Catégorie : Théâtre

Kannari ! Ou « Moun isi, la suite… « , une comédie d’Hervé Deluge

Mercredi 6 mai 2026 – 15h et 20h – Grand Carbet Parc Aimé Césaire – FDF

— Par Rodolf Étienne —

(Reprise d’un article publié le 13/11/24)

Un Vendredi sur deux chez la famille Mounici, la coutume veut que l’on mange tous ensemble. Manman, ses fils, sa fille et ses belles filles. Ce vendredi est particulier car la famille va recevoir quelques invités. Hautement professionnel pour Louis Philippe, familial pour Lyas. Trois invités étrangers au reste de la famille… Une soirée toute en tensions, attisée par la petite dernière, Léonie qui se veut rebelle et non conventionnelle. Madame Mounisi « poto mitan de la famille » risque d’avoir bien du mal à passer une soirée ou tout devient « mutation » au sein de cette famille martiniquaise. Voilà pour un aperçu de l’histoire. Hervé Deluge, le metteur-en-scène explique que c’est « le succès fulgurant du spectacle « Moun Isi », variation créole tiré de la pièce de théâtre de Bacri-Jaoui « un air de famille » qui a vu huit représentations à guichet fermé à La salle Marcé de Saint Joseph, et deux au grand Carbet du Parc floral Aimée Césaire, à Fort-de-France, soit plus de 3 000 spectateurs en un mois, l’accueil de ce spectacle et la reconnaissance du public qui le soutient, tant pour la distribution que pour les auteurs », qui lui ont donné l’envie, comme une continuité demandée par la troupe et par le public, de créer un deuxième volet de l’histoire de cette famille.

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« L’Avare » de Clément Poirée, un grand moment de théâtre

La peste soit de l’avarice et des avaricieux

— Par Selim Lander —

Le public de Fort-de-France qui avait rempli la grande salle de l’Atrium vendredi 24 avril n’a pas été déçu. Il y a longtemps, en effet, que l’on n’avait pas eu l’occasion d’assister ici à un mise en scène aussi moderne, dans un décor a priori déroutant mais qui en l’occurrence est dicté par l’intention de départ de cette mise en scène : ajouter un prologue qui joue avec l’idée d’avarice, en demandant au public d’apporter des oripeaux, des papiers de diverses sortes pour aider Harpagon à vêtir sa famille et sa domesticité, lesquelles, comme de juste, se présentent en « petite tenue » au début de la pièce, pendant que des couturiers/couturières s’activent à confectionner les costumes dans des cages grillagées. Des cages qui peuvent avoir d’autres usages et qui se déplacent pour composer autrement le décor. Les murs du plateau sont entièrement nus, pas le moindre pendrillon, une grande table poussée à jardin porte diverses boissons et victuailles permettant aux comédiens qui en éprouveraient le besoin de se restaurer au cours de cette représentation qui s’étire sur trois heures d’horloge.

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« Sur les pas de Victor Hugo » : fragments d’une vie et d’une œuvre

Sur les pas de Victor Hugo
De Estelle Andrea
Mise en scène : Estelle Andrea, Magali Paliès
Avec : Estelle Andrea, Oscar Clark, Julien Clément, Magali Paliès

Ce samedi 25 avril la salle du Théâtre Aimé Césaire  à Fort-de-France, qui était bien remplie, a réservé un accueil chaleureux et mérité à la Cie Coïncidences Vocales pour son retour en Martinique. Après avoir été  Sur les pas de Léonard de Vinci, elle est cette fois-ci sur  ceux de Victor Hugo.

Le spectacle s’ouvre sur une série de citations projetées qui introduisent la pensée et l’œuvre de Victor Hugo, avant de situer le contexte historique. L’action prend place après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, événement qui contraint l’écrivain à l’exil en raison de ses prises de position politiques. Après un passage par Jersey, Hugo s’installe à Guernesey en 1855, point de départ du récit proposé sur scène.

À son arrivée sur l’île, Hugo est confronté à une difficulté concrète : la disparition de la malle contenant ses manuscrits. Cette attente devient un fil dramatique, tant ces documents représentent l’essentiel de son travail en cours, notamment les premières pages de ce qui deviendra Les Misérables.

