Nan Goldin : This will not end well

— Par Dominique Daeschler —

Présentées au Grand Palais et à la chapelle St Louis de la Salpêtrière, dans des modules conçus par Hala Wardé, six oeuvres rassemblant vidéo et diaporamas, racontent cinquante ans de création de Nan Goldin. Un tout raconté en récits saccadés ce que permet la diapo, jouant de la photo comme autant de plans fixes auxquels on associerait le rythme des battements de cœur, le montage libérant la pensée. Fan de cinéma dès l’adolescence, Nan Goldin plonge dans sa vie pour nourrir son art. Au cours de ses études à l’école des Beaux-Arts de Boston, elle documente la vie qu’elle mène dans une communauté de drag-queens qui traîne autour d’un bar appelé The Other Side (première exposition de ces images à Cambridge). Présenté dans l’exposition comme une ouverture au monde de Goldin, il frappe par ces portraits à cru qui donnent leurs visages comme des livres ouverts A Londres, elle photographie skinheads et premiers punks.

Suivra le premier grand diaporama, The Ballad of Sexual Dependency, travail qui s’étend sur 41 ans, où on entre dans l’intimité de Goldin : l’amour est là, la dépendance, la recherche d’identité, la perte, la fuite. Ces thèmes récurrents sont balancés avec violence, les diapos dans leur fixité créent un rapport étrange avec le « lecteur-spectateur », se sur-imprimant dans son cerveau. C’est The Ballad qui apportera une reconnaissance plus institutionnelle à Nan Goldin (Whitney Museum of American Art à New York, Rencontres d’Arles).

Memory Lost, consacré aux drogues et aux sevrages mélange photos et vidéos. Les images sont volontairement floues. Nan Goldin parle même de photos abîmées qui correspondent aux disparus proches de l’artiste suite au sida ou à une overdose. Des entretiens audio avec des ami.e.s, un médecin soulignent le grand désarroi de cette « mémoire » perdu et le travail sociologique que fait Goldin avec son matériau photo-diapo.

Sirens qui utilise des images qui ne sont pas celles de la photographe et un montage d’extraits de films, fait référence à la mythologie grecque. Les sirènes envoûtaient les marins, les entraînant comme la drogue vers un autre état de conscience. Sans doute, l’oeuvre la plus ludique par la confrontation des plaisirs et le recours à d’autres sources, réussissant à être à la fois grave et légère.

Stendhal Syndrome, diaporama le plus récent est plein d’humour mettant en scène des personnes proches de l’artiste et des images de chefs-d’œuvre de l’art. Nan Goldin qui a su nous rendre voyeur de son intimité va au bout de sa construction du sens du regard : Comme Stendhal elle est sensible au choc, au plaisir qui peut nous bouleverser en regardant une toile, une sculpture…Ce n’est pas innocent si comme Goldin, nous y faisons entrer nos univers, nos connaissances et reconstruisons autre chose par l’imagination, cela s’appelle l’appropriation et c’est un pas vers la connaissance de soi et de l’autre sur fond d’un voyage à travers les métamorphoses d’Ovide.

Il faudrait aussi évoquer Sisters, Saints, Sibyls oeuvre située à la Salpêtrière

Les musiques dans tous ces diaporamas sont omniprésentes : compositions de Soundwalk Collective, de Mica, Levi, d’Arvo Pärt, chansons d’Aznavour, Faithfull, Kelly, Lee, Nomi. Les bandes sons ont évolué au cours du temps, on peut y reconnaître Des morceaux des Velvet Underground, de Yoko Ono, Red, Rivero.

Jusqu’au 21 juin Grand Palais Paris