Avignon 2022 : One Song. Histoire(s) du théâtre IV

— Par Michèle Bigot —

Miet Warlop est la quatrième artiste de la série « Histoire(s) du théâtre, inaugurée en 2019 par Milo Rau avec La Reprise , suivi par Faustin Linyekula et Angelica Liddell, à l’initiative du NTGent de Gand. Sous forme de concert rituel, la performeuse nous propose une sorte de requiem, une ode à l’épuisement, dans une parodie satirique de concours de chant doublé de manifestation sportive. Un groupe de performeu(euse)s s’épuise à jouer sur divers instrument la même et unique chanson, chacun d’entre eux se livrant à un exercice sportive tout en jouant. L’ensemble crée un spectacle répétitif jusqu’à l’achèvement des acteurs, voire à celui des spectateurs. Dans cette arène, les performeur(euse)s sont accompagné(e)s par un groupe de fans, une pom-pom girl (un homme en fait) et un commentateur sportif (une femme en fait). Il s’agit d’aller au bout de ses limites physiques, de se faire une concurrence acharnée, de mener une surenchère acoustique jusqu’à l’effondrement.

«Comment une chanson pourrait donner une unité à toute une société?» se demande Miet Warlop.

On se le demande aussi. Le spectacle hésite en effet entre satire du heavy metal, satire des manifestations sportives et des concours de chant. Le jury passe des hourras aux huées. L’individu est noyé dans une frénésie de groupe destructrice, dans une image inversée de la communauté. Le groupe est ici facteur de destruction, il engendre une surenchère de bruit et de fureur, il organise un rituel mortifère où le comique le dispute au dramatique. On rit jaune, les quelques textes qui nous sont proposés sous forme de tableau de plâtre sont aussi décousus et absurdes que le spectacle lui-même.

Au bout d’une heure de représentation les acteurs viennent saluer, épuisés, rubiconds, exténués, au bord de l’apoplexie (n’oublions pas que la température à Avignon atteignait les 38 degrés à l’ombre!) non moins que les spectateurs qui ont vaillamment accompagné leur tourment en protégeant tant bien que mal leurs oreilles martyrisées. Voilà ce qu’on appelle une épreuve. Pas inintéressante, pourvue d’une valeur symbolique manifeste, comme toute épreuve sans doute!

Michèle Bigot

ONE SONG

Histoire(s) du théâtre IV

Cour du Lycée saint-Joseph

8>14 juillet 2022