
CHAMANE
Dans les projections vacillantes à la lumière parcimonieuse des torches fumeuses, des ombres déformées, étirées, silhouettes fantastiques sur la semi-obscurité des murs de la vieille cabane de bois…
Dans le martèlement obsédant de la peau du grand tambour circulaire et son écho vibratoire presque infra sonique…
Dans l’âcre odeur du sang frais des bêtes sacrifiées, répandu sur le sol de terre battue…
Dans l’entrelacs entêtant d’épaisses fumées enivrantes, hallucinogènes des feuilles sèches de plantes psychotropes jetées sur les pierres brûlantes du foyer…
Dans le goût amer révulsant l’estomac, du breuvage sombre, décoction de champignons, de lianes ou d’écorces, ouvrant les portes secrètes du monde invisible…
Dans les pas inlassablement répétés de sa danse tout comme l’est la mélopée tour à tour grave ou aiguë, lancinante et incantatoire dont il l’accompagne…
Dans les bois de cerf, crânes et os d’animaux, griffes et dents, plumes multicolores, coquillages et perles, pierres mystiques et boules d’ambre, chargés de magie ancestrale…
s’incarnent les esprits de l’air, les esprits de l’eau, ceux du feu et ceux de la forêt, les esprits animaux de l’ours, du loup, de l’élan, du jaguar, de l’aigle, du corbeau et du serpent et tous ceux des plus lointains ancêtres peuplant la transe divinatoire du chamane…
Ma parole est un feu crépitant
aux résonances d’ombres qui dansent
sur le mur des esprits,
fugace dissipation des ténèbres en leur environne mentale omniprésence
telle ces lueurs d’étoiles au sein de la cosmique et vide immensité de silence,
vie éphémère qui pourtant sa propre continuité engendre,
phénix renaissant inlassablement de ses cendres…
De mots brûlants
comme braises écarlates
éclate ma parole,
elle est culs de lucioles,
verts éclairs de lumière
d’une vérité éphémère
que je trace en runes d’étincelles de l’antique alphabet sur la noirceur de la nuit du temps
pour essayer de rendre le destin de ce monde intelligible.


— Par Gary Klang —
Avec Quai des arachides, Thierry Mathiasin, artiste peintre et poète guadeloupéen, nous entraîne, dans un univers où la terre, la mer, l’exil et la mémoire se rencontrent.
— Par Daniel M. Berté —

