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« Matrices », texte & m.e.s. Daniely Francisque

Mercredi 29 avril – 19h30  (Complet) | Jeudi 30 avril – 9h30 | Tropiques-Atrium

Texte et mise en scène : Daniely Francisque Avec Mylène Wagram, Karine Pédurand, Nelson-Rafaëll Madel et Cindy Vincent

Matrices est une pièce de théâtre écrite et mise en scène par Daniely Francisque, autrice et comédienne martiniquaise, connue et reconnue. Le texte, dit en français et en créole martiniquais, est porté sur scène par quatre interprètes : Mylène Wagram, Karine Pédurand, Nelson-Rafaëll Madel et Cindy Vincent.

Un récit fragmenté à travers quatre figures

Le spectacle suit le parcours d’une femme qui remonte le fil de sa propre histoire pour en démêler les blessures, les silences et les héritages. Trois figures la composent successivement : une Fille, déracinée dans une cité de banlieue parisienne, élevée dans une famille marquée par l’absence et la violence ; une Femme, de retour en Martinique, prise dans une relation de couple où la violence conjugale fait écho à une violence bien plus ancienne ; une Dame, enfin, figure d’ancêtre en connexion avec la nature et le cosmos, qui tente de dénouer ce qui, de génération en génération, continue d’habiter et d’abîmer les corps.

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Recycler Molière : promesse et limites d’un Avare participatif

— Par Sabrina Solar —

Imaginée comme une expérience à la fois théâtrale, collective et écologique, cette relecture de L’Avare de Molière s’appuie sur un dispositif singulier : chaque représentation se construit à partir d’objets apportés par le public. Vêtements délaissés, accessoires insolites, fragments du quotidien deviennent ainsi la matière première d’un spectacle en perpétuelle recomposition. Le geste n’a rien d’anecdotique. Il inscrit d’emblée la proposition dans une réflexion contemporaine sur le réemploi, la valeur des choses et la transformation du rebut en ressource, tout en faisant écho, de manière presque littérale, à l’obsession de l’accumulation qui définit Harpagon.

Dès l’ouverture, le plateau apparaît comme un espace en friche : quelques structures de rangement, des bacs de tri, et cette masse d’objets encore inertes. Très vite, comédiennes et comédiens s’en emparent, fouillent, commentent, expérimentent. Ce moment liminaire, où il s’agit presque de “s’habiller pour exister”, donne à voir un théâtre en train de se faire, dans une forme de nudité revendiquée. À leurs côtés, les techniciens — habituellement relégués dans l’ombre — occupent ici une place centrale. Création sonore à partir d’objets détournés, élaboration de silhouettes à la volée, ajustements lumière visibles : tout concourt à faire de cette fabrication en direct un spectacle en soi.

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« Sur les pas de Victor Hugo », spectacle visuel et musical

Du 23 au 25 avril au T.A.C. à Fort-de-France

— Par Selim Lander —

Le Théâtre Municipal de Fort-de-France offre à son public un spectacle imaginé par Estelle Andréa (texte et musique) pour le plaisir des yeux et des oreilles. Pour les yeux avec les nombreux changements de décor et de costumes ; pour les oreilles avec les chansons accompagnées tantôt par une musique enregistrée, tantôt par un violon et une guitare sur le plateau. Ils sont quatre comédiens-musiciens, deux femmes (Estelle Andréa et Magali Paliès, toutes les deux également à la mise en scène) et deux hommes (Oscar Clark et Julien Clément).

La pièce raconte en une série de tableaux des faits saillants de la carrière de Victor Hugo comme poète et romancier (le dramaturge est oublié). Cela commence par l’exil à Guernesey, ce qui est l’occasion de rappeler les convictions républicaines d’Hugo, puis par des évocations de ses principaux romans, Notre-Dame de Paris et Les Misérables (la première photo). D’autres scènes sont situées sur un quai et dans un cabaret de Guernesey (photo n°2), dans la maison et dans le jardin d’Hauteville House, la maison de la famille Hugo à Guernesey toujours (1), devant le Fontaine Médicis à Paris, dans une carrière évoquant, nous a-t-il semblé, le bagne.

