Lennox Honychurch : Redonner aux Kalinagos leur place dans l’histoire

MADININ’ART | HISTOIRE & PATRIMOINE 

Historien, anthropologue, archéologue et écrivain dominiquais, Lennox Honychurch consacre depuis plus d’un demi-siècle son travail à la connaissance et à la transmission de l’histoire caribéenne.

De la résistance des peuples kalinagos aux communautés marronnes, de la restauration des fortifications coloniales à la sauvegarde des traditions populaires, cet intellectuel a contribué à renouveler le regard porté sur les Petites Antilles.

La publication prochaine en français de son ouvrage consacré aux Kalinagos offre une nouvelle occasion de découvrir son œuvre.

Né le 27 décembre 1952 à Portsmouth, dans le nord de la Dominique, État indépendant des Petites Antilles situé entre la Guadeloupe et la Martinique, Lennox Edward Honychurch s’est imposé comme une référence majeure de l’histoire régionale. Diplômé en anthropologie de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, où il a obtenu un doctorat consacré aux échanges culturels entre populations autochtones et sociétés issues de la colonisation, il développe une démarche associant recherches d’archives, enquêtes de terrain, archéologie et traditions orales. Dès 1975, il publie The Dominica Story, une histoire générale de son île devenue un ouvrage de référence. Sa série pédagogique The Caribbean People, publiée à partir de 1979, contribue ensuite à transmettre l’histoire de la région à plusieurs générations d’élèves caribéens.

Les Kalinagos, une histoire de résistance et de continuité

Au cœur de ses recherches figurent les Kalinagos, peuple autochtone des Petites Antilles, longtemps désigné par les Européens sous le terme de « Caraïbes ». Dans Resistance, Refuge, Revival: The Indigenous Kalinagos of Dominica, paru en anglais en 2024 chez Papillote Press, Honychurch retrace plusieurs siècles d’histoire, depuis les sociétés précoloniales jusqu’aux transformations politiques et culturelles contemporaines. Son travail remet en question les récits présentant les populations autochtones comme définitivement disparues après la conquête européenne. À la Dominique, elles ont résisté aux entreprises coloniales, préservé une partie de leurs territoires et maintenu des formes d’organisation et de transmission culturelle. L’historien décrit toutefois une histoire complexe, faite de résistances, de replis, d’adaptations et de recompositions identitaires.

Cette recherche trouve aujourd’hui un nouveau prolongement éditorial. Une édition française, intitulée Grand est le corps de mon île – Résistance, repli, renaissance : les Kalinagos de la Dominique, est annoncée chez Atlantiques déchaînés, avec une parution actuellement prévue le 16 novembre 2026. Ce livre devrait permettre à un public francophone plus large d’accéder à une étude jusqu’ici principalement diffusée en anglais. Son intérêt dépasse largement les frontières dominiquaises : il concerne l’ensemble des sociétés antillaises confrontées aux questions de mémoire autochtone, de transmission et de reconnaissance des héritages précoloniaux.

Des marrons aux fortifications coloniales

Lennox Honychurch s’est également intéressé aux communautés marronnes, formées notamment par des Africains réduits en esclavage ayant fui les plantations. Dans In the Forests of Freedom: The Fighting Maroons of Dominica, publié en 2017, il explore leur organisation, leurs stratégies de résistance et leurs affrontements avec les autorités coloniales. Cette histoire rappelle que les montagnes et les forêts dominiquaises furent aussi des espaces de refuge, d’autonomie et de lutte contre l’ordre esclavagiste. Son engagement patrimonial se manifeste parallèlement dans la restauration de Fort Shirley, ensemble militaire des XVIIIe et XIXe siècles situé dans le parc national des Cabrits, près de Portsmouth. En contribuant à la sauvegarde et à l’interprétation de ce site, Honychurch montre que la conservation des monuments peut devenir un moyen de comprendre les rapports de pouvoir, les conflits et les sociétés qui les ont traversés.

Une mémoire caribéenne à transmettre

Peintre, illustrateur, conférencier et ancien parlementaire dominiquais, Lennox Honychurch ne sépare pas l’histoire savante de sa transmission au grand public. Son travail participe d’une réflexion sur la manière dont les sociétés caribéennes racontent leur passé et construisent leur identité. Récompensé en 2011 par les Anthony N. Sabga Caribbean Awards for Excellence, il incarne une génération d’intellectuels pour lesquels la connaissance historique doit également servir la préservation du patrimoine et l’éducation. Son parcours rappelle une exigence essentielle : l’histoire des Antilles ne saurait se réduire aux seuls récits de leur colonisation. Elle doit aussi restituer les initiatives, les résistances et les créations des peuples qui les ont habitées et continuent de les faire vivre.

Sources et liens utiles

Rodolf ÉTIENNE

Rodolf Étienne est journaliste, auteur, traducteur créole et formateur pour adultes (FPA). Depuis plus de vingt ans, il développe une activité journalistique consacrée aux réalités politiques, sociales, économiques et culturelles de la Martinique, de la Caraïbe, de l'Afrique et de leurs diasporas. Ses travaux s'intéressent particulièrement aux héritages historiques, aux circulations culturelles, aux dynamiques de coopération internationale et aux enjeux contemporains de la transmission des savoirs. Contributeur de Madinin’Art, il privilégie une approche documentaire et comparative, associant investigation, analyse et valorisation des patrimoines. Ses recherches explorent également les transformations liées au numérique, à l'intelligence artificielle, à l'éducation et aux nouvelles formes de création artistique. 

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