-désann kon boug fou
Pas man alé lwen, viré opré, alé-viré kon drivayè

Pas man pousé chouvalbwa, kanmarad, kabouwé
Pas man mennen loto, milé, lavi
Pas man maché an chimen chien, an gran bwa mannikou, an savann bef
Pas man travèsé mang mantou san prel, marigo kapolad man Doliban, ma labou Tansi Sony

Pas man dòmi-lévé an renyon, anba fomajé, an lapot senmitjè
Pas man bat lari Sentespri, larout Tibouk, latras Lavini
Pas man najé an lanmè Karayib, an laviè Koulis, an lak Titikaka
Pas man wondi an wet, an koulwa, an koridò

Pas man déplasé a la vites gran v, a la va-kom-je-te-pous, a la vol kon zazio
Pas man woulé kò-mwen, békann, moto
Pas man vansé an mitan la konsians, an didan la volonté, an van la libèté
Pas man janbé dalo, lalin, larel…

Jòdijou man an pwapwa, an délala, an dézawa
Jòdiya man aplat, an poud, an fin pousiew
Jòdi man las, las, las…

19/04/26  Lire Plus

Thierry Mathiasin : Quai des arachides (5)

  • Par Thierry Mathiasin

Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, artiste peintre et poète guadeloupéen, nous entraîne, dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.

Thierry Mathiasin ou la palette du multiple

À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage. Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

Sans Titre

Mât de cocagne aux rivages de pagnes.

Ciel insulaire au soleil de la sardane.
Brisants de misère aux murailles d’échines.
Roucou des airs aux marelles des étales.
A l’heure pour une larme
Au zénith de son image.
En nage pour une rivière
Aux gués de son couchant.
Lucide pour une ombre
Aux absides de son levant.  Lire Plus

XVIIe Colloque international des études créoles

Du 26 au 30 octobre 2026, la Martinique accueille le XVIIe Colloque international des études créoles, consacré aux « Usages sociaux et économiques des créoles ». Organisée par le Comité international des études créoles (CIEC), en collaboration avec l’Université des Antilles, cette rencontre réunit des chercheurs, linguistes, enseignants et acteurs culturels venus de la Caraïbe, de l’océan Indien, d’Europe et d’Amérique du Nord. Placée sous le signe de l’hommage au linguiste martiniquais Jean Bernabé (1942-2017), elle entend dépasser la seule question de la préservation des langues créoles pour interroger leur place effective dans la société, l’économie, l’enseignement, les institutions et les technologies contemporaines.

Des langues vivantes confrontées aux mutations du monde

Quelle place les langues créoles occupent-elles réellement dans les sociétés qui les ont vues naître ? Cette interrogation traverse la dix-septième édition du Colloque international des études créoles, organisée du lundi 26 au vendredi 30 octobre 2026 sur plusieurs sites universitaires de Martinique. Après une précédente édition consacrée aux rapports entre mondes créoles, langues et développement aux Seychelles, archipel de l’océan Indien, les rencontres martiniquaises déplacent la réflexion vers les usages sociaux et économiques des créoles.  Lire Plus

Thierry Mathiasin – Quai des arachides (4)

  • Par Thierry Mathiasin

Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, artiste peintre et poète guadeloupéen, nous entraîne,  dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.

Thierry Mathiasin ou la palette du multiple

À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage. Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

Sans titre

Un révolutionnaire
Qui exhibait ses honneurs rétrogrades.
Un lâche engagé
Qui rabâchait sa bravoure réquisitionnée
Un messie qui en avait marre
Soldait ses stations.
Un don quichotte blême
Qui glorifiait ses déboires.
Un illustre mesquin
Qui instruisait ses chiens.
Une femme frigide
Qui maternait ses eunuques.
Un marin retraité
Qui pleurait dans son aquarium.  Lire Plus

