Créé en 1911 par Scott Joplin, Treemonisha se présente d’emblée comme une fable fondatrice. L’ouvrage s’ouvre sur un clin d’œil transparent au mythe de Moïse : un nourrisson abandonné au pied d’un arbre — arbre de la connaissance autant que symbole d’enracinement — est recueilli par une femme généreuse, Monisha. Parce qu’elle l’a trouvée sous un arbre, l’enfant sera nommée Treemonisha. D’emblée, le destin individuel épouse une dimension allégorique : celle d’une élue appelée à guider les siens.
Élevée au sein d’une communauté soudée, Treemonisha reçoit une éducation exceptionnelle auprès d’une dame blanche qui lui transmet les codes de la « vraie » religion et les vertus de la rationalité occidentale chrétienne. Les croyances issues des cosmogonies africaines pré-esclavagistes sont reléguées au rang de superstitions dont il faudrait se défaire pour accéder à la lumière. Ainsi instruite, elle devient la seule personne éclairée d’un groupe maintenu dans l’ignorance. La hiérarchie du savoir fonde la hiérarchie du pouvoir : l’instruction consacre l’autorité.
On serait tenté de voir dans l’œuvre un hymne progressiste à l’émancipation par l’éducation, rapprochant Treemonisha de l’idéal des Lumières que célébrait un siècle plus tôt Wolfgang Amadeus Mozart dans La Flûte enchantée.

— Par Hélène Lemoine —
Cela faisait plaisir de voir la grande salle de l’Atrium bien remplie pour un spectacle musical qui nous change des chanteuses et chanteurs dits sans doute à juste titre populaires mais dont les mélodies, il faut bien le reconnaître, ne vont pas chercher bien loin. La présence de tant de spectateurs pour Les Noces de Figaro est la preuve, si besoin était, qu’il existe en Martinique un public non négligeable pour la « grande musique. N’y a-t-il pas d’ailleurs sur notre île une tradition pour l’art lyrique, de Christiane Eda-Pierre à Fabrice Di Falco ? Tout cela pour dire que nous attendons davantage de spectacles du même genre. Sans doute ai-je dû déjà écrire quelque chose de semblable : bis repetita placent.
Opéra/Musique