— Par Sarha Fauré —
Le rapport 2026 du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes dresse un constat sans ambiguïté : le sexisme demeure profondément ancré dans la société française et prend aujourd’hui des formes de plus en plus structurées. Fondé sur un baromètre réalisé auprès de plus de 3 000 personnes âgées de 15 ans et plus, ce travail met en lumière à la fois la persistance des inégalités de genre et l’émergence d’une menace idéologique spécifique : le masculinisme.
Loin de se limiter à des comportements isolés, le sexisme apparaît comme un phénomène systémique qui traverse l’ensemble des sphères sociales. Dans l’espace public, au travail, dans la famille ou en ligne, les femmes restent massivement exposées à des attitudes, propos ou pratiques discriminatoires. Une large majorité d’entre elles déclare avoir déjà subi des situations sexistes, qu’il s’agisse de harcèlement, de discriminations professionnelles ou de violences symboliques. Les inégalités économiques persistent également, notamment en matière de rémunération, y compris à poste et temps de travail équivalents.
Le rapport distingue deux formes principales de sexisme. Le sexisme paternaliste, largement banalisé, repose sur une vision prétendument bienveillante mais profondément hiérarchisée des rôles entre les femmes et les hommes. Il s’exprime par l’adhésion à des stéréotypes de genre qui assignent aux femmes des qualités ou des responsabilités « naturelles », notamment dans la sphère familiale. À l’opposé, le sexisme hostile se caractérise par une attitude ouvertement agressive à l’égard des femmes et par une remise en cause explicite de leurs droits. Cette forme concerne près d’une personne sur six en France et touche davantage les hommes que les femmes.
C’est dans ce cadre que le Haut Conseil à l’Égalité consacre, pour la première fois, une analyse spécifique aux masculinismes. Ceux-ci constituent la déclinaison la plus idéologisée et militante du sexisme hostile. Portés en grande partie par les réseaux sociaux, ces discours ciblent particulièrement les jeunes générations, mais touchent également les adultes. Ils reposent sur une rhétorique de haine envers les femmes, accusées d’être responsables des frustrations masculines, et peuvent, dans leurs formes les plus radicales, légitimer le recours à la violence.
Le rapport alerte sur les risques de passage à l’acte associés à ces idéologies. Certains courants masculinistes, comme les mouvances incels, ont déjà été liés à des projets ou des actes violents, y compris en France. Le HCE considère dès lors le masculinisme comme une menace pour l’ordre public et un enjeu de sécurité nationale, en raison de son potentiel de radicalisation et de justification de violences extrêmes.
Face à ce constat, le Haut Conseil à l’Égalité formule 25 recommandations. Parmi elles figurent le renforcement de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements scolaires, une meilleure régulation des contenus en ligne via les autorités compétentes, la reconnaissance du terrorisme misogyne dans les doctrines de sécurité, ainsi que la création d’un observatoire national du masculinisme. L’objectif affiché est clair : mieux comprendre, prévenir et combattre un phénomène qui, s’il est laissé sans réponse, menace directement l’égalité entre les femmes et les hommes et la cohésion sociale.
Documents liés
- Rapport sur l’état des lieux du sexisme en France 2026.pdf (PDF – 1.94 Mo)
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Rapport Toluna Harris – Baromètre sexisme Vague 5 – 2025.pdf (PDF – 1.06 Mo)

