Non ce n’est pas à Gibraltar
Il y a des gens vraiment bizarres
Qui détruisent les oeuvres d’art
Sous prétexte qu’ils en ont marre
Michel Herland
Série Quatrains
Non ce n’est pas à Gibraltar
Il y a des gens vraiment bizarres
Qui détruisent les oeuvres d’art
Sous prétexte qu’ils en ont marre
Michel Herland
Série Quatrains
— Par Daniel M. Berté —
Man ka kriyé
Adan kabech-sisi mwen
Ek épi djel kalé mwen, man ka kriyé
Man ka kriyé ba tousa lapawol-yo kadnasé
Ay ! Way ! Wayayay ! Anmwé ! Wélélé !
Adan kabech-zandji mwen
Ek épi djel krazé mwen, man ka kriyé
Man ka kriyé ba tousa YO maré andidan kal bato
Ek fè-yo travèsé gran loséan blé-a
Adan kabech-kolibri mwen
Ek épi djel pété mwen, man ka kriyé
Man ka kriyé ba tousa négriyé fouté an dlo
Ek néyé san kwa senmitjè Latlantik
Adan kabech-zandoli mwen
Ek épi djel mitilé mwen, man ka kriyé
Man ka kriyé ba manman ek sésé
Maren- YO anviolé pou té sa pran pyé-YO
Adan kabech-zòfi mwen
Ek épi djel brilé mwen, man ka kriyé
Man ka kriyé ba tousa YO vann akondi bet
Ek fòsé-yo travay pou ayen san manman
— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —
Chère Michèle,
À plusieurs reprises –et avec grand plaisir–, j’ai lu ton magnifique poème intitulé « L’histoire a faussé les comptes ». En décours de lecture, je me suis laissé habiter par le tumulte qui, vêtu du souffle salin des marées insulaires, affleure d’une poésie cousue de lumière.
Je te le dis sans hésiter et en toute clarté : la poésie de Michèle Voltaire Marcelin est une parole de haute voilure. Elle nous est confiée sur les cimes et dans les plissures de la déclamation de la langue-étendard, de la langue-manifeste au sens où l’entendaient les poètes surréalistes nourris du petit-lait de la révolte. Parole de haute voilure, la poésie qu’elle nous tend et des mains et du cœur porte en ses fulgurances des tracées luminaires, l’art de tisser le dire poétique lui-même. Poésie de haute couture également, elle a de surcroît l’élégance d’arpenter les cicatrices mutiques de l’Histoire et du Temps, dans la conjugaison ailée du Temps-passé, du Temps présent et du Temps-qui-vient. Car en ses errements têtus « L’histoire a faussé les comptes »…
Et voici que le poème « L’histoire a faussé les comptes » entre en résonance avec « Bouche de clarté », le visionnaire poème de René Depestre : « Ma bouche folle de systèmes / folle d’aventures / place des balises / aux virages les plus dangereux ».
« Comme, Like, Menm jan »
Comme un arc-en-ciel qui montre l’harmonie des couleurs
Comme la rose qui définit la délicatesse de la vraie beauté
Comme le nouveau né qui ne peut cacher sa vulnérabilité
Comme ce triste monde que nous partageons serait meilleur
Like the rainbow showing the harmony of all the colors
Like the rose defining the delicate nature of true beauty
Like the new born who is unable to hide its vulnerability
Like this sad world that we share would have been better
Menm jan ak lakansyèl ka pe montre amoni tout koulè-l yo
Menm jan ak roz lan ki defini elegans ki nan vré bote-a
Menm jan ak ti bebe-a ki pa ka kache vilnerabilite li-an
Menm jan ak tè chagren ke na pe pataje a ta ka miyò
JB
« Indulgence envers vos dirigeants »
Ne blâmez pas et ne dérangez pas
Soyez tolérant envers ces malfrats
Pour tromper deviennent candidats
Pour nous opprimer durant le mandat
N’accusez pas surtout ne rejetez pas
Soyez généreux envers tout ces fatras
Qui ne sont que de grands hors-la-loi
Dévalorisant tous crédules électorats
Une marche forcée contre le sens de l’Histoire
— Par Yves Untel Pastel —
Le débat qui s’est cristallisé autour des statues glorifiant la France conquérante aux Antilles Françaises n’est pas une simple controverse historique, mais une question fondamentale de dignité humaine et de justice mémorielle. Ces monuments, érigés à la gloire d’un passé colonial et esclavagiste, constituent une insulte flagrante et intolérable à la population antillaise. L’acte de les déboulonner, loin d’être un vandalisme, s’inscrit dans un mouvement global de dignité, que l’institution judiciaire peine à reconnaître.
