Déserts médicaux et pénuries : l’accès aux soins continue de se détériorer en France

— Par Sarha Fauré —

L’accès aux soins en France se fragilise encore. C’est le constat dressé par le dernier baromètre des droits des personnes malades publié le 15 avril par France Assos Santé. L’étude met en lumière une dégradation persistante des conditions d’accès au système de santé, malgré une perception globalement positive de la qualité des soins.

Une information en progrès, mais des inégalités persistantes

Les Français se sentent majoritairement bien informés en matière de santé. Près de neuf personnes sur dix estiment connaître leur état de santé, les traitements associés et les comportements à adopter pour rester en bonne santé. Cette tendance s’accompagne d’une montée en puissance des outils numériques, notamment via le dispositif Mon Espace Santé, dont l’usage progresse régulièrement.

Cependant, certaines zones d’ombre persistent. Les démarches à suivre en cas de problème grave lié aux soins ou l’accès au dossier médical restent encore mal compris par une partie de la population.

Une satisfaction globale… freinée par l’accès aux soins

Si la relation avec les professionnels de santé demeure largement plébiscitée — avec plus de 90 % de satisfaction — l’accès concret aux soins constitue le principal point noir. Plus d’un tiers des Français déclarent rencontrer des difficultés pour obtenir un rendez-vous, une situation qui ne s’améliore pas depuis plusieurs années.

Les pénuries de médicaments continuent également d’affecter le quotidien des patients. Près de quatre Français sur dix disent y avoir déjà été confrontés. Les personnes atteintes d’une affection de longue durée (ALD) et les femmes sont particulièrement touchées. Fait préoccupant : dans plus d’un tiers des cas, aucune alternative thérapeutique n’est proposée.

Une connaissance des droits en recul

Autre signal d’alerte : la connaissance des droits des patients diminue. En moyenne, les Français maîtrisent un peu plus de huit droits sur treize, un chiffre en baisse par rapport à l’année précédente. Certains droits fondamentaux — comme l’accès égal aux soins, le respect du secret médical ou encore la possibilité de refuser un traitement — sont moins bien identifiés.

Cette méconnaissance touche davantage certains publics, notamment les personnes en recherche d’emploi et les hommes. À l’inverse, les seniors apparaissent globalement mieux informés sur les questions liées à la fin de vie.

Une représentation des usagers encore trop méconnue

La possibilité d’être accompagné ou représenté dans le système de santé reste largement ignorée. Seul un tiers des Français sait qu’il existe des représentants des usagers dans les établissements de santé ou auprès de l’Assurance maladie. Les dispositifs institutionnels, comme les commissions dédiées, demeurent peu identifiés, en particulier chez les plus jeunes.

Des droits jugés globalement respectés

Lorsqu’ils sont connus, les droits des patients sont toutefois perçus comme bien appliqués. Le respect du secret médical, l’accès aux soins ou encore la prise en charge de la douleur recueillent une large adhésion. En revanche, les mécanismes d’indemnisation en cas d’erreur médicale ou les dispositifs liés à la fin de vie suscitent davantage de critiques.

Fin de vie : une information encore insuffisante

Malgré les débats publics sur la fin de vie, les droits associés restent mal connus. Si six Français sur dix ont entendu parler des soins palliatifs, moins de la moitié connaissent la sédation profonde et continue jusqu’au décès. Un tiers de la population n’a même connaissance d’aucun de ces dispositifs.

Des obstacles persistants au crédit pour raisons de santé

Enfin, l’étude souligne que l’état de santé continue d’être un frein pour accéder au crédit immobilier. Un Français sur cinq déclare avoir déjà rencontré des difficultés pour cette raison, un chiffre plus élevé chez les personnes atteintes d’ALD. La méconnaissance des dispositifs d’aide, comme la convention AERAS, reste très importante.

 

Une alerte sur l’avenir du système de santé

Créée en 2017 dans la continuité de plus de vingt ans de mobilisation associative, France Assos Santé se donne pour mission de porter la voix des usagers du système de santé. Ce nouveau baromètre confirme une tendance préoccupante : si la qualité des soins reste reconnue, leur accessibilité devient un défi majeur.

Entre déserts médicaux, pénuries et complexité des parcours, le système de santé français fait face à une pression croissante. Un enjeu central pour les années à venir, à l’heure où les attentes des patients n’ont jamais été aussi fortes.