A Vindication of the Rights of Woman (1792), Défense des droits de la femme, de Mary Wollstonecraft

Rencontre autour du livre : Lundi 13 avril à 19h | Le Bayou | FdF

A Vindication of the Rights of Woman (1792), traduit par Défense des droits de la femme, est un essai féministe précoce de Mary Wollstonecraft. Elle y répond aux penseurs du XVIIIe siècle qui excluent les femmes de l’éducation, affirmant qu’elles y ont droit en fonction de leur rôle social.

L’ouvrage naît en réaction au rapport de Talleyrand (1791), qui limite l’éducation féminine au domaine domestique. Wollstonecraft critique ce point de vue et dénonce le « double standard » entre les sexes, accusant les hommes d’encourager l’émotivité des femmes. Écrit rapidement, le texte devait être suivi d’un second volume, resté inachevé.

Si elle défend une certaine égalité, notamment morale, elle n’affirme pas clairement une égalité totale entre hommes et femmes, ce qui rend son féminisme ambigu selon les critères modernes. Néanmoins, elle fonde son argumentation sur la notion de droits, déjà bien établie.

Contrairement à une idée reçue, l’ouvrage est bien accueilli à sa publication et considéré comme très original. Il s’inscrit dans le contexte de la Révolution française et des débats britanniques sur les droits et le gouvernement. Wollstonecraft y prolonge ses idées déjà développées dans Défense des droits de l’homme, en réponse aux critiques d’Edmund Burke sur la Révolution.

Réagissant aussi aux propositions éducatives de Talleyrand, elle dédie son livre à ce dernier et intervient dans un débat où la question des droits des femmes devient centrale, notamment avec Olympe de Gouges. Elle élargit enfin la réflexion aux droits naturels, affirmant qu’ils doivent s’appliquer à tous, indépendamment des traditions.

Mary Wollstonecraft adopte dans Défense des droits de la femme une forme originale : un long essai au ton hybride mêlant raison et sensibilité, revenant sur ses idées sous différents angles. Au XVIIIe siècle, la « sensibilité » est associée à une forte émotivité, attribuée surtout aux femmes en raison de leur supposée nature nerveuse. Si elle favorise la compassion et certains progrès humanitaires, elle est aussi critiquée pour affaiblir les individus et déséquilibrer la société, en féminisant la nation et en valorisant excessivement les émotions.

Face à ces idées, Wollstonecraft défend une éducation fondée sur la raison. Contrairement aux penseurs de son époque, qui jugent les femmes incapables de réflexion abstraite, elle affirme qu’elles possèdent les mêmes capacités intellectuelles mais sont privées d’éducation. Selon elle, cette situation les condamne à la superficialité et nuit à l’ensemble de la société, notamment parce que les mères jouent un rôle clé dans la formation des enfants.

Elle critique vivement les auteurs de manuels de conduite et des philosophes comme Jean-Jacques Rousseau, qui prônent une éducation destinée à plaire aux hommes. Elle dénonce une vision qui enferme les femmes dans leur apparence et limite leur potentiel. Au contraire, elle soutient qu’elles pourraient exercer des métiers variés, y compris en médecine ou en politique.

Enfin, Wollstonecraft définit l’éducation idéale comme un moyen de développer à la fois l’esprit, le corps et la vertu, afin d’assurer l’indépendance des individus. Elle propose un système éducatif national mixte, où filles et garçons seraient instruits ensemble, condition essentielle selon elle pour une société plus juste et équilibrée.

La qualification de féministe pour Défense des droits de la femme reste débattue, car le terme n’existait pas au XVIIIe siècle et Mary Wollstonecraft ne s’en revendiquait pas. Certains spécialistes soulignent que la considérer comme féministe peut déformer sa pensée, centrée avant tout sur la vertu et l’émancipation morale des femmes plutôt que sur un individualisme moderne.

Dans son ouvrage, elle ne défend pas explicitement une égalité totale entre les sexes, mais affirme qu’hommes et femmes sont égaux « aux yeux de Dieu », donc soumis aux mêmes exigences morales. Cette idée implique notamment que les hommes doivent respecter les mêmes règles de pudeur et de fidélité que celles imposées aux femmes, dénonçant ainsi le double standard de son époque. Toutefois, elle maintient une certaine supériorité masculine en termes de force, ce qui rend sa position ambiguë.