I. Le Cynisme de l’Emblème Paternaliste
Comment concevoir l’audace de brandir un emblème prétendument libérateur ou civilisateur à la face d’un peuple que la puissance érigée a elle-même déporté, asservi et exploité ? Ce geste est d’un cynisme insupportable. Les statues représentant des figures de l’administration coloniale, ou des allégories de la « France conquérante », sont des affirmations de la légitimité d’une domination passée, minimisant l’infamie de l’esclavage.
Les Antilles sont littéralement une terre-cimetière, où le sol porte les stigmates des âmes broyées par le système esclavagiste. Positionner de tels monuments sur les carrefours, c’est profaner l’espace civique et imposer une négation quotidienne du traumatisme historique.
— Par Patrick Mathelié-Guinlet —
Errance au pays des âmes bleues
À la poursuite d’un mirage impalpable
dans l’âpre solitude d’un affectif désert,
en vaine quête de la femme idéale,
d’une sirène dans cette mer de sable,
poussé à ce voyage fatal,
avec toute la force d’un instinct animal,
par la terrible soif d’amour d’un cœur desséché,
brûlé au feu destructeur des passions passées…
Homme bleu de trop de bleus à l’âme
infligés par le désamour des femmes,
les yeux secs car n’ayant plus de larmes,
le cœur sec d’avoir tellement aimé,
bouche sèche d’avoir trop dit “je t’aime”,
laboureur stérile sans récolter ce qu’il sème,
condamné à l’errance perpétuelle
de ces aigles dépourvus d’elles…
Éclats de vers…
Épars éclats de vers,
miroir brisé de l’âme,
puzzle de l’image à l’envers
du visage jadis aimé d’une femme
— Par Gary Klang —
O énigme du mal
Jamais ne comprendrai ce qui t’anime
Ceux qui traînent après eux un long voile de ténèbres
A l’instar de celui qui jura de soigner
Mais s’efforça d’éteindre les étoiles
En jetant sur le monde l’ombre d’une nuit sans fin
Jamais ne comprendrai le mal
Cet enfant ligoté et noyé
Mort
Les yeux ouverts
Par désir de faire mal
Jamais je n’oublierai non plus ceux qui périrent
Dans les îles caraïbes
Et dans les champs de canne
Arrachés à leur terre pour cultiver la terre des autres
Sans jamais plus revoir la terre de leur enfance
Un roi
Fils du Soleil
Que l’on disait civilisé
Conçut l’ouvrage qu’on appela le Code noir
Qui faisait de l’esclave un meuble
Tout simplement
Jamais ô non jamais
Vous dis-je
Ne comprendrai l’attrait de la souffrance
GARY KLANG
— Par Patrick Mathelié-Guinlet —
Le poids du passé
Dans une antique armoire
tout au fond d’un tiroir,
au dos d’un vieux miroir,
au creux de ma mémoire
j’ai trouvé par hasard…
…un bouquet de fleurs sèches,
un ruban de velours
qu’on avait noué autour
des cheveux d’une mèche
et la photo jaunie
d’une petite amie,
quelques lettres d’amour
qu’elle avait dû m’écrire,
de vagues souvenirs,
témoins de mon passé
que j’avais oubliés…
Ce parfum d’éphémère
et de temps qui s’enfuit,
dans ces choses vieillies
couvertes de poussière,
m’emplit de nostalgie…
Et je me suis juré
de ne plus entasser
jamais dans un grenier
des objets alourdis
par le poids des années…
— Par Daniel M. Berté —
Man ka lévé
Ou za ba-mwen bon kalot
Fè tet-mwen tounen douvan-dèyè
Konsi larivyè Lakapot
Ka monté Mòn Balé an awryè
Ou za fouté-men bel gojet
Fè-mwen tonbé anlè bonda
Ek trapé an kalté falfret
Ki kité-mwen an dézawa
Ou za ba-mwen met kakan
Fè-mwen makaté djòlanba
Epi pèdi tout balan
Ek vini kon an ababa
Magré tousa
Man…
Ou za ba-mwen palaviré
Bat-mwen kondi an vié lanbi
Epi fè-mwen kriyé anmwé
