Sons d’hiver, bouillonnements et questionnements

roscoe_mitchellAvec l’ébouriffant Roscoe Mitchell ou le son mortel de Death, avec le guitar hero James Blood Ulmer, le soulman Cody Chesnutt ou la rappeuse Invincible, l’acte artistique rejoint la geste politique.

Qu’est-ce que la musique ? Aux antipodes de l’objet de consommation, séduisant comme un fruit dopé aux pesticides, que fabrique l’industrie, Sons d’hiver nous apporte chaque année des éléments de réponse, des pistes à explorer ensemble. « La musique interpelle le politique dans ses bouillonnements brûlants et dérangeants comme la subjectivité individuelle la plus profonde », souligne Fabien Barontini, ­directeur du festival. Ce n’est pas un hasard si les artistes qu’il invite, en synergie avec les villes partenaires et le conseil général du Val-de-Marne, sont compositeurs – ou, en définitive, « décompositeurs », par leur volonté de disséquer pour reconstruire. Avec eux, la musique est bien plus qu’une affaire de sons : une question de sens.

Bernard Lubat, qui a inauguré la 23e édition, jeudi, lors d’un exceptionnel duo avec Martial Solal, illustre pleinement semblable quête. À l’instar des artistes conviés par le festival, il a, au fil du temps, édifié une vraie carrière : nous n’évoquons pas, ici, la signification triviale du terme, mais cet enfoncement, ce lieu intime, dont il extrait infatigablement les matériaux de son inventivité et de sa révolte conjuguées. « L’improvisation est un défi lancé aux certitudes, à l’organisation du monde qu’on voudrait nous imposer », nous confiait un jour le saxophoniste et flûtiste Roscoe Mitchell (du label RogueArt), attendu à l’auditorium Jean-Pierre-­Miquel de Vincennes (le 24).

Faire confiance à l’intelligence du public

La force de Sons d’hiver est d’inscrire ses collaborations dans la durée, en faisant confiance à l’intelligence du public. Le festival a formé et fidélisé un public de talent. Malgré la froidure, les mélomanes, y compris ceux venant d’une banlieue autre ou de ­Paris, honorent les propositions, pointues, exigeantes, qui leur sont adressées. Après la prestation à guichets fermés de Solal et Lubat, la soirée ­recevant la flûtiste Naïssam Jalal (& Rhythms of Resistance) et le Dhafer Youssef Symphonic Orchestra (12 février, Théâtre de Rungis) voit abonder les réservations….

Fara C.
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