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L’Avare, de Molière, m.e.s. Clément Poirée

Vendredi 24 avril à 19h Tropiques-Atrium
Avec : Nelson Rafael Madel, Mathilde Auneveux, Pascal Césari, Marie Razafindrakoto, John Arnold, Virgil Leclaire, Laurent Ménoret, Anne-Elodie Sorlin
Au lieu de jeter, ramenez ce que vous n’utilisez plus pour qu’il trouve sa place sur scène !

L’histoire d’une génération qui ne veut rien lâcher au risque de nécroser celle qui vient, Molière l’a génialement racontée dans L’Avare. Pièce hilarante sur un grand vice, un désir ogresque qui confine à la folie, à la tyrannie.

Clément Poirée se risque à revisiter cette comédie « en mode radin » pour interroger ses résonances au temps de la décroissance aujourd’hui où les valeurs sont renversées. Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides ! Tout le monde est là, les interprètes mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et… ce qu’il voudra bien leur donner. Objets, vêtements, draps, livres, papier, boîtes, bijoux, CD, craies, café soluble… tout est bon !

Un happening chaque soir différent. Une manière d’éclairer notre rapport intime à l’avarice et de mettre à nu ce qui fait la richesse d’un spectacle : une équipe à l’unisson et un public-artiste qui apporte la pièce manquante.

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Publications : 🎭 Nouveautés Théâtre Avril 2026

📘 Nos seins

Françoise Lorente
Quand Françoise apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, sa vie bascule.
Entre humour et colère, cette pièce retrace son parcours intime : rendez-vous médicaux, transformations du corps, souvenirs, accompagnement de sa compagne… jusqu’à l’apparition de Sainte Agathe de Catane.

Infos pratiques :

  • EAN : 9782336611990
  • Parution : 30/03/2026
  • Format : 135 x 215 mm
  • Collection : Théâtres
  • 78 pages
  • 💶 12.00 €

📘 Quelqu’un quelque part

Natacha Astuto
Dans les lieux de passage — gares, ports, aéroports — les vies se croisent et se séparent.
Une réflexion sensible sur les rencontres, les absences et les traces laissées par les autres.

Infos pratiques :

  • EAN : 9782336603667
  • Parution : 12/03/2026
  • Format : 135 x 215 mm
  • Collection : Théâtres
  • 92 pages
  • 💶 13.00 €

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🎭 Journée mondiale du théâtre — 27 mars 2026

Chaque année, le 27 mars, le monde entier célèbre la Journée mondiale du théâtre, une date essentielle dédiée à l’une des formes d’expression artistique les plus anciennes, universelles et profondément humaines.

Créée en 1962 par l’International Theatre Institute, cette journée coïncide symboliquement avec l’ouverture de la saison du « Théâtre des Nations » à Paris. Depuis plus de soixante ans, elle rassemble artistes, institutions, publics et passionnés autour d’un objectif commun : honorer le théâtre dans toute sa diversité et affirmer sa place essentielle dans nos sociétés contemporaines.

À travers le monde, cette journée donne lieu à une multitude d’initiatives : représentations, ateliers, lectures, rencontres et actions culturelles. Elle vise à promouvoir le théâtre sous toutes ses formes, à sensibiliser les publics à sa richesse, à encourager les échanges internationaux et à renforcer son accessibilité. Le théâtre y est célébré comme un art du lien, du dialogue et de la compréhension mutuelle.

Chaque année, une grande figure du spectacle vivant est invitée à adresser un message international. En 2026, ce message est confié à l’acteur et metteur en scène Willem Dafoe.

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Nouveaux aperçus du festival Ceiba 2026

Mère Prison, Mujer En Refrigerador, Annabel ?

— par Selim Lander —

Mère Prison

Dans ce festival qui mélange volontairement les genres avec néanmoins une prédominance de la musique, y compris l’opéra avec le mémorable Treemonisha de Scott Joplin, le théâtre a trouvé une petite place, d’abord avec la pièce comorienne, Je suis blanc et je vous merde (sic) puis avec Mère prison de l’autrice guyanaise Emmelyne Octavie.

