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Mon frère Davertige

— Par Gary Klang —

Davertige, mon frère, et Port-au-Prince, ma ville natale, si mal en point. Ma ville natale, qui fut si belle, et Davertige dont les vers d’Idem expriment cette beauté morte dans une langue unique.

« Omabarigore la ville que j’ai créée pour toi 
En prenant la mer dans mes bras »

Port-au-Prince est aussi mon Omabarigore et demeure dans mes souvenirs la ville qu’elle fut jadis, un lieu mythique où s’enracinent mes rêves d’enfant et mes poèmes. Et non la ville-poubelle que les médias occidentaux exposent avec une joie sadique sous son plus mauvais jour. Ville-détritus, ville-enfer, Calcutta des Antilles, où les assassins kidnappent et tuent en plein midi. Ville kafkaïenne, à l’opposé de celle de mes songes et dont Davertige nous restitue l’atmosphère tranquille d’avant la dictature :

« O mémoire ô mémoire redites-moi sa vie parmi les fleurs blanchies 
Parmi les fers à repasser et les vieux moulins à café 
Parmi les tables de lessiveuse et les cuvettes de linge frais »

Il faut lire Davertige. L’universel se mêle ici au particulier, et s’il nomme Port-au-Prince c’est pour s’échapper aussitôt dans une surréalité qu’André Breton eût appréciée :

« Je voulais librement m’en aller à travers Port-au-Prince 
Quand un monsieur en bleu me dit – Arrêtez mon cher Ange… 
Ma petite folle s’en allait les cheveux pleins de vers luisants 
Mille Messieurs en bleu m’encerclaient un instant 
Me tenaient par le cou Et j’arrivais à me défaire d’eux 
En disant – Sales punaises aux yeux rouges de feu…»

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