Ek fè-mwen rété bigidi
Ou za ba-mwen model kout-pié
Fè-mwen drivé anlè do
Epi pété bò lé dé zié
Ek osi kasé yonndé zo
Ou za fouté-mwen bon kout-tjok
Fè-mwen maté adan dalo
Mantjé fè-mwen vini enpiok
Epi rann-mwen kon an zéro
— Par Gary Klang —
J’aurai beau dire
Beau faire
Plus rien ne sera comme avant
Les grillons se sont tus
Les lucioles n’éclairent plus
Et les feux sont éteints
Le monde
Parfois si beau
N’est plus ce qu’il était
Et la mer rejette sur la plage le corps des poissons morts
Où sont passés les ciels de mon enfance
Les réunions d’amis laissant le temps au temps
Mais le monde n’est plus ce qu’il était
Les hommes en noir avec des lunettes noires
Ont fait place à tous ceux
Qui comme eux
Préfèrent le bruit des balles et des fusils
Le cri des hommes agonisant
Les corps d’enfants
Qui devraient rire et jouer
Au lieu de dormir à tout jamais
Allongés sur la terre d’un pays disparu
Devenu tas de cendres
O Dieu
Reverrai-je
Dis-le-moi
Le temps d’avant
Celui du pur bonheur
Le temps où on laissait le temps au temps
GARY KLANG

Education, Formation, Instruction
Un peuple peut-il s’épanouir sans identité avec l’exogénisme
Une nation peut-elle prospérer dans l’ignorance populisme
Une élite peut-elle être responsable du devoir avec racisme
Comment expliquer une nation et la perte de son patriotisme
Que dire de l’incompétence de tous nos dirigeants immoraux
Pourquoi la corruption crapuleuse qui tue à tout les niveaux
Comment détruire une mentalité en servitude aux coloniaux
Peut-il y avoir une renaissance des bénéfices commerciaux
L’être humain peut toujours s’améliorer pour la progression
L’Elite sociale peut bien amender pour développer la nation
L’hypocrisie peut se transformé par l’altruisme de la religion
La moralité peut optimiser le défi de supprimer la corruption
Jean-Bernard Bayard
Monde Parallèle
Dans un univers parallèle les rôles sont alors renversés
— Par Jean-Bernard Bayard —
Aimer C’est Quoi?
Aimer c’est donner, c’est sacrifier, c’est offrir, c’est comprendre
Quand on aime on est à la fois invincible, vulnérable, et tendre
C’est une sensibilité réciproque, participative, qu’il faut attendre
Unique ou collectif, il s’approfondi quand on peut en dépendre
L’amour est profond et durable qui surmonte les vaines zizanies
La luxure est superficielle et éphémère qui s’effondre avec ennui
L’amitié réside dans l’amour qui offre une réciprocité qui grandit
L’égoïsme est dans la luxure qui offre une émotion vite accalmie
Entre deux individus ou une collectivité il faut être responsable
Dans les moments difficiles il demeure ce sentiment inébranlable
Toutes crises sont surmontés par la grande volonté incontestable
L’ultime gratification d’aimer c’est une vie d’harmonie redevable
Jean-Bernard Bayard
Première Nation Nègre Du Nouveau Monde
— Par Jean-Bernard Bayard
La collectivité d’hommes et de femmes de renommée mythique
— Par Daniel M. Berté —
Nou za pran trop fè
Kò nou ka chayé fè
Tankou yon pyes anba présyon
Fok sòti anba fè
Pa janm pè pété chenn an fè
Fok pran koutla an fè
Fok pran nenpot koko-fè
Annou fè
Pou nou fè sa nou sa fè
Pou nou fè sa nou pou fè
Zel nou pa fet pou chenn
Nou fet pou volé lwen
Soley cho ka tann nou dèyè montay
Fok sòti anba fè
Pa janm pè pété chenn an fè
Fok pran koutla an fè
Fok pran nenpot koko-fè
Annou fè
Pou nou fè sa nou sa fè
Pou nou fè sa nou pou fè
Daniel M. Berté 31025
— Par Patrick Mathelié-Guinlet —
Migrant Amour
Dis-moi : où est passé l’amour ?