Cette pièce, qui a reçu un prix des « Inédits d’Afrique et d’Outre-Mer », raconte l’histoire d’une mère non pas emprisonnée elle-même mais forcée de se rendre fréquemment dans la prison où deux de ses fils sont incarcérés.

Les personnages sont au nombre de six : la mère, ses trois fils (le plus jeune n’ayant jamais goûté à la prison), un gardien, enfin une autre mère de prisonnier. Ils sont interprétés par deux comédiennes et deux comédiens. Une comédienne incarne la mère et les autres se partagent tous les autres rôle, sachant qu’un même personnage peut être interprété, au gré des circonstances, par deux voire trois comédiens différents, ce qui donne un certain piment à la mise en scène.

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Le dernier voyage de l’Aquarius

— Par Selim Lander —

Les histoires se répètent. La crise de l’Aquarius, ce bateau chargé de migrants vers l’Europe qui ne parvenait pas à débarquer les passagers qu’il avait secourus en Méditerranée fait bien sûr écho à celle de l’Exodus rempli de 4500 juifs rescapés de la Shoah qui voulaient rallier la Palestine après la deuxième guerre mondiale, refoulé par les Anglais et qui finit par aborder … en Allemagne. En 2018 l’Aquarius, affrété par l’ONG SOS-Méditerranée, emportait plus de 600 migrants lorsqu’il s’est vu interdire par l’Italie, sa destination logique suivant le droit de la mer, d’entrer dans ses ports. Après une longue partie diplomatique où chacun se renvoyait la balle, l’Espagne puis la France ont fini par accepter de recueillir respectivement 230 et 180 migrants, l’Italie se chargeant du reste.

La pièce écrite et mise en scène par Lucie Nicolas raconte cette odyssée depuis le départ du bateau et les préparatifs de l’expédition jusqu’à la fin de son voyage en passant par le sauvetage des migrants en mer et les péripéties diplomatiques. C’est du bon théâtre documentaire qui ne saurait laisser personne indifférent, même s’il peut laisser certains spectateurs sur leur faim comme un peu trop manichéen.

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Entre douleur et dissonance : une mère en quête d’elle-même dans « Mère prison »

La salle Frantz Fanon de Tropiques-Atrium affichait complet pour Mère prison, texte d’Emmelyne Octavie mis en scène par Aristide Tarnagda. Une affluence qui témoigne d’une attente forte autour de cette œuvre ancrée dans une réalité sociale contemporaine, celle des familles confrontées à l’incarcération.

Au cœur de la pièce, une figure maternelle, interprétée par Rita Ravier, dont la vie s’organise autour de rituels éprouvants : le mardi pour visiter son fils aîné, condamné pour meurtre, le jeudi pour le second, impliqué dans un trafic de drogue. Entre ces deux mondes carcéraux, elle tente de maintenir un semblant d’équilibre auprès de son dernier fils, reclus dans une adolescence figée, happé par des jeux vidéo violents et par la peur de reproduire le destin de ses frères.

La première partie de la pièce installe avec justesse cet univers répétitif et oppressant. Structurée en une série de scènes brèves, la dramaturgie épouse la mécanique implacable des trajets, des contrôles et des parloirs. Les gestes se répètent, les dialogues s’enchaînent, et une forme de lassitude s’installe, sans être dénuée de sens : elle reflète l’enfermement psychique autant que physique.

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Le Dernier Voyage : Raconter l’Aquarius : théâtre, mémoire et engagement

Samedi 21 mars à 19h30 au T.A.C.

Entre le 8 et le 17 juin 2018, avec 629 migrants a bord, par une mer agitée, l‘Aquarius, navire de sauvetage en Méditerranée, erre de côte en côte dans l’attente d’un port où débarquer.

Après le refus de l’Italie et le silence français, les autorités maritimes compétentes lui donnent enfin l’autorisation d’accoster à Valence en Espagne, à plus de 1500 km de sa position.

