Étiquette : changement climatique

Nous perdons les hommes… et les terres

— Par Rodolf Étienne

À l’orée d’octobre 2026, l’agriculture martiniquaise se trouve au cœur d’un paradoxe.

Rarement les mots de souveraineté alimentaire, de production locale, de circuits courts et de reconquête foncière auront été aussi présents dans le débat agricole.

Pourtant, la structure agricole reste fragilisée par la diminution du nombre d’exploitations, le vieillissement des responsables d’exploitation, le recul historique des surfaces cultivées et la difficulté à assurer la relève.

Le dernier recensement agricole exhaustif montre qu’en 2020 la Martinique comptait environ 2 679 exploitations agricoles, soit près de 19 % de moins qu’en 2010. La taille moyenne des exploitations, elle, augmentait légèrement, signe d’une concentration progressive de l’activité.

Surtout, plus de la moitié des exploitations étaient dirigées par au moins un exploitant âgé de 55 ans ou plus. Pour les exploitations dont le chef ou le plus âgé des exploitants dépassait 60 ans, la question de la succession se posait déjà avec acuité : sur 833 exploitations concernées, seules 235 déclaraient une reprise identifiée par un coexploitant, un membre de la famille ou un tiers.

Ce vieillissement n’est pas une donnée abstraite.  Lire Plus

Sargasses (4) : Quinze ans après, combien la Martinique a-t-elle réellement payé ?

— Par Rodolf Étienne

En 2011, lorsque les premières nappes massives de sargasses atteignent les côtes martiniquaises, personne ne sait encore que l’île entre dans un cycle qui durera au moins quinze ans.

On ramasse. On dégage les plages. On cherche où stocker. On mesure les premières émanations d’hydrogène sulfuré. Puis les sargasses reviennent.

À mesure que les arrivages se répètent, la facture change de nature. Elle n’est plus seulement celle du tractopelle envoyé sur une plage. Elle est devenue la somme de dépenses publiques, de pertes d’activité, d’équipements détériorés, de bateaux immobilisés, de logements exposés, de journées de travail perdues, d’établissements scolaires perturbés, de dépenses sanitaires, d’écosystèmes fragilisés et d’investissements qu’il faut recommencer chaque année.

Le problème est qu’aucune comptabilité consolidée ne permet aujourd’hui d’annoncer sérieusement : « Les sargasses ont coûté X millions d’euros à la Martinique depuis 2011. »  Ce chiffre global n’existe pas. Et cette absence de chiffre constitue déjà en elle-même une information. Quinze ans après le début du phénomène, nous savons compter les tonnes ramassées, les barrages installés ou les crédits engagés certaines années. Nous ne savons pas le coût total supporté par le territoire.  Lire Plus

Sargasses (3) : Quand le littoral martiniquais perd de sa valeur

— Par Rodolf Étienne

Pendant longtemps, vivre au bord de l’eau était presque automatiquement associé à une plus-value.

Vue sur mer, accès au littoral, ventilation naturelle, proximité des plages : dans une île comme la Martinique, le rivage concentre une partie des biens immobiliers les plus recherchés.

Mais que se passe-t-il lorsque la mer apporte régulièrement autre chose que l’image paradisiaque promise par l’annonce immobilière ?

Depuis 2011, les sargasses modifient progressivement cette équation. Au point où dans certaines villes de la façade atlantique, elles ne sont plus seulement un problème environnemental ou sanitaire. Elles deviennent un facteur de localisation immobilière.

Le phénomène est, certes, encore difficile à mesurer avec précision : professionnels de l’immobilier, propriétaires, loueurs saisonniers et travaux publics commencent à documenter une dégradation de l’attractivité de certains secteurs particulièrement exposés.

Le bord de mer n’a plus partout la même valeur

Le paradoxe est saisissant. Un bien peut posséder tous les attributs traditionnellement recherchés — vue mer, piscine, terrasse, accès direct au littoral — et perdre une partie de son attractivité précisément parce qu’il se trouve trop près de l’eau.  Lire Plus

Sargasses (1) : Quand l’Atlantique fabrique la réalité martiniquaise

— Par Rodolf Étienne

Depuis 2011, la Martinique vit au rythme des échouages de sargasses.

Quinze ans plus tard, le phénomène ne peut plus être traité comme un accident saisonnier. Il structure désormais une partie de la vie du littoral, pèse sur la santé, les finances communales, l’activité économique, le tourisme, la pêche, les paysages et jusque sur l’organisation des services publics.

Début septembre 2026, cinq communes parmi les plus exposées — Le François, Le Vauclin, Trinité, Le Marigot et Le Robert — ont décidé de parler d’une seule voix.

Leurs maires se sont réunis au François avec le directeur du GIP Sargasses, Frédéric Voyer, pour réclamer une réponse durable à un phénomène qui s’installe dans le temps. Ce mouvement des élus dit peut-être l’essentiel : qui doit porter durablement le coût, la responsabilité et la stratégie de cette nouvelle réalité environnementale ?

