Sargasses : le début de la fin pour une population suffocante déjà intoxiquée

—Par Solen’ Manussala Imajaghan, vice-président de l’ASMa (Association Sargasses Martinique) —
Les sargasses qui s’échouent sur les côtes martiniquaises ne sont pas un mythe, même si certains ne se sentent pas concernés parce qu’ils ne perçoivent qu’un léger désagrément après avoir inhalé les gaz toxiques comme le H²S ou encore n’ont jamais vu ces algues brunes.

Mais c’est bien toute la Martinique qui est impactée par ces sargasses même à des degrés différents, sachant qu’une faible exposition sur le long terme est aussi dangereuse sinon plus qu’une forte exposition sur une journée.

Ce n’est pas parce que nous vivons à 8 000 km, que nous ne les voyons pas ou encore que nous ne percevons pas les gaz liés à leur décomposition qu’elles n’existent pas.

Voilà plus de 15 ans que nous vivons, ou devrais-je dire que nous sommes obligés de vivre avec elles, et plus le temps passe, plus la quantité et les périodes d’échouements augmentent et les faibles moyens déployés pour y faire face stagnent ou diminuent quand on fait le ratio quantité et moyens de 2010 à 2026.

Cette situation est critique et encore plus pour les Antilles françaises car l’État français, responsable de la santé de ses citoyens, n’a pas pris la pleine mesure de la situation, ou n’est-ce pas sa priorité ou ne veut-il pas admettre son impuissance face à ce phénomène, ce qui sonnerait le glas d’un État défaillant, déficitaire et démissionnaire, propre aux nations en déclin… La France serait-elle en train de sombrer ? La gestion des sargasses en est le parfait exemple. Devrions-nous à partir d’aujourd’hui compter sur nos propres moyens, nos propres forces, celles de nos voisins ? Si oui, en contrepartie, les populations impactées, à savoir toute la Martinique, l’archipel guadeloupéen, Saint-Martin, Saint Barthélemy bénéficieront d’une baisse drastique voire d’une suppression des impôts si la population joue le rôle de l’État pour assurer sa survie, car ces impôts prélevés doivent assurer les prérogatives du service public (sécurité, justice, santé, éducation…) ? Devrions-nous aussi ne compter que sur nous- mêmes pour préserver l’intégrité des biens et des personnes ?

Un coup d’épée dans l’eau

Le 2 juillet 2026, la ministre des Outre-mer, Madame Naïma Moutchou, a accepté une audience avec l’ASMa et le collectif du Robert. Elle a pris la décision à la hâte d’augmenter le budget alloué à la collecte de quelques centaines de milliers d’euros, de fournir deux pelles longs bras ainsi qu’un Sargator, mais là encore, c’est un coup d’épée dans l’eau, la population martiniquaise ne peut plus accepter les os, même avec un bout de chair dessus. Aujourd’hui les côtes de la façade atlantique, par exemple, ont besoin de vrais barrages (filets) à savoir bien calibrés, bien dimensionnés, de qualité (bon maché ka kouté chè), de ramassages réguliers et programmés et d’un bon entretien ; ces moyens permettraient de réduire de 90 à 100 % les échouements. Les mesures relevées au Vauclin (bourg) le 13 août 2026 ont mis en exergue un taux d’hydrogène sulfuré de 38 ppm. C’est astronomique, sachant que depuis 2018, le HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique) préconise de prendre les mesures nécessaires pour protéger les populations comme l’évacuation immédiate des zones si les taux dépassent les 5 ppm. Qu’en est-il de sa mise en œuvre ?

Les collectivités locales, je parle plus particulièrement des communes, font ce qu’elles peuvent avec leurs faibles moyens. Chose que l’État se doit d’honorer sachant que les leviers pour lever des fonds ne sont pas les mêmes pour les mairies et pour l’État. Un État qui se veut être la deuxième puissance maritime mondiale avec une ZEE (Zone Économique Exclusive) de plus de 10 millions de
km². Cela lui permet de s’enorgueillir lors de sommets et à l’étranger, de jouir de ces richesses ultramarines, mais cela implique également des responsabilités.

L’ASMa invite les maires de la Martinique et des autres territoires impactés à s’unir et faire peuple en mettant de côté orgueil et kankan inutiles pour demander et exiger de l’État Français qu’il daigne bien prendre ses responsabilités quant à l’affaire sargasses, qui risque d’être un scandale sanitaire comme celui des pesticides.

L’ASMa invite aussi toute la population impactée à consulter un médecin ou à se rapprocher de l’équipe du professeur Résière au CHUM La Meynard en cas de maux de tête, nausées, yeux larmoyants, irritations de la gorge, vertiges, évanouissements… symptômes propres aux émanations de gaz H²S. Vous demanderez un certificat attestant de votre état lié aux gaz toxiques que vous joindrez à votre dépôt de plainte contre X au Procureur de la République. Nous avons des DEVOIRS mais nous avons aussi des DROITS donc il est temps de les faire valoir et d’agir, d’AGIR VITE.

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