Durant 10 jours, à la fois isolée et dons l’oeil du cyclone médiatique, une communauté humaine se forme, dont le destin est aux mains des décideurs politiques. Pourquoi empêcher de sauver des vies? En quoi cette histoire incarne-t-elle le symptôme d’une crise européenne?

Lucie Nicolas est partie a ta recherche de ceux qui étaient a bord, équipage et rescapées, Elle a recueilli leurs témoignages, Au sein d’un dispositif de sonorisation, les interprètes portent ces voix jusqu’à nous et reconstituent cette odyssée inouïe.

En menant en scène en direct la fabrique sonore el musicale du récit ils créent avec les spectateurs une nouvelle communauté active et luttent contre notre sentiment d’impuissance.

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« Mère Prison », texte d’Emmelyne Octavie, m.e.s. d’Aristide Tarnagda

Mardi 17 mars – 19h30 | Tropiques-Atrium

La pièce Mère prison, écrite par l’autrice guyanaise Emmelyne Octavie et mise en scène par Aristide Tarnagda, propose une plongée poignante dans l’univers carcéral et ses répercussions sur les familles. À travers une écriture sensible et percutante, la pièce met en lumière le combat quotidien d’une mère confrontée à l’incarcération de ses fils et à la violence d’un système qui enferme bien au-delà des murs de la prison.

Résumé de la pièce

Au cœur de Mère prison se trouve une mère qui, deux fois par semaine, rassemble son courage pour rendre visite à ses fils en prison. Le mardi, elle prend le bus pour voir son fils aîné, incarcéré pour meurtre. Le jeudi, elle se rend au parloir pour son deuxième fils, accusé de trafic de drogue.

Entre ces visites éprouvantes, elle tente de maintenir une vie ordinaire. À la maison, son dernier fils passe ses journées à jouer à des jeux vidéo violents, refusant de grandir par peur de suivre la même trajectoire que ses frères.

Malgré les sacrifices qu’elle consent, cette mère devient la cible de la colère et des reproches de ses fils.

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Droit de critique, devoir de respect : réponse à une chronique « polémique »

Madame, Monsieur,

Nous n’apprécions pas la polémique, mais avons pris connaissance de votre critique (« Je suis blanc et je vous merde » de Soeuf Elbadawi, signé Selim Lander, 07/03/2026).

Nous estimons que chacun est libre de démolir un spectacle, qu’on a le droit également de ne pas saisir les codes empruntés par son auteur. On a surtout le droit de ne pas apprécier ce qui y est raconté, au point d’imaginer que le public trouve son propos folklorique, voire dépassé. Mais critiquer l’embonpoint chez une ou un artiste nous semble scandaleux, par rapport à une pièce exigeant entre autres le respect de la dignité humaine. Nous trouvons votre propos méprisant et violent.

Nous pouvons admettre qu’un spectateur se trompe à l’écoute d’un texte volontiers exigeant, voire qu’il entende des voix lui soutenant le contraire de ce qui y est dit, lorsque la fatigue le gagne. Cela arrive : nos neurones ne sont pas toujours au rendez-vous. Mais permettez-nous d’avoir une autre perception des événements. La phrase, apparemment citée, dit exactement ceci : « Quand un blanc – le Blanc – entre en toi, il peut te ronger le cerveau jusqu’à l’os ». 

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Culottée et inspirée la metteuse en scène Emma Dante dépoussière « Les femmes savantes »

 — Par Dominique Daeschler —

La Comédie Française hors les murs déboule au Rond-Point avec Emma Dante, l’intranquille, et ça déménage. Le tout public a rallié les scolaires pour faire un tabac aux Femmes Savantes de Molière. Enlevant la sagesse des mots : classique, héritage patrimonial théâtral, Emma Dante introduit une lecture de l’œuvre jouant sur un passé-présent en punchingball sans oublier de se servir de tous les ressorts bien huilés de « l’héritage » : rebondissements, renversement de situations, double jeu, formules à double sens, abus des entrées et sorties. On saura aussi utiliser ordinateur et portable. Tranche la sobriété d’un plateau vide où les quelques objets qui vont et viennent (canapé à double fond, malles…) entrent dans le jeu. Fi donc des temps morts ! On a parfois l’impression d’être au sein des familles élargies des séries américaines qui s’amuseraient des codes théâtraux.