L’éphéméride du 24 octobre

Lettre de démission du PCF d’Aimé Césaire à Maurice Thorez le 24 octobre 1956

Quelques mois après le percutant rapport Khrouchtchev qui révéla les crimes de Staline, Aimé Césaire a adressé cette lettre de démission à Maurice Thorez alors secrétaire général du Parti communiste Français. « Je crois en avoir assez dit pour faire comprendre que ce n’est ni le marxisme ni le communisme que je renie, que c’est l’usage que certains ont fait du marxisme et du communisme que je réprouve. »
{{Aimé Césaire, Député de la Martinique, à Maurice Thorez, Secrétaire Général du Parti Communiste Français.}}

Maurice Thorez,

Il me serait facile d’articuler tant à l’égard du Parti Communiste Français qu’à l’égard du Communisme International tel qu’il est patronné par l’Union Soviétique, une longue liste de griefs ou de désaccords. _ La moisson a été particulièrement riche ces derniers temps et les révélations de Khrouchtchev sur Staline sont telles qu’elles ont plongé, ou du moins, je l’espère, tous ceux qui ont, à quelque degré que ce soit, participé à l’action communiste dans un abîme de stupeur, de douleur et de honte.  Lire Plus

Georges Desportes : Aimé Césaire grandeur nature

  • par Rodolf Étienne

Publié en 2013 aux éditions Dagan, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Aimé Césaire, Aimé Césaire grandeur nature rassemble les réflexions de Georges Desportes sur celui qui fut à la fois son ami, son compagnon intellectuel et l’une des grandes consciences du XXe siècle.

Un ouvrage qui invite à retrouver, derrière le monument littéraire et politique, la complexité d’un homme profondément attaché à la dignité humaine.

Georges Desportes, témoin d’une génération

Né le 26 janvier 1921 à Ducos, en Martinique, Georges Desportes appartient à cette génération d’écrivains antillais qui ont accompagné les grandes transformations intellectuelles, culturelles et politiques du XXe siècle.

Poète, romancier, dramaturge, essayiste et critique littéraire, il a traversé plusieurs décennies de création en entretenant un dialogue permanent avec les figures majeures de la pensée noire et caribéenne. Proche d’Aimé Césaire, il a également côtoyé Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas et André Breton. Son parcours témoigne d’une époque où la littérature constituait un instrument de connaissance, d’émancipation et de transformation sociale. Président de l’Institut Aimé Césaire des Arts et des Lettres des Amériques et de l’Afrique, créé en 2006, Georges Desportes s’est attaché à défendre et transmettre l’héritage intellectuel du poète martiniquais.  Lire Plus

L’éphéméride du 23 octobre

Première apparition des Schtroumpfs, dans Le Journal de Spirou le 23 octobre 1958

Les Schtroumpfs est une série de bande dessinée jeunesse belge créée par Peyo en 1958 racontant l’histoire d’un peuple imaginaire de petites créatures bleues logeant dans un village champignon au milieu d’une vaste forêt. Les seize premiers albums ont été publiés par leur créateur. Depuis sa mort le 24 décembre 1992, son fils Thierry Culliford dirige l’édition des nouveaux albums.

En 2013, 25 millions d’albums des Schtroumpfs avaient été vendus dans le monde entier, ainsi que 300 millions de figurines, 40 millions de disques et CD et 8 millions de DVD1. En 2011, une planche originale des Schtroumpfs Noirs, dessinée par Peyo, s’est vendue à 68 000 euros, ce qui établit un nouveau record1.

Au cinéma, il atteint plus de 560 millions de dollars de recettes pour le 1er film Les Schtroumpfs, mélangeant animation et prises de vues réelles, en 20111. En 2013, Les Schtroumpfs 2 totalise 347,5 millions de dollars récoltés dans le monde. Ces deux films obtiennent de bonnes critiques. La troisième adaptation, Les Schtroumpfs et le Village perdu sortie en 2017 et qui est exclusivement en images de synthèse, récolte 197,2 millions de dollars de recettes au niveau mondial.  Lire Plus

Marc Alie : L’architecte des mots et des formes

  • par Rodolf Etienne

Écrivain, architecte, musicien et pionnier des radios libres, Marc Alie a traversé plusieurs décennies de création martiniquaise en refusant de s’enfermer dans une seule discipline.