A-t-il déserté nos contrées pour toujours ?
Serait-il un oiseau migrateur
en quête d’un peu plus de chaleur ?
Est-il parti pour très longtemps
ou reviendra-t-il au printemps ?
Depuis qu’il s’est envolé à tire-d’aile,
ici, c’est l’hiver émotionnel
qui vous glace le cœur,
vous emplit de rancœur
et noie dans la tristesse…
Il faut que cela cesse !
Et que, pareil à l’hirondelle,
messagère joyeuse et belle,
au plus vite l’amour revienne
se nicher dans nos âmes en peine…
Une vie gâchée !
Violée dans son enfance,
elle a perdu confiance,
murée dans le silence
que cause la souffrance…
Petit oiseau blessé,
de trop lourdes séquelles
l’ont alors empêchée
de déployer ses ailes
pour au loin s’envoler…
— Par Jean-Bernard Bayard —
Ayiti Boyo Kiskeya
Baignée dans la Mer des Caraïbes il y avait une Île
Cette Île était partagée en cinq Caciquats fertiles
Siboneys Arawaks Taïnos Caraïbes y furent puérils
Et firent leur domaine abondant et aussi tranquille
Un jour trois caravelles y vinrent au Nord-Ouest
Les autochtones cachés observèrent ces funestes
Quel sort sur cette terre et ce peuple se manifeste
Leur apparition était pire que la foudre et la peste
Dix ans de génocide des natifs créa le marronnage
Nègres de l’Afrique y furent déportés en esclavage
De 1503 à 1803 l’Occident en fit un vil néttoyage
1804 mis fin à cette colonisation et à son carnage
Jean-Bernard Bayard
— Par Gary Klang —
Mon île à tête d’histoire ancienne
Et de misère
Pirogue échouée fuyant la mer
Mon rêve noyé
Dans la mer morte de la douleur
Je ne vois rien qu’un long malaise
Le frère ne connaît pas le frère
L’ami qu’on ne reconnaît plus
Mon chant dira
Les détritus
La crasse
Et l’abandon
Qui me dira le sens de la débâcle
Gary Klang
illustration d’après le tableau Capois La Mort, s.d. Obin, Seneque (haïtien, 1893 – 1977)
*****
***
*
François Cappouet ou François Cappoix (surnommé Capois-La-Mort), né en 1766 à Delaunay (Glon-nen) 1re section communale de Chansolme, Arrondissement de Port-de-Paix, assassiné le 19 octobre 1806 sous l’ordre de Henri Christophe près de Limonade, est un officier de l’armée indigène d’Haïti lors de la Révolution haïtienne et vainqueur de la Bataille de Vertières.
Biographie
Fils d’esclave devenu insurgé
Il était fils d’esclave vivant dans le domaine de riches planteurs français dont le nom « Cappouet » devint Capoix pour sa famille par déformation linguistique.
— Par Patrick Mathelié-Guinlet —
Pourquoi ?
Pourquoi faut-il que l’on s’escrime
à survivre dans ce monde en dérade ?
Pourquoi y a-t-il tant de crimes
auxquels on n’a pas trouvé de parade
contre la Nature et la beauté
de son infinie diversité ?
Pourquoi l’homme veut-il tout dominer ?
De l’Éden, il s’est lui-même chassé !
Pourquoi l’appât du gain a-t-il tué
intelligence et curiosité ?
Pourquoi l’amour fut remplacé
par haine, guerre et oppression ?
Pourquoi subir tant de pression ?
Et pourquoi faut-il que je sois né
au pire moment de cette histoire
où s’est envolé même l’espoir
de la foutue boîte de Pandore ?
Combien ?
Combien d’inspirations d’une muse volage,
de mots mis en poèmes avant le grand voyage
et de respirations avant expiration ?
Combien de temps encore avant que l’horizon
de la vie ne soit plus qu’un vacillant mirage ?