Au début du spectacle l’arrivée des deux sœurs donne le ton. L’une en costume d’époque (Armande qui suit sa mère dans son cénacle de femmes savantes) et Henriette, encore en comédienne short et baskets, comme si elle souhaitait déjà marquer sa différence et faire le lien entre hier et aujourd’hui ; l’entrée dans le rôle lui fera prendre costume.

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« Je suis blanc et je vous merde » de Soeuf Elbadawi

— Par Selim Lander —

Quelques mots rapides après rappel de l’article publié à l’issue des Francophonies de Limoges, en 2024, où la pièce était présentée pour une première fois en France.

« Je suis blanc et je vous merde du Comorien Soeuf Elbadawi, déjà l’auteur de nombreuses pièces, également à la m.e.s., une personnalité controversée dans son pays, qui n’hésite pas à prendre son public à rebrousse-poil. Il le fait ici dès le titre car on en aura rarement vu un de plus laid au théâtre ! Heureusement, la pièce qui explore les thèmes familiers d’Elbadawi n’est pas au diapason de ce titre, lequel annonce bien néanmoins, si l’on ose dire, la couleur. Car il sera bien question d’un blanc, nommé Gaucel, qui se retrouve dans une geôle à Moroni, accusé – probablement injustement, mais sait-on jamais ? – d’avoir voulu fomenter ou participer à un coup d’État. Le texte fait appel à six personnages qui se croisent dans la prison parmi lesquels un autre prisonnier, un sage (interprété par l’auteur) qui entretient avec Gaucel de longues conversations, tournant le plus souvent autour du thème de l’identité, du colonialisme et de ses séquelles : « Quand un blanc entre en toi, il te grattouille le cerveau jusqu’à l’os ».

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Ô femmes ! Une pièce de théâtre et une exposition

Une pièce de théâtre : « Les secrets d’un gainage efficace »

Les 6 et 7 mars à la Guinguette, Saint-Pierre

Le 8 mars au TOM, Fort-de-France

Elles sont cinq femmes qui se saisissent de l’anatomie féminine, objet des canons de beauté mais aussi de la honte de soi, de méconnaissance et de tabous, pour écrire un livre sur le corps des femmes comme leurs aînées dans les années 70.

Elles débattent et se débattent avec les hontes et traumatismes liés à ce corps et disent tout haut ce que beaucoup vivent tout bas : corps malmené par lui-même et par le corps social, médiatique et politique. Elles explorent leur intimité et les clichés qui leur collent à la peau à grands coups d’autodérision et d’humour.

Elles explorent leur intimité autant que l’Histoire ou la presse et réinventent les raisons de la colère. Des injonctions esthétiques à la transmission mère-fille.

Une exposition :

En écho, l’exposition ô femmes ! s’installe à la Guinguette de Saint-Pierre du 07 au 11 mars. Vernissage le 07 mars de 15h à 18h00.

Le titre fait référence à la célèbre citation de Olympe de Gouges dans sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791.

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« Je suis blanc et je vous merde », texte et m.e.s. de Sœuf Elbadawi

Jeudi 5 mars – 19h30| Tropiques-Atrium

Polar politique à Moroni !
A Moroni, Gaucel aux Comores, un blanc, se fait cueillir à la Rose Noire – une boîte de nuit – par les forces de l’ordre. On l’accuse d’être un espion à la botte de la France. Dans ce pays où les intrigues se tissent au rythme de la rumeur, les nuances de gris achèvent de tout emmêler, derrière les murs sombres du commissariat.
Ils sont six à y tutoyer l’improbable récit d’un coup d’Etat, au lever du jour. Six à rompre avec la routine du colonisé dans toute sa démesure. Mais qui peut dire qui est qui derrière ces figures transfigurées ? Blanc n’est jamais tout à fait blanc. Et la couleur n’est parfois qu’un leurre.