Derrière les édifices qui ont marqué le paysage de l’île se découvre un auteur dont l’œuvre littéraire mérite aujourd’hui d’être relue. 

Marc Alie appartient à la catégorie d’artistes dont le parcours oblige à franchir les frontières habituelles entre les disciplines.

Né en 1944 à Nausselles, dans l’Aveyron, et décédé le 8 novembre 2020 à Paris, Marc Alie a consacré une part essentielle de son existence à la Martinique, où son nom demeure associé à plusieurs réalisations architecturales. Chez lui, la création semble avoir répondu à une nécessité constante : inventer des formes, interroger le monde et proposer d’autres manières de l’habiter.

L’architecture comme expérience de liberté

Diplômé de l’École spéciale d’architecture, Marc Alie a été marqué par les recherches de Claude Parent et Paul Virilio, notamment autour de la fonction oblique, qui entendait bouleverser les conceptions traditionnelles de l’espace. Inscrit à l’Ordre des architectes en Martinique dès 1973, il a participé à plusieurs projets importants, parmi lesquels les logements sociaux des Hauts du Port, à Fort-de-France, et le centre administratif de l’ancien conseil général.  Lire Plus

Thierry Mathiasin – Quai des arachides (3)

  • Par Thierry Mathiasin

Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, artiste peintre et poète guadeloupéen, nous entraîne,  dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.

Thierry Mathiasin ou la palette du multiple

À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage. Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

On était là

On était là

Comme du déjà-vu

Qui excusait la mise-en-scène

De fortuits aveuglements.

Nos causes s’exhibaient

Aux effets incertains.

Ressassement d’un nous

Qui s’acharnait au pourquoi

Des je gémissant l’a-b-c

Du tout le monde désappris.

On était des vas

Avec des je-ne-sais-où,

Le laisser aller

Pour unique anonymat

Aux perditions impatientes.  Lire Plus

Sandra Blacodon : « La réussite n’est pas un sommet réservé »

– Entretien réalisé par Rodolf Étienne

De l’engagement territorial en Martinique à l’écriture, Sandra Blacodon explore dans son premier ouvrage, Je suis née pour réussir – Un voyage vers la lumière, les chemins de la reconstruction personnelle.

Confrontée à la maladie, aux discriminations et aux bouleversements de l’existence, l’ancienne responsable territoriale défend une conception de la réussite fondée sur la liberté, la dignité et la transmission.

Entretien avec une femme qui entend désormais donner une nouvelle forme à ses engagements. Pendant vingt-deux ans, Sandra Blacodon a consacré une grande partie de son activité professionnelle au développement territorial, à la prévention de la délinquance et à l’accompagnement des personnes en Martinique, particulièrement dans la commune de Ducos. Une expérience qui a nourri sa connaissance des réalités sociales et sa conviction que les trajectoires individuelles ne sont jamais définitivement écrites.

Aujourd’hui installée à Paris, elle publie aux Éditions de l’Onde son premier ouvrage, Je suis née pour réussir – Un voyage vers la lumière. Un livre né d’une période de souffrance, mais construit autour d’une interrogation plus universelle : comment retrouver sa capacité d’agir lorsque les épreuves semblent avoir réduit le champ des possibles ?  Lire Plus

L’éphéméride du 18 octobre

Moby Dick est publié pour la première fois en Grande-Bretagne sous le titre The Whale le 18 octobre 1851

Moby Dick (titre original en anglais : Moby-Dick; or, The Whale ; « Moby-Dick ; ou, le Cachalot ») est un roman de l’écrivain américain Herman Melville paru en 1851, dont le titre provient du surnom donné à un grand cachalot blanc au centre de l’intrigue.

