“Traces” : mémoires pour l’avenir

Une rétrospective de l’œuvre de Victor Anicet.

—Par Roland Sabra —

anicet-6Vous croiserez sa haute silhouette dans la quasi totalité des lieux de culture de l’île. Il est un des rares artistes à s’aventurer aux expositions des autres. Sa curiosité est sans limites. Il se nourrit de la rencontre. Tout gamin avec le Père Pinchon il grattait la terre rouge des Amérindiens à la recherche de fragments de cultes anciens enserrés dans les morceaux de poterie. C’est ce sillon qu’il creusera toujours, et encore. Étudiant aux Arts Appliqués à Paris, dont il sort meilleur élève de sa promotion, il poursuit ses recherches au Musée de l’homme. Un diplôme de physique chimie appliquée à la céramique en poche il persévère dans son besoin d’apprendre de l’autre. Il effectue des stages en France, en Angleterre, en Allemagne. Il peint, laissant le temps à l’incubation du désir de céramiste se déployer. C’est sa période noir et blanc autour de la Martinique et ses figures du nègre marron, du nègre rebelle⋅ Partir du plus proche pour aller vers le plus ancien et enrichir le présent des pépites du passé⋅Il n’y a nulle précipitation chez lui⋅ Il va depuis l’enfance d’un pas tranquille sur le chemin qu’il s’est choisi. Cette traversée est immobile. Elle est creusement. Il extraira le carcan du nègre rebelle pour en faire un objet céramique, un objet désirable, à partir de textes de Césaire, de Damas.. Le tray venu des Indes, il l’africanise, l’  «amérindianise», l’  «antillanise », extrait du passé auquel il appartenait il en fait un objet autre, une fenêtre sur le présent en devenir. Cette persistance dans son être elle se manifeste encore, quand en 1984, il crée avec d’autres artistes le groupe «  Fwomajé » : ce sont les recherches sur l’esthétique caribéenne qui le motivent. Il n’y a rien de sacrilège dans la démarche juste la certitude que le passé ne doit pas être fossilisé, qu’il est la lumière vivante du chemin d’aujourd’hui. Cette lumière qu’il va extraire des bleus froids et intenses des soubassements du vitrail de la cathédrale de Saint-Pierre pour s’élever vers les rouges et les jaunes orangés du sommet et qu’il est allé recueillir sur la route de la Trace, où « Tout le mystère de l’ïle (Martinique) est là […] dans le « lieu sacré qui fait partie des lignes imaginaires de [son] travail. ( Voir L’épopée au cœur de la lumière).
Sa Caravelle improbable, masse en équilibre sur les pelouses de l’Habitation Saint-Etienne, contient dans ses cales invisibles, les douleurs des temps lointains et leurs possibles dépassements.
Cohérent avec toute sa démarche il veut transmettre aux générations qui viennent les traces, les petits cailloux de son parcours. La rétrospective présente les œuvres de manière contextualisée, en les mettant en perspectives, en rapport avec les périodes qui les ont vues éclore.

Une exposition à visiter avec les enfants, ne serait-ce que pour leur montrer que la maîtrise d’une technique n’a de sens que si elle est au service d’un idéal. Ce qu’illustre avec détermination et surtout talent Victor Anicet.

30 OCTOBRE AU 22 NOVEMBRE 2014
Galerie André Arsenec à L’Atrium

Fort-d-France le 28/10/2014

R.S.