Étiquette : Jean-Luc Godard

Godard, le féminin, le masculin, encore et toujours

variations_pellyDe Jean-Pierre Léaud à aujourd’hui, les mêmes questions taraudent les générations : l’amour, la mort, le pouvoir, sa place dans la société, les déflagrations qui agitent le monde.
Laurent Pelly met en scène avec les élèves de l’Atelier du TNT Masculin-Féminin, “Variations”, d’après le film de Jean-Luc Godard. Revigorant.

Toulouse (Haute-Garonne), envoyée spéciale. Il y a d’abord le son. La bande-son. Raclements de chaises sur le lino, boule de flipper tintinnabulante, grondement du métro aérien, klaxons énervés, percolateurs enroués, mélodies qui s’échappent de juke-box… Des bruissements de la ville qui viennent rythmer les échanges entre Paul et Madeleine, Paul et Robert, Madeleine et Élisabeth. Chassé-croisé amoureux dans un Paris souvent pluvieux entre jeunes gens tiraillés par la conscience du monde et l’insouciance, la guerre du Vietnam et la société de consommation, qui pointe son nez et leur tend ses bras. Enfants de Marx et de Coca-Cola, dit-on à propos des personnages incarnés par Jean-Pierre Léaud, Chantal Goya, Marlène Jobert et Michel Debord. « D’après toi, le socialisme a-t-il de l’avenir ? » demande Paul à une jeune fille de dix-neuf ans.

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Godard et la société du FN

— Par Juan BRANCO Chercheur, Yale Law School (Connecticut) et Alphonse CLAROU Doctorant (Arles)—

godard-750-bll y a quelques années, Jean-Luc Godard évoquait publiquement son affection pour le livre de Jacques Rancière, le Maître ignorant. Le postulat de l’égalité des intelligences qui y est présenté fait écho à la confiance que JLG a toujours eue en l’«intelligence» de ses interlocuteurs, en leur répartie, leur capacité tennistique à renvoyer la balle. Ainsi Godard s’est-il toujours contenté, en entretien comme dans ses films, de dire sans expliquer. Parole pensive et sacerdotale. Au spectateur de saisir ou de laisser passer. On aurait pu penser que les nouvelles technologies, offrant une réticularité beaucoup plus importante que les médias traditionnels, donneraient à ce jeu une nouvelle dimension. La polémique de ces derniers jours vient prouver le contraire. Accaparés par des médias dominants en manque chronique de spectres et d’audience, les réseaux sociaux ont en effet ouvert une troisième voie : arracher la parole au cheminement de la pensée, écraser et triturer sans effort la balle qui venait d’être lancée⋅ En d’autres mots, instrumentaliser pour faire peur, s’indigner pour se rendre populaire, sans en avoir l’air⋅ Godard donc, dans un entretien au Monde se félicite de la victoire de Marine Le Pen aux élections européennes, ajoutant qu’il l’aurait souhaitée Premier ministre⋅ Dans une hystérie qui fait signe, l’effusion est immédiate.

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Le chien et le moineau, héros de cinéma

Par Selim Lander

Adieu au langage

Adieu-Au-Langage2Dans le dernier film de Jean-Luc Godard (1), l’humanité n’a plus de ressort. Nous sommes en Suisse, souvent dans des paysages magnifiques de lac et de forêt, en automne ou en hiver. Les personnages sur l’écran semblent débarrassés des soucis matériels, leurs voitures sont cossues, leurs appartements confortables. Mais c’est le vide surtout qui remplit – si l’on peut dire – leurs journées, l’attente, des conversations décousues, vite interrompues. La prospérité, recherchée comme un graal par ceux qui en sont dépourvus, apparaît finalement dépourvue de sens. Parmi les nombreux aphorismes qui parsèment le film, empruntés à des auteurs célèbres mentionnés dans le générique de fin (les lettrés reconnaîtront ce qui revient à qui), il en est un qui paraît particulièrement significatif à cet égard : « Il n’a pas voulu, ou pas su, faire de nous des humbles ; alors Il a fait de nous des humiliés » (Il, c’est Dieu, évidemment). Philosophie de quatre sous, sans doute – car si l’humiliation des uns n’est, hélas, que trop réelle, elle a pour contrepartie l’immodestie et la gloriole des autres –, néanmoins utile pour comprendre l’état d’esprit de Godard aujourd’hui.

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