Origines du roman

Herman Melville.
Melville, qui fut lui aussi marin, et notamment baleinier de 1840 à 1842, comme la plupart des héros de ses romans, s’est inspiré de faits réels :

Les cachalots poursuivis portaient souvent un nom, Melville en cite quatre au chapitre 45 : Don Miguel du Chili, Morquan du Japon, Jack de Nouvelle-Zélande (qu’il nomme Tom quelques lignes plus loin), Tom Timor.
Le naufrage du baleinier Essex, qui sombra en 1820, après avoir été éperonné par un grand cachalot, 3 700 km au large des côtes de l’Amérique du Sud. L’un des marins survivants, Owen Chase, consigna cette aventure dans un livre qui parut en 1821. Herman Melville, qui a découvert le récit de ce naufrage en 1841 à l’occasion de sa rencontre avec le fils d’Owen Chase, s’en est inspiré pour l’écriture de son roman Moby Dick, paru en 1851.  Lire Plus

Thierry Mathiasin – Quai des arachides (2)

  • Par Thierry Mathiasin

Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, plasticien, peintre, dessinateur et poète guadeloupéen, nous entraîne  dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.

Thierry Mathiasin ou la palette du multiple

À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage. Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

Sans titre

Vouloir cribler les mots

Dans leur brèche

De non-sens,

M’éclabousser

Sur la mémoire

De leur palimpsestes

D’oubli,

Brouiller la cible

Des figures originelles

Exorbitées, des signes muets

De l’absence, présence des grimoires

Vertex

Un an

Fixé dans le ciel

Avant l’éclipse,

Sème des nuages d’argile

Où l’espace inachevé

Nous tombe des planètes.

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Jacques-Olivier Ensfelder : D’ambres et de lumière

Avec son nouveau recueil de haïkus, le comédien, metteur en scène et poète Jacques-Olivier Ensfelder invite le lecteur à une rencontre sensible entre l’imaginaire caribéen et la tradition poétique japonaise.
Un ouvrage où les mots et les créations graphiques composent un même univers artistique.
Il est des livres qui ne cherchent pas à raconter le monde, mais à nous apprendre à le regarder autrement.
D’ambres & Lumière, le nouveau recueil de Jacques-Olivier Ensfelder, appartient à cette famille d’ouvrages où la poésie se fait contemplation, où quelques mots suffisent à ouvrir un horizon.
Artiste caribéen, comédien et metteur en scène depuis plus de trente ans, Jacques-Olivier Ensfelder poursuit ici un cheminement littéraire profondément personnel. Avec ce cinquième livre de poésie, et son deuxième recueil consacré au haïku après Rumeurs d’île, il retrouve la forme brève de cet art japonais qui saisit, en quelques vers, la beauté fragile d’un instant.
La nature, le passage du temps, le silence, la solitude, la présence invisible des choses traversent ses poèmes. Un papillon, une fleur, une cloche, un escargot deviennent autant de portes ouvertes sur une réflexion plus vaste : celle de notre place dans le monde et de notre manière de l’habiter.
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L’éphéméride du 16 octobre

Début de publication sous forme de feuilleton dans « Le Voltaire » du roman « Nana » d’ Émile Zola le 16 octobre 1879

Nana est un roman d’Émile Zola d’abord publié sous forme de feuilleton dans Le Voltaire du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, puis en volume chez Georges Charpentier, le 14 février 18801. C’est le neuvième volume de la série Les Rougon-Macquart. Cet ouvrage traite du thème de la prostitution féminine à travers le parcours d’une lorette puis cocotte dont les charmes ont affolé les plus hauts dignitaires du Second Empire. Le récit est présenté comme la suite de L’Assommoir.

L’histoire commence en 1867, peu avant la deuxième exposition universelle, et dépeint deux catégories sociales symboliques, celle des courtisanes et celle des noceurs. Zola, chef de file du mouvement naturaliste, prétend montrer la société telle qu’elle était mais choisit aussi ce sujet scandaleux car il fait vendre, 55 000 exemplaires du texte de Charpentier étant achetés dès le premier jour de sa publication. Le personnage de Nana a surtout été inspiré à Zola par Blanche D’Antigny et par Berthe son premier amour, mais le romancier y a aussi mis des éléments de Valtesse de La Bigne, Delphine de Lizy, Anna Deslions, Hortense Schneider et Cora Pearl dont il a étudié la vie.  Lire Plus

Le pape François nous livre trente années de confidences spirituelles

— Par Rodolf Étienne

Le Vatican vient d’annoncer une publication qui devrait susciter l’intérêt bien au-delà du monde catholique.