Mary Wollstonecraft s’adresse surtout aux hommes pour initier le changement social, estimant que les femmes, privées d’éducation, ne peuvent se libérer seules. Elle les appelle à aider à l’émancipation féminine afin de construire une société plus vertueuse. Son roman Maria, ou les injustices subies par la femme est souvent considéré comme son œuvre la plus radicale.

Par ailleurs, elle critique vivement les excès de la « sensibilité », surtout chez les femmes, qu’elle juge nuisibles à la raison et à la société. Si elle reconnaît que raison et émotions sont liées, elle insiste sur la nécessité de maîtriser les sentiments.

Enfin, sa vision de la sexualité est controversée : elle valorise des relations fondées sur l’amitié plutôt que sur la passion, ce qui a conduit certains critiques à l’accuser de minimiser ou rejeter le désir féminin. D’autres estiment qu’il s’agit d’une stratégie pour protéger les femmes dans une société où leur indépendance était associée à une sexualité jugée immorale.

Défense des droits de la femme est souvent interprété comme un manifeste républicain. Mary Wollstonecraft y critique la société de son époque, marquée selon elle par une « féminisation » des hommes due à l’excès de sensibilité, ce qui brouille les rôles sociaux. Elle défend un républicanisme fondé sur la vertu et va jusqu’à envisager la suppression des titres et de la monarchie, tout en suggérant une représentation politique incluant hommes et femmes. Sa pensée reste toutefois centrée sur la morale individuelle et les devoirs liés aux droits naturels, transmis notamment par la famille.

Son œuvre reflète aussi une vision bourgeoise : elle valorise le travail et la pudeur propres à la classe moyenne, tout en critiquant les riches pour leur corruption et leur artificialité. Cependant, elle n’idéalise pas les pauvres et voit même dans leurs difficultés une protection contre les vices. Elle critique également la charité, qu’elle considère comme un moyen de maintenir les inégalités. Son projet éducatif conserve certaines distinctions sociales, tout en permettant aux enfants les plus doués d’accéder à une éducation plus avancée.

Sur le plan stylistique, Wollstonecraft adopte un ton original mêlant rigueur philosophique et expression personnelle. Elle combine des éléments du traité, du roman et des manuels de conduite, et utilise une rhétorique parfois passionnée, notamment dans ses attaques contre Rousseau. Elle cherche à rendre ses idées accessibles tout en conservant leur force argumentative.

Enfin, elle recourt à des analogies frappantes pour décrire la condition féminine : les femmes sont comparées à des esclaves en raison de leur dépendance, mais aussi à des « tyrans » capables de manipuler les hommes. Ces images illustrent l’ambivalence de leur position dans la société et renforcent sa critique des structures sociales de son époque.

Mary Wollstonecraft rédige rapidement Défense des droits de la femme en réaction aux événements, regrettant elle-même de ne pas avoir eu plus de temps. Lors de la seconde édition, elle corrige le style et renforce ses positions en faveur de l’égalité. Elle envisage un second volume, resté inachevé ; seuls quelques fragments seront publiés après sa mort par son mari William Godwin. Son roman Maria, ou les torts faits à la femme est souvent considéré comme une suite fictionnelle de son œuvre.

À sa parution en 1792, le livre connaît un accueil favorable et un succès rapide, avec plusieurs rééditions et traductions. Il influence des écrivaines contemporaines, bien que certaines critiques conservatrices attaquent davantage la personne de Wollstonecraft que ses idées, tout en partageant parfois ses valeurs morales.

Cependant, après la publication des Mémoires de William Godwin en 1798, révélant des aspects de sa vie privée, sa réputation se dégrade fortement. Elle est alors critiquée et caricaturée, et même ses anciennes alliées prennent leurs distances, malgré une influence persistante sur certaines romancières.

Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que son œuvre est réévaluée. Elle devient progressivement une figure importante pour le mouvement féministe, notamment pour les suffragistes qui la considèrent comme une pionnière. Des penseuses comme Flora Tristan saluent son importance, et son influence perdure jusqu’à aujourd’hui, inspirant encore certaines féministes contemporaines.

 

Lundi 13 Avril
19h
Rencontre autour du livre de Mary Wollstonecraft : Défense des droits de la femme ( 1792)
📍 Le Bayou, 302 Bd de la Pointe Simon FdF
Avec Héloïse Salelles – Culture Egalité