Quinze ans après, toujours l’urgence

La Martinique a pourtant considérablement renforcé son dispositif. Depuis 2023, la collecte en mer monte en puissance. En mars 2026, deux nouveaux moyens ont été mis en service : le Sargator 3, destiné notamment à la façade sud-atlantique, et la barge de transfert Toupiti.   Lire Plus

Europe : « Garde ta terre ! Tes plaines, tes hommes, tes hivers… »

— par Rodolf Etienne

L’investisseur voit un actif. L’agriculteur voit une terre. La puissance publique, elle, devrait voir la capacité de nourrir demain !

Parce qu’un champ, ce n’est pas seulement une surface, ce n’est pas seulement une valeur inscrite dans un bilan comptable. Un champ, c’est une possibilité de produire, une capacité de nourrir, une réserve de biodiversité. Un champ, c’est un paysage, un patrimoine, ou, tout simplement une histoire familiale. Mais… un champ, c’est aussi, et de plus en plus, un actif stratégique.

Une agriculture européenne puissante, mais fragilisée

L’UE (Union européenne) est l’une des plus grandes puissances agricoles et agroalimentaires mondiales. Ses campagnes produisent céréales, lait, viande, fruits, légumes, vins, huiles et produits transformés. Des millions d’emplois dépendent directement ou indirectement de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. Pourtant, derrière cette puissance apparaît une fragilité croissante : les exploitations disparaissent, les agriculteurs vieillissent, l’installation des jeunes devient difficile, le prix des terres augmente dans de nombreuses régions, les marges sont comprimées par le coût de l’énergie, des engrais, des machines et du crédit, et les revenus agricoles demeurent extrêmement variables selon les filières.  Lire Plus

Climat: des milliers d’Australiens sèchent les cours pour manifester

Sydney – Des milliers d’élèves ont séché les cours, vendredi, pour aller manifester dans plusieurs villes d’Australie contre un énorme projet de centrale au gaz près de Sydney, et pour enjoindre le gouvernement conservateur d’agir contre le réchauffement climatique.

De Perth (ouest) à Brisbane (est), ils ont défilé pour dénoncer la faiblesse des mesures prises par leur pays pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. 

L’immense île-continent est un important producteur de gaz et de charbon. Mais il subit aussi de plein fouet les événements climatiques extrêmes -inondations, feux de forêt, sécheresses- liés à la hausse des températures induite par les émissions de carbone. 

Le Premier ministre Scott Morrison a balayé cette semaine les avertissements de l’Agence internationale de l’énergie selon lesquels son pays n’atteindra pas ses objectifs carbone si davantage de projets impliquant les énergies fossiles sont lancés. 

Son gouvernement a annoncé mardi une enveloppe de plusieurs centaines de millions de dollars pour construire près de Sydney une nouvelle centrale électrique fonctionnant au gaz. 

L’usine doit être bâtie dans la Hunter Valley, où des élections partielles sont prévues samedi.   Lire Plus

Les « Arches de Noé vertes » : mirages ou vraies solutions ?

— Par Pascal Saffache , Véronique Privat —

arches_noe_vertesLe changement climatique, l’augmentation de la puissance et de la récurrence des catastrophes naturelles, ou encore les prédictions d’apocalypse, ont conduit les scientifiques à élaborer des complexes de survie, appelés couramment « Arches de Noé ».

Ces derniers servent de véritables réserves, au sein desquelles tous les pays peuvent stocker des éléments, comme des graines, par exemple, dans le but de préserver (et perpétuer) la biodiversité mondiale. Aujourd’hui, il existe plus de 1400 réserves de semences de ce type à travers le monde.

L’exemple Norvégien

L’édification de la première chambre froide de stockage (Svalbard Global Seed Vault) a débuté en 1983 sur l’île norvégienne de Spitzberg, à mille kilomètres du Pôle Nord. Ce site a été retenu en raison de son isolement géographique, mais aussi et surtout, car son climat et sa géologie se prêtaient à un tel projet de conservation.

Cette arche de Noé, construite à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, restera donc au sec même en cas d’élévation exceptionnelle du niveau des océans. La présence du pergélisol (ou permafrost) – sol gelé en permanence – maintient la température ambiante en dessous de zéro degré Celsius, même en cas de défaillance du système de réfrigération.  Lire Plus

La théorie du jeu appliquée au changement climatique : action collective et intérêts personnels

 Biodiversité et climat

climatsDes chercheurs des Instituts Max Planck de biologie évolutive et de météorologie se sont posés la question suivante : comment les hommes peuvent-ils être incités à lutter ensemble activement contre le changement climatique? Pour y répondre, ils ont simulé le « dilemme social » – dû à la divergence des intérêts particuliers et collectifs – auquel les hommes se trouvent confrontés dans le cadre du changement climatique. Leurs travaux ont mis en évidence qu’un objectif commun de protection du climat ne pouvait être atteint que si chaque personne était convaincue que, sans action, elle serait très probablement personnellement touchée par les répercussions du changement climatique.

Le problème de la « tragédie des communs » se pose pour de nombreux biens communs. Il se résume ainsi : les bien communs sont gratuits pour tous, et, par conséquent, peu de gens les utilisent avec égards. Ainsi, par exemple, une réduction des rejets de gaz à effet de serre, qui permettrait de limiter les conséquences dramatiques du changement climatique, serait avantageuse pour tous, puisque le réchauffement climatique touche tout un chacun.  Lire Plus