L’œuvre métaphore du désir amoureux

Exposition visible du 16 mai au 25 juillet 2026 du lundi au vendredi de 8h à 18h  | Cabinet médical Étang Z’Abricot, immeuble La Perle au 1er étage

— Par Marie Gauthier —

« La rose n’a pas de pourquoi »
Angelus Silésius (1624-1677),
poète et mystique allemand

D’emblée nous sommes sous le charme de l’œuvre de Moey et il en donne la raison : « parce que l’amour… ». Son thème de prédilection, arboré dans un souci esthétique et joyeux, présente des dessins délicats et multicolores, plus imaginaires que réalistes. Il y déploie, jusqu’à envahir toute la surface, un univers édénique luxuriant, floral décor de contes et merveilles.

L’artiste s’exprime par le dessin automatique qui confère à ses œuvres une liberté enchanteresse. Les motifs végétaux naissent et épanouissent pleinement leur nature, fusionnent parfois en ondulant dans un frémissement continu où l’on devine, dans les entrelacs, une présence animale : oiseaux, félins, flamants roses, poissons tropicaux, etc. Tout ce raffinement nous embarque, ravis malgré nous, dans une jouissance du voir, dans l’apparat d’une parade nuptiale.

À l’image des tapisseries mille-fleurs, ou plus proches de nous celles de Jean Lurçat dans Le Chant du Monde, des fonds sombres portent des graphismes de filaments fluorescents qui percent l’obscur et rappellent la broderie. On reconnaît roses de porcelaine, orchidées, hibiscus, fougères et autres fleurs tropicales. Les transparences et les superpositions induisent des confusions poétiques. D’improbables hybridations s’entremêlent et suivent le sens du vent et des flux marins. Des algues et des lianes s’enroulent dans des agencements parfois denses, révélant dans leurs sinuosités et leurs balancements des animaux cachés. L’animal en place de l’être humain ?

En regardant ces œuvres d’une créativité à la fois douce et exubérante, on pense aux illustrations de Ernst Haeckel dans Formes artistiques de la nature1. Ce philosophe, biologiste et dessinateur allemand, adepte de Darwin, était habité de deux passions, l’une scientifique, l’autre artistique. Il établissait des liens de parenté formelle et structurelle entre les espèces animales et végétales. Ses dessins alliant rigueur scientifique et esthétique impressionnent par la diversité organique de la nature. Moey, libéré par le dessin automatique de l’exactitude de la reproduction et libre de toutes les hybridations de la faune et de la flore, révèle la fécondité naturelle dans son évolution. Les spirales et volutes en nombre supposent un récit en cours, une croissance, un débordement de formes spontanées, un crescendo du désir : l’invention d’un imaginaire baroque. L’énergie créative de l’artiste, son plaisir manifeste à ralentir le temps de réalisation, son œuvre entière enfin est métaphore du désir, l’amour comme source de vie et de création, le dessin au lieu du discours amoureux.

Dans d’autres œuvres, le fond en alucobiné bleuté se fait miroir, renvoie le reflet fugace du spectateur et l’introduit dans la sphère intime de l’artiste. Ainsi présent dans l’œuvre, celui-ci est invité à percevoir le message amoureux.

Dans la quête de sa vraie nature, la passion de Moey pour le végétal l’incite à devenir « un corps fertile… un être-fleur ». De tous les temps, les poètes ont lié la beauté et la fragilité des fleurs aux femmes. Se ressentir fleur, n’est-ce pas accueillir en soi les qualités subtiles du féminin ? Le féminin qui s’éprouve ne serait-il pas une expérience de l’âme, et plus encore un avenir pour notre humanité où masculin et féminin se conjugueraient harmonieusement ?

Par la métaphore formelle et colorée du désir amoureux, Moey, célèbre la source et l’éclosion de l’amour, le raffinement de l’être, l’accomplissement ultime de soi.

L’amour… comme la rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit, écrit le poète mystique allemand Angélus Silésius. À une question inconnue, mais qui nous concerne tous, l’artiste-poète Moey offre une réponse ouverte. Par ses œuvres, il rend visible son interrogation, celle qui précède sa réponse : PARCE QUE L’AMOUR…

Marie GAUTHIER

Agrégée d’arts plastiques

15 mai 2026. ADAGP

1Ernst Haeckel, Formes artistiques de la nature. 1899 (1re édition, Prestel Verlag, Munich, 1898).