Ce mois de mai, 80 jeunes femmes du Lycée Jardin d’essai aux Abymes se sont retrouvées sans leur consentement sur une liste publiée dans les réseaux sociaux, les classant dans des catégories dégradantes avec leurs photos et des commentaires sexistes. Elles ont réagi en manifestant le 6 mai, et l’établissement a porté plainte, excluant les auteurs présumés de cette liste humiliante.
Cet événement témoigne, de façon inquiétante, de la persistance du sexisme et de la progression du masculinisme le plus abject largement propagés sur les réseaux sociaux.
Un an après avoir constaté une forte polarisation de la société sur les questions d’égalité et de sexisme, le dernier rapport du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) sur l’état des lieux du sexisme en France1 attire l’attention sur une dynamique préoccupante : « certaines expressions de sexisme hostile ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais s’inscrivent dans des logiques d’adhésion et de mobilisations idéologiques collectives. Le rapport identifie deux formes de sexismes, le sexisme paternaliste et le sexisme hostile. Le sexisme paternaliste est un sexisme faussement bienveillant du quotidien qui légitime une répartition hiérarchisée des hommes et des femmes. Le sexisme hostile est un sexisme violent, qui se traduit par une hostilité envers les femmes et peut inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes ». Le rapport souligne également que les réseaux sociaux apparaissent comme des espaces de cristallisation et d’amplification des discriminations et des violences faites aux femmes et minorité de genre. Il identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes. En outre, le HCE – première institution publique française à consacrer, dans le cadre de son rapport annuel, une analyse spécifiquement dédiée aux masculinismes – les définit comme relevant d’un système idéologique structuré qui 1 publié en janvier 2026. https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-2026-sur-letat-des-lieux-du-sexisme-en-france-la-menace-masculiniste https://www.info.gouv.fr/actualite/sexisme-en-france-ce-que-revele-le-rapport-2026-du-haut-conseil-a-l-egalite
imprègne désormais les jeunes générations par un bombardement massif de contenus numériques. Le rapport montre un fossé persistant entre les femmes et les hommes, une fracture générationnelle marquée, une conscience féministe renforcée chez les plus jeunes femmes et une menace masculiniste prégnante. Cependant, les adultes ne sont pas épargnés par la diffusion des discours masculinistes.
Ce n’est pas un hasard si les idées masculinistes gagnent du terrain partout dans le monde, avec une survalorisation de la force, du pouvoir au détriment du vivre ensemble, de l’égalité, des droits et même des lois que ce soit dans les cercles publics nationaux et internationaux (voir les comportements des chefs d’État de Russie ou des États Unis) ou dans certains cercles privés. Elles procèdent du patriarcat et du virilisme qui ont relégué les femmes et les enfants mais aussi la communauté LGBTQIA au statut d’êtres faibles et irresponsables. Force est de constater que ces privilèges historiquement construits ont traversé les siècles, résistent aux lois et aux changements de mentalité et s’opposent aux démarches d’émancipation. Ils trouvent un terrain propice sur les réseaux sociaux où des jeunes gens influençables répètent les comportements de certains de leurs proches et des influenceurs.
La Fédération de la Ligue des Droits de l’Homme de Guadeloupe assure de son soutien les jeunes femmes du Lycée Jardin d’essai ainsi, plus largement, que toute personne victime de sexisme hostile, de toutes formes de discrimination et de cyberharcèlement.
Maison de la Citoyenneté, 16 rue du Commandant Mortenol – 97110 Pointe-à-Pitre
