« Sur les pas de Victor Hugo » : fragments d’une vie et d’une œuvre

Sur les pas de Victor Hugo
De Estelle Andrea
Mise en scène : Estelle Andrea, Magali Paliès
Avec : Estelle Andrea, Oscar Clark, Julien Clément, Magali Paliès

Ce samedi 25 avril la salle du Théâtre Aimé Césaire  à Fort-de-France, qui était bien remplie, a réservé un accueil chaleureux et mérité à la Cie Coïncidences Vocales pour son retour en Martinique. Après avoir été  Sur les pas de Léonard de Vinci, elle est cette fois-ci sur  ceux de Victor Hugo.

Le spectacle s’ouvre sur une série de citations projetées qui introduisent la pensée et l’œuvre de Victor Hugo, avant de situer le contexte historique. L’action prend place après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851, événement qui contraint l’écrivain à l’exil en raison de ses prises de position politiques. Après un passage par Jersey, Hugo s’installe à Guernesey en 1855, point de départ du récit proposé sur scène.

À son arrivée sur l’île, Hugo est confronté à une difficulté concrète : la disparition de la malle contenant ses manuscrits. Cette attente devient un fil dramatique, tant ces documents représentent l’essentiel de son travail en cours, notamment les premières pages de ce qui deviendra Les Misérables. Cette situation matérielle se double d’une dimension plus intime : le souvenir constant de sa fille Léopoldine, morte noyée une dizaine d’années plus tôt, dont le deuil reste inachevé.

Le spectacle adopte une structure en tableaux successifs, qui retracent différents aspects de la vie et de l’activité de Hugo durant cette période. Plusieurs lieux sont évoqués : les quais de Guernesey, un cabaret, la maison d’Hauteville House où il réside, ainsi que d’autres espaces plus symboliques. Des scènes situées à Paris ou inspirées de ses romans viennent également ponctuer le déroulement.

Deux œuvres majeures occupent une place importante dans la dramaturgie : Notre-Dame de Paris et Les Misérables. Elles apparaissent sous forme d’extraits condensés, permettant de faire émerger certains personnages et situations. Ces séquences s’intègrent au récit principal et contribuent à établir un lien entre la vie de l’auteur et son œuvre. D’autres références, comme Les Travailleurs de la mer, sont également évoquées.

La mise en scène repose sur un dispositif visuel mêlant éléments construits et projections. Des images sont diffusées sur un écran légèrement en retrait, permettant aux comédiens de jouer à l’avant-scène tout en préparant les changements de décor. Ce procédé facilite l’enchaînement rapide des scènes et accompagne les déplacements dans le temps et l’espace.

Les quatre interprètes assurent l’ensemble des rôles et passent, avec une grande dextérité, d’un personnage à l’autre au fil des tableaux. Le spectacle intègre également une dimension musicale : les comédiens chantent et s’accompagnent parfois eux-mêmes, à la guitare et au violon, tandis que d’autres passages reposent sur une bande sonore. Les chansons s’insèrent dans la narration et participent à la progression dramatique.

L’ensemble met en avant plusieurs aspects de la figure de Victor Hugo : l’écrivain, le poète, mais aussi l’homme engagé, attaché à des idées républicaines et à des causes sociales. Certains épisodes rappellent ses prises de position, tandis que d’autres s’attachent, avec pudeur, à des éléments plus personnels, notamment ses relations et son environnement quotidien durant l’exil. (Voir la note de Selim Lander à la fin de son article).

La forme en tableaux, plutôt qu’un récit continu, permet de présenter une succession de moments distincts. Ce choix rend le spectacle accessible à un public large, y compris aux enfants. Il peut convenir à partir d’une dizaine d’années, tout en restant compréhensible pour des spectateurs plus jeunes. La présence d’enfants, évoqués dans certaines scènes ou intégrés symboliquement à l’action, participe à cette volonté d’ouverture.

Les éléments visuels et musicaux accompagnent les différentes ambiances, qu’il s’agisse de moments plus sombres liés à l’exil et au deuil, ou de passages plus légers. Les projections et les chansons servent de support à ces variations sans interrompre le rythme de l’ensemble.

Le spectacle propose ainsi une approche synthétique de la période d’exil de Victor Hugo et de quelques-unes de ses œuvres majeures. Il met en relation les conditions dans lesquelles ces textes ont été écrits et les idées qu’ils portent, notamment sur les plans politique, social et humaniste. L’ensemble constitue une introduction à la fois biographique et littéraire, fondée sur une alternance de jeu, de musique et d’images.

S.F.