Sur un air de KwaZulu-Natal

La programmation musicale sud-africaine du Festival d’Automne s’est ouverte en beauté mardi, au son de deux fascinantes chorales zouloues originaires du KwaZulu-Natal. 

KwaZulu-NatalA l’est de l’Afrique du Sud, le KwaZulu-Natal porte une longue histoire qui, dès le XVI° siècle, croise la route de navigateurs et naufragés portugais, et bien sûr celle du royaume Zoulou qui rayonna sur  toute l’Afrique australe au XIX° siècle. Devenu un “bantoustan”, sorte de prison géante réservée aux ethnies noires au temps de l’Apartheid,  ce territoire est celui où se sont constituées deux des chorales qui ont assuré la première, cette semaine, du Festival d’Automne 2013, dont les programmations musiques et danses sont largement consacrées à l’Afrique du Sud.
White Birds à petits pas

L’ensemble Mpumalanga White Birds est constitué de treize hommes tous affublés de costards sombres, gilets rouges brillants et gants blancs. Ils chantent sous la direction de Mlungisi Ngubo, leader vêtu de blanc. L’image de leur apparition à petit pas est immédiatement entraînante, séduisante. Le terme “isicathamiya”, qui désigne le genre vocal qu’ils pratiquent et qui s’est imposé dans les mines du Gauteng voici un peu plus d’un siècle, signifie d’ailleurs “marcher doucement, avancer sur la pointe des pieds”, rapport à une époque où les chants et danses des mineurs ne devaient pas verser dans le tapage ni déranger les patrons.

L’une de leurs chansons n’est autre qu’Imbube (Le Lion – roi de la nation zouloue), fameuse composition de Solomon Linda, popularisée dans les années 60 par Myriam Makeba, puis par Harry Belafonte, et bien sûr Henri Salvador. Ils entonnent aussi l’emblématique Asimbonanga (“Nous ne l’avons pas vu”), célèbre description de l’exil de Nelson Mandela née sous la plume de Johnny Clegg  en 1987. “Traditionnels, résistants, les White Birds sont aussi marqués par le christianisme d’espérance qui irrigue plusieurs de leurs chants. Cela ne les empêche pas de chanter de situations très concrètes à propos du mariage ou de l’infidélité, ainsi que de véritables brûlots politiques comme ce grave June 16, qui fait l’éloge de Nelson Mandela et, surtout, remémore les événements du 16 juin 1976, quand des milliers d’étudiants de Soweto furent massacrés par des policiers afrikaners. Ils avaient eu le tort de se révolter contre la mise en place de l’afrikaans comme langue obligatoire de l’enseignement. Avec tact, les White Birds, cousins lointains des “minstrels” américains de l’époque du ragtime, brassent des émotions très diverses qu’elles soient drôle, grave, ferventes, profanes ou farceuses.
Rouges femmes du village de Ngono

Quand, en seconde partie, les quatorze femmes du village de Ngono entrent en scène, l’ambiance change et le parquet tremble sous l’effet de leur marche, énergique et quasi martiale. A l’exception notable de Nathalie Kosciusko-Morizet, politique en campagne qui mardi soir semblait préférer la lecture du programme du Festival d’Automne à la beauté du spectacle lui-même, le public semblait ébloui, sinon hypnotisé. Plus étrange, plus physique et sans aucun doute plus radicale que celle des White Birds, leur apparition est carrément saisissante.

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