— Par Jean-Bernard Bayard —
« Illuminer »
Le ciel vermeil saluait le coucher du soleil
Les astres de la nuit offraient une merveille
La douceur de la brise caressait le sommeil
Le repos nous donnera-t-il un vrai conseil
La douleur façonne le caractère humain
Cette misère assomme nos lendemains
L’injustice consomme notre beau destin
La corruption sonne le glas de notre fin
Aurons-nous jamais la nouvelle ouverture
Chevaucherons nous une belle monture
Arriverons nous à faire une entente sûre
Pourrons nous bien guérir nos blessures
Jean-Bernard Bayard
« Elucider »
Notre société d’aujourd’hui est en crise
Notre sale corruption l’a en son emprise
Toutes magouilles en font une entreprise
Que peut-on faire pour détruire la prise
La planète entière souffre de la violence
Notre humanité est ainsi en décadence
Tous les peuples souffrent de l’errance
Pourquoi toute cette vile malveillance
Les dirigeants semblent incompétents
Et agissent vainement d’un air arrogant
Causent conflits et génocides flagrants
Comment expliquer l’impunité saillant
Jean-Bernard Bayard
— Par Gary Klang —
Comme tous les enfants du monde
Insouciants et rieurs
Perdus dans l’océan des rêves
Les enfants de Gaza aimeraient bien jouer
Les pieds couverts de sable
Et la tête dans les étoiles
Mais comment jouer me direz-vous
Lorsque l’avenir se confond avec un éternel présent de décombres et de morts
Les enfants de Gaza n’écouteront plus le chant joyeux des tourterelles
Remplacé par le bruit des obus et des chars
Le sifflement des balles
Alors
Au lieu de jouer
Comme tous les enfants du monde
Les enfants de Gaza pleurent amèrement leurs morts et leurs blessés
Le cœur plein de tristesse et d’incompréhension
Ils se demandent
Qu’avons-nous fait pour mériter tant de violence et tant de haine
Pourtant
Ils accueilleraient bien volontiers ces hommes en jaune
Les bras ouverts
Le cœur offert
Et jouiraient avec eux de la splendeur du monde
Un spectacle littéraire, musical et chorégraphique conçu par JoeyStarr et David Bobée
Black Label, c’est la rencontre puissante entre l’énergie brute de JoeyStarr, rappeur et comédien, et l’univers engagé du metteur en scène David Bobée. Ensemble, ils signent un spectacle à la croisée des arts et des luttes, mêlant poésie antiraciste, musique, danse et performance visuelle.
Inspiré du poème Black-Label de Léon-Gontran Damas, figure majeure du mouvement de la négritude, le spectacle propose une traversée littéraire, historique et politique du point de vue des diasporas africaines. À travers les textes d’Aimé Césaire, Langston Hughes, Malcom X, Tracy K. Smith, Lisette Lombé, Éva Doumbia, et jusqu’à la Charte du Manden (1222), cette création donne à entendre les grandes voix de l’antiracisme, d’hier à aujourd’hui, jusqu’au mouvement Black Lives Matter.
JoeyStarr y prête sa voix rocailleuse, son charisme et sa force de conviction à ces mots brûlants de colère, de courage et de lutte. À ses côtés, quatre artistes incarnent cette parole engagée :
Sélène Saint-Aimé, contrebassiste et chanteuse jazz,
Wilbur Thompson, musicien,
Nicolas Moumbounou, chanteur et danseur,
Jules Turlet, chansigneur sourd, qui traduit l’intégralité du spectacle en langue des signes.