Lire aussi : Soeuf Elbadawi, musique et paroles en partage

Scénographie et costumes : Margot Clavières
Lumières : Matthieu Bassahon
Création son et régie : Maxime Imbert
Conception et construction décor : Benoit Laurent
Régie générale : Corentin Thomasset
Avec : Yaya Mbilé Bitang, Diariétou Keita, Fargass Assande, Dédé Duguet, Sœuf Elbadawi, Philippe Richard

Le texte, disponible aux.

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« Mme Jazze », de et par Abyale, avec Niels Sem

Samedi 7 mars à 19h30 au Théâtre Aimé Césaire ( T.A.C.)

« Mme Jazze » est un spectacle musical conçu et interprété par « Mme Jazze », accompagnée au piano par Niels Sem. Il s’articule autour d’un hommage aux grandes voix féminines du jazz et de ses prolongements — soul, rhythm and blues, gospel — qui ont marqué le XXe siècle par leurs interprétations et par leurs parcours.

Le répertoire convoque des figures majeures comme Billie Holiday, Nina Simone, Aretha Franklin, Tina Turner ou Ella Fitzgerald. D’autres artistes, telles que Joséphine Baker ou Irma Thomas, sont également évoquées au fil du spectacle. Toutes ont en commun d’avoir imposé une voix singulière dans un contexte souvent marqué par les discriminations raciales et sexistes.

La structure du spectacle repose sur l’alternance entre interprétation musicale et récit. Chaque chanson est introduite par un éclairage biographique : épisodes méconnus, engagements artistiques, choix de carrière ou éléments plus personnels. Sans adopter un ton didactique, le spectacle replace les œuvres dans leur contexte historique, notamment celui de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, en arrière-plan de plusieurs trajectoires.

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 » Le voyage égaré », texte, m.e.s. & jeu : Aurélie Namur

Samedi 7 mars à 19h au Théâtre Boikarré

La compagnie Les Nuits Claires propose Le voyage égaré, une lecture-spectacle immersive suivie d’un débat autour de la thématique du genre.

Une immersion en Amazonie… depuis une table

Assise à sa table, un dictaphone et un verre d’eau à portée de main, l’interprète — également autrice du texte — raconte son voyage halluciné au cœur de l’Amazonie.

Fidèle à un rêve d’enfance, une jeune femme part à la découverte de la jungle et des tribus shuares. Mais confrontée à une nature hostile et à la méfiance d’Indiens qui se sentent menacés par sa présence, l’aventure bascule peu à peu dans le cauchemar.

Pour survivre, elle convoque la pensée de Jean-Jacques Rousseau et engage avec lui un dialogue imaginaire autour de « l’état de nature ».

À travers ce récit à la fois autobiographique et métaphorique, le spectateur s’enfonce dans la jungle. Peu à peu, l’immense forêt semble traverser les murs et envahir l’espace même de la représentation — salle de classe, bibliothèque ou appartement.

Une aventure du XXIᵉ siècle, intime et universelle.

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« Après le Chaos » tragédie moderne

— Par Selim Lander —

Après Avignon et Paris, la Martinique a la chance d’accueillir cette pièce hors norme, seule en scène d’une intensité tragique, pas seulement une mère qui pleure la mort du fils car l’essentiel de la pièce n’est pas dans cette mort dont on ne saura pas grand-chose ; elle est dans le destin d’une mère accablée comme par les dieux de l’Antiquité auxquelles elle adresserait sa plainte si l’on croyait encore que le fatum est d’essence divine.

Sur la mort du fils on apprend seulement assez vite qu’il a commis un attentat suicide et tué dix-neuf personnes. Pas un mot sur ses motivations (il serait sans doute inconvenant de laisser entendre qu’une religion qui fanatise certains de ses adeptes pourrait avoir une part de responsabilité). La personnalité du fils demeure donc entièrement opaque. On en apprend davantage sur le reste de la famille, les deux autres enfants qui étaient en « colo » au moment du drame et qui, de retour, se révèlent bien moins enfantins que ce que l’on avait imaginé. Comme le mari a sombré dans la dépression à l’annonce du drame, la mère se retrouve donc seule avec elle-même et pleurant, comme on l’a dit, davantage sur elle-même, sur le mauvais sort qui l’accable que le deuil du fils aîné.

