L’éphéméride du 16 mai

Début de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne : la circulaire du 16 mai 1966 dénonce tous les « révisionnistes » présents dans la culture, la politique et l’armée en Chine.

La grande révolution culturelle prolétarienne (en chinois : 无产阶级文化大革命, pinyin : wúchǎn jiējí wénhuà dàgémìng), plus couramment la grande révolution culturelle (文化大革命 wénhuà dàgémìng), ou simplement la révolution culturelle (文革 wéngé) (1966-1976), représente l’un des événements marquants de l’histoire de la République populaire de Chine, dont le retentissement international est considérable.

En 1966, Mao Zedong décide de lancer la révolution culturelle afin de consolider son pouvoir en s’appuyant sur la jeunesse du pays. Le dirigeant souhaite purger le Parti communiste chinois (PCC) de ses éléments « révisionnistes » et limiter les pouvoirs de la bureaucratie. Les « gardes rouges », groupes de jeunes Chinois inspirés par les principes du Petit Livre rouge, deviennent le bras actif de cette révolution culturelle. Ils remettent en cause toute hiérarchie, notamment la hiérarchie du PCC alors en poste.

Les intellectuels, de même que les cadres du parti, sont publiquement humiliés, les mandarins et les élites bafoués, les valeurs culturelles chinoises traditionnelles et certaines valeurs occidentales sont dénoncées au nom de la lutte contre les « Quatre Vieilleries ». Le volet « culturel » de cette révolution tient en particulier à éradiquer les valeurs traditionnelles. C’est ainsi que des milliers de sculptures et de temples (bouddhistes pour la plupart) sont détruits. L’expression politique s’est libérée par le canal des « dazibao », affiches placardées par lesquelles s’expriment les jeunes révoltés. Des modérés comme Liu Shaoqi, Zhou Enlai et Deng Xiaoping sont publiquement pris à partie. La période de chaos qui s’ensuit mène la Chine au bord de la guerre civile, avant que la situation ne soit peu à peu reprise en main par l’Armée populaire de libération qui mène une féroce répression contre le mouvement des gardes rouges.

Cette agitation permet à Mao de reprendre le contrôle de l’État et du parti communiste. Très peu de temps après sa mort en septembre 1976, les principaux responsables de ce retentissant chaos, la célèbre bande des Quatre, dont la propre épouse de Mao, Jiang Qing, sont arrêtés, jugés et lourdement condamnés.

Pendant la Révolution culturelle, des dizaines de millions de personnes ont été persécutées, avec un nombre estimé de morts allant de centaines de milliers à 20 millions. À partir de l’Août rouge de Pékin, des massacres ont lieu à plusieurs endroits, notamment le massacre de Guangxi (un cannibalisme massif s’est produit), de Mongolie-Intérieure, de Daoxian et de Shadian. Certains auteurs, comme le sinologue Jean-Luc Domenach, ou l’historien Stéphane Courtois dans l’ouvrage collectif Le Livre noir du communisme, estiment le nombre de morts à plusieurs millions. L’effondrement du barrage de Banqiao, l’une des plus grandes catastrophes technologiques du monde, a également eu lieu pendant la révolution culturelle.

En 1978, Deng Xiaoping est devenu le nouveau chef suprême de la Chine et a progressivement démantelé les politiques maoïstes associées à la révolution culturelle. Deng a commencé une nouvelle phase de la Chine en lançant le programme historique de réformes et d’ouverture. En 1981, le Parti communiste chinois a déclaré que la révolution culturelle était responsable du revers le plus grave et des pertes les plus lourdes subies par le Parti, le pays et le peuple depuis la fondation de la République populaire de Chine…

Lire la suite sur Wikipedia

*****

***

*

Il y a cinquante ans la révolution culturelle…

 Le 16 mai 1966, une directive de Mao accélère la crise qui couvait au sein de la direction du Parti communiste. Le Grand Timonier précipite le pays dans une décennie de chaos.

«Refaire la révolution », « La rébellion est justifiée », « Osez penser, osez agir », « Bombardez le quartier général » ! C’est par de tels slogans séducteurs que Mao Zedong enivre les jeunes instruits chinois corsetés par un système hiérarchique étouffant, la pénurie, le conformisme et provoque leur soulèvement contre l’appareil du Parti communiste. En ce mois de mai 1966, il y a quarante ans, le Grand Timonier lance sa « grande révolution culturelle prolétarienne », un mouvement de masse répressif et réprimé qui déchire la Chine et amène le pays au bord de la guerre civile. Elle allait faire des millions de victimes, pousser la société et l’économie dans le gouffre et laisser ses stigmates sur toute une génération. Le déclencheur en est le 16 mai 1966, une directive de Mao fustigeant « les représentants de la bourgeoisie » ayant infiltré tous les niveaux du Parti communiste. Le prétexte en est une pièce de théâtre écrite par le vice-maire de Pékin, Wu Han, Hai Rui démis de ses fonctions, jugée « déloyale » envers Mao car faisant référence à la destitution de Peng Dehuai en faveur de Lin Piao à la tête de l’armée.