Le 24 novembre 2026 paraîtra le Journal spirituel du pape François, un ouvrage composé de notes personnelles rédigées par Jorge Mario Bergoglio entre le 20 décembre 1992 et le 18 août 2024.

Annoncée officiellement le 5 octobre par la Librairie éditrice du Vatican, cette publication posthume sera proposée simultanément dans 94 pays et cinq langues, dont le français, chez Albin Michel. Elle a été confiée au cardinal argentin Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi et proche collaborateur de François.

Trente-deux années de réflexion intérieure

Ces écrits traversent plusieurs périodes déterminantes de l’existence de Bergoglio : son parcours dans l’Église argentine, sa nomination comme archevêque de Buenos Aires, son élévation au cardinalat et son élection au pontificat le 13 mars 2013. François, premier pape originaire d’Amérique latine, a dirigé l’Église catholique jusqu’à sa mort, le 21 avril 2025, à l’âge de 88 ans. Le livre présente une particularité importante : il ne s’agit pas d’une nouvelle encyclique, ni d’un texte doctrinal destiné à orienter les catholiques, mais d’un ensemble d’écrits personnels, sélectionnés, présentés et commentés par un collaborateur du défunt pontife.   Lire Plus

Thierry Mathiasin – Quai des arachides (1)

– par Thierry Mathiasin

Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, plasticien, peintre, dessinateur et poète guadeloupéen, nous entraîne  dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.

Thierry Mathiasin ou la palette du multiple

À travers une écriture dense, imagée et profondément sensorielle, il fait surgir les paysages de la Caraïbe, les blessures de l’histoire coloniale et les échos du marronnage.

Sa poésie explore les liens entre identité, déracinement, corps et liberté. 

Ce texte est extrait de Quai des Arachides, publié en décembre 1991 à l’École d’Art du Havre, sous la responsabilité de Francis Marshall, avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

QUAI DES ARACHIDES. Thierry Mathiasin. Décembre 1991. École d’Art du Havre.  Responsable de publication : Francis Marshall. Avec le soutien de la DRAC Haute-Normandie.

Karukera

Nuit crépue

Fléchée de clameurs.

Étoiles envoûtées

Aux frondaisons de lune.

Migrations de cotons

Au cap affûté d’exil.

Versant

Des entours lactescents

Mamelonnés d’ignames.

Long champ de fibre

Aux inflexions des mers.

Source flambante des plantations

Gorgées de rives.

Mancenilliers des larges cratères

Arrimés de dictames.

Vesou

Du plus haut accent

Aux conques des atolls tumultueux

Vèvè du marronage

Aux ensemencements de l’isolé soleil.  Lire Plus

La diaspora et la Totalité-Monde

— par Rodolf Etienne

Il y eut longtemps, derrière le mot diaspora, une géographie presque simple. Un peuple, une terre d’origine, une dispersion, puis la mémoire plus ou moins douloureuse du lieu quitté et, parfois, un espoir du retour.

L’histoire juive en constitua longtemps le modèle dominant avant que le terme ne s’élargisse aux diasporas arménienne, africaine, indienne, chinoise, caribéenne et à quantité d’autres expériences de dispersion.

À mesure que les migrations, les mobilités, les communications numériques, les réseaux économiques et les appartenances multiples ont transformé nos sociétés, la diaspora a cessé de désigner seulement des populations vivant loin de leur territoire d’origine.

Elle est progressivement devenue une manière de penser ce qui arrive aux identités lorsque le lieu où nous vivons ne suffit plus à dire entièrement qui nous sommes.

Voilà certainement ce qu’il faudrait appeler aujourd’hui la pensée diasporique. La pensée diasporique commence précisément lorsque nous cessons d’imaginer l’identité comme une substance intacte transportée d’un territoire vers un autre.

La pensée diasporique introduit le déplacement au cœur même de nos identités. Elle ne demande plus uniquement « D’où venons-nous ?

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