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« Après le chaos », texte Élisabeth Gentet-Ravasco, m.e.s. Stéphane Daurat, jeu Véronique Augereau

Samedi 28 février à 19h30, au Théâtre Aimé Césaire. | ★★★★★ |

— Par Hélène Lemoine —

Après le chaos est une pièce écrite par Élisabeth Gentet-Ravasco, mise en scène par Stéphane Daurat et interprétée, avec un immense talent par Véronique Augereau.

Présentation

Il s’agit d’un monologue centré sur une mère confrontée à une double tragédie : son fils est mort lors d’une fusillade de masse dont il est l’auteur. La pièce s’ouvre au lendemain des faits. Après avoir suivi les événements à la télévision, pensant aux victimes et à leurs familles, la mère apprend de la police que son propre fils est le tireur et qu’il fait partie des morts.

Le texte explore les heures et les jours qui suivent cette annonce. Comment continuer à vivre lorsque le deuil se mêle à la honte ? Comment affronter le regard des autres, protéger les enfants qui restent, soutenir un mari brisé ? Comment penser l’impensable, lorsque l’enfant que l’on a élevé a commis l’irréparable ?

Un angle dramatique singulier

La pièce s’intéresse à un point rarement abordé : celui de la famille du meurtrier.

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« La Magie des Pierres », texte Anne-Alex Psyché, m.e.s. Arielle Bloesch

Vendredi 6 février à 19h (séance scolaire à 9h) | Tropiques-Atrium

Théâtre jeune public – éco-poésie caribéenne avec marionnettes

La compagnie KUUMBA invite petits et grands à un voyage poétique et initiatique avec La Magie des pierres, un spectacle de théâtre jeune public mêlant marionnettes, musique et imaginaire caribéen.

Inspirée d’un conte illustré, l’histoire suit Mody et Awa, deux jeunes explorateurs qui, après avoir bravé un interdit, se retrouvent prisonniers d’un monde merveilleux. Pour retrouver leur chemin, ils devront faire preuve de courage et apprendre à écouter les messages de la nature, guidés par une déesse mystérieuse. Peu à peu, une simple chambre d’enfant se transforme en un univers fascinant, riche de symboles et d’émotions.

Porté par des marionnettes fabriquées à partir d’objets recyclés, le spectacle est rythmé par une musique originale world caribéenne. La Magie des pierres célèbre la beauté du vivant et transmet, avec délicatesse, une leçon essentielle : la liberté va de pair avec la responsabilité.

Une expérience sensible et immersive, qui invite à rêver, réfléchir et protéger ce qui nous entoure.

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« Toussaint Louverture, le souffle de la liberté » de Nadège Perrier

— Par Selim Lander —

Toussaint Louverture (vers 1743- 7 avril 1803) demeure à juste titre dans les mémoires comme un héros de la liberté des Noirs et de l’indépendance d’Haïti. Lamartine lui avait déjà consacré une pièce qui fut créée en 1850 et Césaire un livre publié en 1960 chez Présence Africaine et toujours disponible.

Ce qui fascine chez Toussaint c’est son intelligence stratégique. Il sut en effet s’allier d’abord aux Espagnols contre les Français, puis, après l’abolition de l’esclavage par la Convention le 4 février 1794, aux Français contre les Espagnols et contre les Anglais. Il est nommé par la France général de brigade en 1795, lieutenant gouverneur en 1796, gouverneur l’année suivante. En 1799, il sortit vainqueur de la guerre des Noirs du nord d’Haïti (qu’il dirigeait) contre les Mulâtres au sud. En 1801, Bonaparte le fit capitaine général de Saint-Domingue, soit le deuxième personnage de l’île. La même année, il s’est proclamé « gouverneur à vie » et a promulgué une constitution autonomiste confirmant la suppression de l’esclavage… tout en le remplaçant par une forme de servage qui attache le travailleur à la terre, et prévoyant la possibilité du travail forcé.

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