Peng avait ouvertement critiqué le Grand Bond en avant et la personnalisation du pouvoir de Mao. Car les origines de la révolution culturelle s’enracinent dans le constat d’échec du Grand Bond. Deux lignes politiques s’affrontent. Schématiquement on parlera du pragmatisme des uns, dont Deng Xiaoping fut plus tard le fer de lance contre la collectivisation voulue par Mao. Le conflit se noue autour du bilan du Grand Bond. Fortement critiqué dès juillet 1959, Mao quitte son poste de président de la RPC, et le Congrès national populaire élit Liu Shaoqî.

« éducation socialiste »

Restant aux rênes du PCC le Grand Timonier est peu à peu écarté de la gestion des affaires économiques passée sous l’influence dominante de Liu, Deng et de certains autres, qui entament des réformes économiques dites de « réajustement » et rapidement dénoncées comme « révisionnisme » par Mao, un terme qui fait écho à la détérioration radicale des relations avec l’Union soviétique. En septembre 1962, il passe à l’offensive pour reconquérir son pouvoir et son intervention au comité central se résume en une phrase célèbre : « Camarades, n’oubliez pas la lutte des classes », un concept qui selon lui trouve aussi son expression au sein du Parti.

D’un mouvement d’« éducation socialiste » pour les campagnes (1963) à peine remises du Grand Bond, à la publication du Petit Livre rouge (1964) en passant par l’abolition des grades dans l’armée (1965) ou par une radicalisation de la culture inspirée par sa femme Jiang Qing, tous les fronts sont utilisés par Mao qui, retiré à Shanghai, s’entoure de nouveaux « conseillers », issus d’une pseudo-intelligentsia gauchiste, et dont le noyau dur formera « la bande des quatre ».

La purge contre ceux accusés d’emprunter « la voie capitaliste » se transforme très vite en une déferlante de persécutions et de délations. Les gardes rouges, battent les chemins. Ils détruisent des temples, des instruments de musique, des antiquités… La plupart des Chinois jugés contre-révolutionnaires sont exécutés en public à titre d’exemple ou exilés dans les campagnes pour y être rééduqués par le travail manuel.

La phase insurrectionnelle de la révolution culturelle se termine en avril 1969 avec le 9e Congrès du PCC. En prônant la poursuite de la révolution culturelle, Mao impose alors ses théories d’une révolution idéologique permanente au détriment de la production. Les luttes de pouvoir et les purges continueront jusqu’à la fin officielle de la révolution culturelle en 1976. Mao meurt en septembre. En octobre, son successeur, Hua Guofeng, ordonne l’arrestation de la bande des quatre, bientôt tenus pour principaux responsables de la décennie de terreur. Quatre décennies plus tard et malgré une littérature abondante dite des « cicatrices » sur les évènements, les zones d’ombre demeurent et les débats ne sont pas clos. À peine ont-ils été ouverts. Deng Xiaoping, revenu aux commandes du Parti en 1978, boucle la période maoïste en proclamant que ce qu’avait fait le Grand Timonier contenait 70 % d’éléments positifs et 30 % de négatifs. Cette manière de trancher pour l’histoire la condamnation de la révolution culturelle ne satisfait pas de nombreux membres de cette « génération perdue » que furent les jeunes instruits de 1966. Parmi eux, Xu Youxu, ex-garde rouge devenu professeur de philosophie, membre de l’Académie sociale de Chine et pour lequel « La révolution culturelle a causé des blessures internes invisibles et irréparables dans les esprits des gens. » Xu ne veut laisser à la révolution culturelle aucun pouvoir de séduction. À ses yeux, les zones d’ombre laissant entière la complexité des évènements expliquent pourquoi certains Chinois, mécontents des réformes économiques lancées et de l’accroissement des inégalités, ont tendance à idéaliser ce passé sombre.

Documents secrets « Pour bien comprendre le phénomène, il faudrait un important travail collectif s’appuyant sur les documents, y compris les documents secrets du Parti, et sur de vastes enquêtes d’histoire orale », avance pour sa part le sinologue Michel Bonin (auteur douvrage, Une génération perdue). « Mais ce travail est impossible à réaliser tant que les autorités s’y opposent, tentant de préserver une image positive de Mao. »