Étiquette : Clément Poirée

« L’Avare » de Clément Poirée, un grand moment de théâtre

La peste soit de l’avarice et des avaricieux

— Par Selim Lander —

Le public de Fort-de-France qui avait rempli la grande salle de l’Atrium vendredi 24 avril n’a pas été déçu. Il y a longtemps, en effet, que l’on n’avait pas eu l’occasion d’assister ici à un mise en scène aussi moderne, dans un décor a priori déroutant mais qui en l’occurrence est dicté par l’intention de départ de cette mise en scène : ajouter un prologue qui joue avec l’idée d’avarice, en demandant au public d’apporter des oripeaux, des papiers de diverses sortes pour aider Harpagon à vêtir sa famille et sa domesticité, lesquelles, comme de juste, se présentent en « petite tenue » au début de la pièce, pendant que des couturiers/couturières s’activent à confectionner les costumes dans des cages grillagées. Des cages qui peuvent avoir d’autres usages et qui se déplacent pour composer autrement le décor. Les murs du plateau sont entièrement nus, pas le moindre pendrillon, une grande table poussée à jardin porte diverses boissons et victuailles permettant aux comédiens qui en éprouveraient le besoin de se restaurer au cours de cette représentation qui s’étire sur trois heures d’horloge.

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Recycler Molière : promesse et limites d’un Avare participatif

— Par Sabrina Solar —

Imaginée comme une expérience à la fois théâtrale, collective et écologique, cette relecture de L’Avare de Molière s’appuie sur un dispositif singulier : chaque représentation se construit à partir d’objets apportés par le public. Vêtements délaissés, accessoires insolites, fragments du quotidien deviennent ainsi la matière première d’un spectacle en perpétuelle recomposition. Le geste n’a rien d’anecdotique. Il inscrit d’emblée la proposition dans une réflexion contemporaine sur le réemploi, la valeur des choses et la transformation du rebut en ressource, tout en faisant écho, de manière presque littérale, à l’obsession de l’accumulation qui définit Harpagon.

Dès l’ouverture, le plateau apparaît comme un espace en friche : quelques structures de rangement, des bacs de tri, et cette masse d’objets encore inertes. Très vite, comédiennes et comédiens s’en emparent, fouillent, commentent, expérimentent. Ce moment liminaire, où il s’agit presque de “s’habiller pour exister”, donne à voir un théâtre en train de se faire, dans une forme de nudité revendiquée. À leurs côtés, les techniciens — habituellement relégués dans l’ombre — occupent ici une place centrale. Création sonore à partir d’objets détournés, élaboration de silhouettes à la volée, ajustements lumière visibles : tout concourt à faire de cette fabrication en direct un spectacle en soi.

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L’Avare, de Molière, m.e.s. Clément Poirée

Vendredi 24 avril à 19h Tropiques-Atrium
Avec : Nelson Rafael Madel, Mathilde Auneveux, Pascal Césari, Marie Razafindrakoto, John Arnold, Virgil Leclaire, Laurent Ménoret, Anne-Elodie Sorlin
Au lieu de jeter, ramenez ce que vous n’utilisez plus pour qu’il trouve sa place sur scène !

L’histoire d’une génération qui ne veut rien lâcher au risque de nécroser celle qui vient, Molière l’a génialement racontée dans L’Avare. Pièce hilarante sur un grand vice, un désir ogresque qui confine à la folie, à la tyrannie.

Clément Poirée se risque à revisiter cette comédie « en mode radin » pour interroger ses résonances au temps de la décroissance aujourd’hui où les valeurs sont renversées. Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides ! Tout le monde est là, les interprètes mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et… ce qu’il voudra bien leur donner. Objets, vêtements, draps, livres, papier, boîtes, bijoux, CD, craies, café soluble… tout est bon !

Un happening chaque soir différent. Une manière d’éclairer notre rapport intime à l’avarice et de mettre à nu ce qui fait la richesse d’un spectacle : une équipe à l’unisson et un public-artiste qui apporte la pièce manquante.

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La Nuit des rois

Comédie de W. Shakespeare, mise en scène par Clément Poirée,

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— Par Michèle Bigot —

Théâtre d’Ivry, Antoine Vitez, du 05/01 au 01/02 2015

La nuit des rois, (twelfth night ) ou le douzième jour après Noël, c’est la nuit de l’enfermement dans le silence nocturne et l’obscurité hivernale. C’est cette ambiance qu’a voulu recréer sur scène Clément Poirée avec la complicité de son scénographe Erwan Creff. Comme il nous l’a confié lors d’une rencontre en bord de scène, c’est la vision d’une photo d’un dortoir de Sibérie qui lui a inspiré cette atmosphère pleine de mystère et de douleur rentrée. Et c’est de cette même photo que sont nés le décor et le dispositif scénique : quatre lits à baldaquins, garnis de tentures blanches, évoqueront à la fois la réclusion et la possibilité d’une évasion, au gré des mouvements du mobilier et des rideaux.
Le rideau est devenu depuis G. Strehler l’élément scénique le plus propice pour exemplifier la tempête shakespearienne et tous les flux et mouvements inhérents à l’esthétique baroque. Sa fluidité, les jeux de lumière qu’il autorise, les dessins qu’il supporte, tout cela est exploité d’emblée dès la première scène qui raconte la tempête, le naufrage, et l’arrivée inopinée dans un pays de légende.

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