Bile jaune de colère ou bile noire de mélancolie …

Par Roland Tell —

Allégorie des quatre éléments, Louis Finson, 1611.

Quand le destin du “Président des Martiniquais” lui ménage du temps derrière les micros des médias, c’est que son centre de gravité est descendu bien bas, si bas même, qu’il n’y a plus en lui d’homme collectif, de personnalité dirigeante, mais seulement le mouvement de la bile, en son monde intérieur de perception soudaine de l’instinct de survie, au sein d’une collectivité de plus en plus hostile. Ce mystère de subjectivité humaine, à travers les barreaux de la chute politique, la Martinique l’a vécu récemment, en se léchant les babines. Partira-t-il enfin, en sa prise de conscience de son moi vaincu, par une démission contre nature de sa propre nature ?

Non, hélas, ce n’était que de la flagellation pour autrui – énième poussée d’autoritarisme, venant de quelqu’un, qui se veut planant sur toutes gens et sur toutes choses d’ici, et donc écumant de colère à force d’attendre adoration et complaisance de son peuple. C’est aussi à une décomposition définitive de sa majorité, à laquelle on assista, mais tout en revendiquant, plus que jamais, toute la souveraineté de sa gouvernance. Abdiquer ? Jamais ! De colère écumant, même contre ses tout premiers alliés, dont le président de l’assemblée, à force d’en attendre une soumission absolue ! Certes, à toute gueule, ne convient pas toute parole, dans cette décomposition définitive, à laquelle les citoyens martiniquais assistent.

Le député, brillamment élu, et tout seul, dans l’ancienne circonscription, donnée en fief électoral, réplique par ses vérités nouvelles, à savoir que la calomnie est, pour le président, la meilleure de ses forces ! Entre passé et avenir, le discours du député a mûri, puisqu’une odeur et un parfum de talent émanent désormais de sa personne, qui a su s’affirmer hors toute subordination à l’impérialisme demiurgique du vieux chef de parti. Quelle tragédie donc que le dit député n’ait point voulu se reproduire en zélateur, mais plutôt se dépasser avec ses propres valeurs !

Les jours sombres d’aujourd’hui, les périls du naufrage de la C.T.M., il s’agit de les laisser à la nouvelle cour du président, en partie sélectionnée au sein de la droite jouisseuse d’affairisme et de sinécures. A côté de celle-ci, il ne faut pas oublier l’engeance inépuisable des parasites, sans fécondation politique, qui, tels des pucerons, lui collent à la peau, ayant dit adieu à leur propre corps. Comme le président, dont ils connaissent les contours et les tours, tous les secrets, les pensées et les sentiments, puisqu’ils habitent en son esprit, ils finissent par dire “je” comme leur puissant maître, pour agir en laudateurs et en imitateurs de son art de gouverner, se sachant, dans tous les cas, intouchables dans leurs gesticulations de conseillers exécutifs. Toutes leurs actions, sur le terrain politique, économique, social, sont des images captées, ravies, de ce que le peuple martiniquais ne voit jamais, l’esprit du chef, la volonté du chef. Parc naturel régional, transport collectif, chaudière du Galion, ce sont là autant de vues, autant d’œuvres, de l’art de gouverner du chef, observées dans le miroir à mille facettes de l’esprit présidentiel, où chacun d’eux est à même de puiser des possibilités inouïes de précieuses découvertes, par introspection réflexive.

Le respect, étant aussi une vertu esthétique, comment voulez-vous que le chef les désapprouve, puisque tout vient de sa référence personnelle des significations intelligibles ? N’est-ce pas doux, pour chacun d’eux, de s’y noyer, de s’y perdre même, pour reposer et vivre, aussi tranquille qu’un os dans son organe. L’essentiel est qu’il y ait signe et connivence, dans cette sorte de gouvernance du peuple martiniquais, où tout acte, même l’abus d’autorité, garde la sensation obscure d’une sublimité, d’un haut fait.

Parfois même, les Conseillers sont heureux de trouver, reflétés dans l’esprit présidentiel, leurs propres sentiments d’agir, et même leurs habitudes mentales. C’est pourquoi, de plus en plus, ils doivent rester ouverts à ce que communique le président, dans les ressources d’une excentricité calculée, abolissant en eux toute réflexion personnelle, cherchant toujours à se mélanger avec le moi présidentiel, en une vision, en une révélation. Il s’agit là d’une sorte de luxure idéologique, poussant à agir comme une soupape de sûreté, et visant à protéger le conseiller de toute déviation.

L’intériorisation permanente de la pensée présidentielle ramène tous projets, et toutes réalités, vers les sources intérieures, d’où elles émanent, pour jouer en quelque sorte toute la musique, rien que la musique, du chef d’orchestre de Plateau Roy. D’où cette gouvernance sans paroles, qui se déroule à l’intérieur de la Caverne, tandis que le peuple martiniquais rêve de travail pour les jeunes, de progrès économique, et de prospérité sociale.

ROLAND TELL