« Le corps en obstacle » ou les affres de la croissance pour une PME ?

« Le corps en obstacle », de Gaëtan Peau m.e.s. de David Seigneur
Interprètes : Greg Germain, David Seigneur, Stéphane Brel, Sumaya Al-Attia et Ndofusu Josué

La demande est croissante. Dans la logique binaire du marché l’offre doit s’addapter. Demande de gardiennage, de « sécurité ». Pas sûr pour autant que la présence d’uniformes rassure. Dans le corps en obstacle la PME familiale est confrontée à une croissance, dont on pourrait croire a priori qu’elle est bienvenue alors qu’en réalité elle va induire des transformations de la structure, un changement de comportement, l’acceptation d’un autre mode de gestion. Pole Emploi ne peut répondre aux nouveaux besoins ded’oeuvre. Les candidats qui se présentent sont inadaptés. Que faire ? Embaucher des sans-papiers comme le conseille l’avocate fiscaliste, rôle très bien tenu par Sumaya Al-Attia, dans une logique purement utilitariste qui « a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. » . Clandestins ils seront corvéables à merci pour un salaire de misère. Le réfugié, l’immigré, le clandestin n’est pas l’illettré des poncifs balancés à la tête du pékin pour l’empêcher de penser. L’un d’entre eux est diplômé de enseignement supérieur, l’autre porteur d’un projet de vie marqué d’un vif désir d’ascension sociale. Il y aussi dans la PME un ex-délinquant dont le casier judiciaire interdit l’emploi officiel et un fils du patron qui claque l’agent du père dans la conduite automobile, présence d’une absence qui fait retour. La vie privée ( de quoi?) qui parasite la vie de l’entreprise.
La difficulté de scénario se retrouve dans cet entrecroisement d’histoires singulières qui parviennent difficilement à faire histoire commune. Le nouage n’opère pas vraiment tout comme la dialectique supposée entre demande symbolisée de liberté et besoin infra-langagier de sécurité. Le récit constitué de ruptures reste une mosaïque éclatée, un puzzle en cours d’élaboration mais jamais terminé.

R.S.