— Par Daniel M. Berté —
I za chanté Manman…
Chanté ki pasé fioup ek foukan an gran van
Chanté ki anchouké an fondok mémwa-mwen
Chanté a pawol vid ka bouché tou lavi
Chanté a pawol lou ka pézé an lavi
Chanté a mizik dous ka fè an nanm volé
Chanté a mizik cho ka fè tout kò’w vibré
I za chanté Manman…
Chanté ka rakonté malè ek lanmizè
La jwa ek la djèwté, lanmitjé ek lanmou
Asiz anlè ti-ban’y, douvan an basin rad
Eti ki tjim-savon’y té ka fè an rifren
Lè’y ka tjotjo lenj-la, lè’y ka froté lenj-la
Lèy ka fésé lenj-la anlè wòch lariviè
I za chanté Manman…
Anba Maframé-a, adan solèy cho-a
Chanté ki ka pléré Lafrik ki Nèg kité
Chanté ka rakonté Latlantik moun néyé
Chanté ki ka palé Lanmérik ka frété
Chanté ki ka raplé Nèg-mawon ki chapé
Chanté ki ka montré chenn ki zèsklav pété
— Par Patrick Mathelié-Guinlet —
“En dents de scie… »
Depuis qu’il a croqué la pomme,
tout au long de la vie de l’homme,
la joie, tout comme la lumière,
n’existe pas sans son contraire…
Car l’arbre de la connaissance
fut une seconde naissance
dans la douleur pour l’animal
qui y perdit son innocence
s’il y gagna cette conscience
qu’il n’y a pas de bien sans mal
et que l’issue sera fatale
quoiqu’il puisse essayer d’y faire…
Derrière les moments de liesse
se cache l’ombre des tristesses !
L’âme de l’homme est bipolaire
en butte au destin doux-amer…
Plus il s’élève dans les airs
et plus rude sera sa chute,
telle une barque sur la mer
que les vents et vagues chahutent…
Tantôt apparaît l’horizon
ensoleillé, porteur d’espoir,
puis soudain c’est le grand plongeon
au sein de “l’atroce entonnoir”!
Une poésie exigeante, enracinée dans la créolité, qui se confronte à la finitude et s’élève vers le cosmique
— Par Eric Eliès —
La poésie des Antilles, de Guyane et d’Haïti est extraordinaire riche, et encore trop largement méconnue dans l’hexagone. Avant mon séjour en Martinique, de l’été 2020 à l’été 2022, je ne connaissais de la poésie antillaise que Césaire, Glissant, Saint-John Perse mais ces noms me masquaient, de leur éclat presque aveuglant, un foisonnement poétique aussi luxuriant que les forêts qui couvrent les pentes des mornes au coeur de l’île… J’ai déjà présenté sur CL des recueils d’Henri Corbin et, surtout, des recueils de Monchoachi, dont j’ignorais l’œuvre et que j’ai découvert dans les librairies de Fort de France (je continuerai à présenter Monchoachi qui n’est pas que poète : esprit libre et profond, il est aussi l’auteur d’un livre important : « Retour à la parole sauvage », qui dévoile et martèle nos impasses civilisationnelles). En revanche, et un peu étonnamment, j’ai « raté » l’oeuvre de Roger Parsemain et c’est à Paris que je l’ai découverte, lors d’une visite au marché de la poésie où exposait l’éditeur « Long Cours », installé au Gosier, en Guadeloupe.
— Par Patrick Mathelié-Guinlet —
Impermanence
Que devient l’ombre dans la nuit
quand plus aucun soleil ne luit ?
La vie, jour après jour, nous fuit
car le robinet du temps fuit…
Naître est déjà mourir un peu,
l’âge nous cuit à petit feu…
Bientôt ne demeurent que cendres
qu’un vent disperse sans attendre !
Nos paroles ne sont qu’un bruit
que très vite les gens oublient
et, même notées par écrit,
restent soumises à l’entropie…
Tout ce qui vit a une fin
et nul n’échappe à ce destin.
Bien que ce constat soit amer,
nous sommes des êtres éphémères !
Partir, c’est mourir un peu…
Partir un beau jour comme un nomade,
sans un adieu et sans laisser d’adresse…
Partir sans claquer la porte,
sur la pointe des pieds, sans faire de bruit,
sans le moindre mot ni cri,
sans point d’exclamation,
comme une parenthèse qu’on
aurait oublié volontairement de refermer
sur des points de suspension
et un joli point d’interrogation…
Se fondre dans la brume et disparaître
tel un mystère irrésolu…
N’être plus qu’une absence,
un manque que l’on ressent
un peu, du moins pendant quelques temps
avant de sombrer dans le néant de l’oubli…
Laisser quelques traces éphémères
juste pour donner à penser…
Si la vie n’est pas un long fleuve tranquille
et parfois même un torrent de boue,
tant qu’on le peut il faut rester debout
mais, de toute façon, tout au bout
c’est dans la mer qu’on se perd…
On pourrait aussi bien dire dans la mor(t)
même si l’on n’est pas Breton