Seun Kuti, la rébellion dans le sang

Seun Kuti, le fils du légendaire Fela Kuti, signe son quatrième album, Black Times, dans lequel il célèbre les figures oubliées de la révolution africaine.

Sur la pochette de son nouvel album, on le voit porter le béret de Thomas Sankara, les lunettes de Malcom X et le cigare du Che, “parti combattre les forces impérialistes au Congo pour sauver Lumumba”, précise Seun. Dans ce café du 11e arrondissement de Paris, le fils du légendaire Fela Kuti enchaine les interviewes sans l’attirail révolutionnaire mais avec la force de conviction de son paternel, l’inventeur de l’Afro-Beat nigérian, ce groove révolutionnaire à la croisée du jazz et du high-life. Avec ce quatrième opus, Seun célèbre les figures historiques de la révolution africaine trop souvent oubliés par les jeunes générations (Last Revolutionary, African Dreams), signe des satires féroces des mœurs politiques de son pays (C.P.C.D, Theory of Goat and Yam) et pointe l’hypocrisie autour de l’interdiction de l’herbe avec Bad Man Lighter l’une des chansons les plus réussies de l’album. Interview.

Doit-on vous appeler “General Seun”, comme vous vous présentez dans Last Revolutionary, la première chanson de l’album?
Il s’agit d’une image à ne surtout pas prendre au sérieux. Rassurez-vous, je n’ai pas troqué l’afro-beat pour de la musique militaire. Le message est simple : ne pas avoir peur de se lever, se tenir debout et se battre pour les siens. C’est une mission que j’aborde avec humilité. Je voyage beaucoup, mais je continue à vivre à Lagos, dans le quartier populaire d’Ikeja, où je suis né. C’est important. Pour prétendre parler au nom du peuple, il faut vivre parmi le peuple.

Dans la même chanson, vous rendez hommage aux héros de la révolution africaine, de Lumumba à Sankara. Il y a urgence à célébrer leurs mémoires?
Ils sont trop souvent oubliés, mais surtout leurs idéaux comme leurs combats ont été trahis par les élites politiques africaines, ces Very Important Personalities que mon père avait rebaptisés “vagabonds in power”. Il était donc important de rappeler qui sont les vrais leaders. A Lagos, vous ne trouverez pas une avenue, pas une école, par un établissement public portant le nom de N’Krumah, Lumumba ou Thomas Sankara. Aujourd’hui, la jeunesse de Lagos fantasme trop souvent sur l’Amérique, le capitalisme, les milliardaires nigérians. Eux étaient d’authentiques panafricains qui se souciaient de l’Afrique et du bien-être de leur peuple. Et ils l’ont payé cher. Je le dis dans la chanson I’m the pain of the Revolutionary.

C’est à dire?
Au-delà des clichés romantiques, les révolutionnaires se battent pour l’intérêt commun, mais ils sont le plus souvent seuls et isolés. C’est le destin cruel, totalement paradoxal de ces grandes figures. Lumumba et Sankara ont été trahis par leurs amis intimes puis exécutés avec le soutien des puissances impérialistes. Mon père était un homme constamment entouré d’une cour de fidèles plus ou moins sincères, honnêtes et bien intentionnés ; mais au bout du compte, il était profondément seul. Personne ne pouvait le suivre tellement il était intransigeant et refusait le moindre compromis dans son combat.

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