« Maloya » : un superbe road movie identitaire

Maloya
de Sergio Grondin, Kwalud & David Gauchard

Troujours dans la veine inépuisable du théâtre documentaire, en provenance de La Réunion, la Compagnie Karanbolaz de Sergio Grondin offre au public avignonais un petit bijou : Maloya. Le cadre est fixé dès la scène d’exposition. « Il y a deux ans à la naissance de mon fils […] Sael, un prénom hébraïque que veut dire conciliant […] je lui ai dit Bienvenue Saël, ta maman et moi on est heureux de te voir. […] Je n’ai pas tout de suite réalisé que je lui avais parlé en français.3 Alors qu’il parle créole quotidiennement à avec sa famille le «  voilà incapable de parler créole, comme si la naissance de son fils était venue annoncer la mort de (sa) langue maternelle. ». L’’enfant serait-il la mort des parents ?

Un trouble inexorable s’installe. Le défenseur de la créolité, élément fondamental de son identité, est submergé par un flot d’interrogations qui la questionnent. Le trouble est d’autant plus grand que Sergio Grondin partage la position glissantienne de la mondialité, inverse de la mondialisation qui met en évidence la relation et la diversité des cultures. Cette adresse en français de quoi est-elle le signe ? De quelle trahison est-elle porteuse ? De quelle menace d’uniformisation, de standardisation, de normalisation est-elle l’annonciatrice ?

Sergio Grondin va herser le champ mille fois labourer de la recherche des identités plurielles. La longue énumération des noms et prénoms soulignera la multiplicité des origines, leurs croisements et les fécondités gigognes dont elles sont issues. Il n’est de langue vivante que langue en devenir, en croisement, en gestation permanente par l’usage qui résulte de sa pratique dans l’immédiateté des faits et des évènements qu’elle tente de cerner sans pouvoir ni vouloir les enfermer. Prénoms sur cartons dessinent au sol une toponymie réunionnaise marquée d’un impossible enferment autour d’un drapeau, d’un état. Richesse d’un éclectisme autour d’une langue commune qui se présente comme le premier élément tangible d’un communauté.

Sergio Grondin par une présence sur scène d’une rare intensité donne vie à la multiplicité des origines et des échanges qu’elles entretiennent. Bouleversant d’authenticité il bouscule et touche au plus profond un public qui s’en va le coeur au bord des lèvres.

R.S.