R.C.M. 2015 : impressions fragmentaires avant clôture!

— Par Roland Sabra —

Impressions est le mot qui vient à l’esprit après une semaine intense en projections de films divers et variés.

Impressions tout d’abord et avant toute autre chose pour la belle rétrospective Hong Sang-soo, qui lentement a su mobiliser un public que rien de prédisposait à la découverte d’un cinéaste coréen, plus connu en France que dans son propre pays et totalement ignoré en Martinique, à l’exception de la poignée de spectateurs qui avaient eu la chance de voir  “Haewon et les hommes” il y a deux ans de cela. Impressions donc parce que, c’est devenu un truisme que de l’écrire, Hong Sang-soo s’inscrit dans la veine du cinéma impressionniste. Il est de ceux à l’identité suffisamment charpentée qui peuvent accueillir l’autre. Il reconnait volontiers la dette qu’il a vis à vis d’auteurs occidentaux qu’il s’agisse de Robert Bresson, d’Éric Rohmer, de Luis Buñuel, de Jean Vigo, de Friedrich Wilhelm Murnau, de peintre comme Cézanne, d’écrivain comme André Gide. Son troisième film qu’il réalise en 2000 s’intitule  “La vierge mise à nu par ses prétendants”, comme un clin d’œil à l’œuvre de Marcel Duchamp “La mariée mise à nu par ses célibataires, même” . Néanmoins il reste et il demeure avant tout un cinéaste coréen. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette rétrospective.

Cinéma et musique était donc le thème de cette 10ème édition des Rencontres Cinémas Martinique. Compte tenu des spécificités culturelles de nos iles ce sont ces films qui ont attirés le public le plus large, non pas tant par leurs qualités cinématographiques que par les thématiques  dont ils étaient porteurs centrées sur des biographies restituées sous forme de documentaires. Deux d’entre eux, plutôt bien construits, et dont c’était la première nationale à Fort-de-France méritent le détour. « Nas : Time is illmatic » de One 9 qui n’élude pas les conditions sociales de la réalisation d’un album de Hp-Hop mythique et « Fending Fela » d’Alex Gibney, assez roublard pour construire son film à partir d’archives, d’interviews, de documentaire et d’une comédie musicale montée à Broadway. Musique, engagement social et politique, sexe et drogue, machisme outrancier et générosité sans borne d’un personnage hors du commun. Si l’on compte les courts métrages et le projections en communes c’est sans doute près d’une centaine de films qui ont été programmés. C’était beaucoup. Sans doute beaucoup trop. Des rencontres resserrées autour de thématiques plus précises et préparées par une communication à la hauteur de l’évènement seraient les bienvenues.

Comment se fait-il que si peu d’étudiants aient été présents? Où étaient en particulier ceux qui suivent des cours au Campus caribéen des Arts? Il existe pourtant un département qui s’appelle “Le Cinéma & la Communication”!  On ne pourra se consoler en remarquant que le département ” Les Arts Vivants (Musique, danse, théâtre)” ne fournit pas de troupes plus nombreuses pour les activités qui sont sensées relever de son domaine d’intérêt!  Comment peut-on prétendre faire carrière dans les métiers du cinéma et se désintéresser d’une rétrospective Hong Sang-soo, ou ignorer le travail d’un Jonathan Glazer ou d’un Quentin Dupieux? Et certains de s’étonner que des diplômes débouchent sur le chômage!

Peut-être que les quelques comptes-rendus de films qui relèvent du choix subjectif, forcément subjectif des contributeurs de Madinin’Art et bien imparfaits dans la forme et le fond apporteront des éléments d’informations à celles et à ceux qui ont brillé par leur absence. Une dernière remarque à propos du cycle Hong Sang-soo, le nombre de spectateurs a été en constante progression. Sans doute un effet du bouche à oreille car les medias auront été eux-aussi bien silencieux!

Cela étant, quelques désagréments organisationnels ont perturbé le déroulement du festival. Des horaires annoncés dans la première version du programme, modifiés sans que cela soit signalé, l’invention d’une programmation le 31 juin,  un planning soit disant récapitulatif illisible, un départ de film raté à Madiana, des horaires qui conduisaient à rendre impossible la vision de deux films dans la même soirée, la nécessité de courir de l’Atrium à Madiana, des conditions matérielles d’écoute grandement perfectibles dans la salle Frantz Fanon. On a balancé entre ” abondance de bien ne nuit pas” et “le mieux est l’ennemi du bien”. La déportation d’activités à Madiana a montré ses limites. Il est temps d’envisager un rapatriement de l’ensemble des projections de la région centre de l’île sur l’Atrium. Cela suppose un investissement dans l’achat d’un appareil de projection numérique et l’installation d’un Dolby stéréo  dans la salle Frantz Fanon. La chose prévue en aout 2015 semble reportée sans date précise et sans engagement ferme de la collectivité en charge de la gestion. Les élus auraient-ils l’aimable obligeance de daigner penser à faire en sorte que l’un des arts populaires les plus prisés en Martinique ait les moyens de son activité sans avoir à passer par un circuit de distribution privé? Ou y aurait-il là encore collusion d’intérêts?

A suivre…

Fort-de-France, le 19/06/2015

R.S.

 

 

R.C.M. 2015 : musique ET cinéma dites-vous?conte&salsa

A propos de Yo soy la salsa & de Conte de cinéma mais aussi de Ram-Leela

— Par Roland Sabra —

L’intitulé de la 10ème édition des Rencontres Cinémas Martinique illustre assez  bien les centres d’intérêts des spectateurs martiniquais   :  Musique et Cinéma et non pas Cinéma et Musique. L’ordre d’énumération est symptomatique. La Musique est première, le cinéma ne venant qu’en illustration de la vénérable dame. La soirée du 13 juin à l’Atrium en a été la caricature. Deux films programmés dans la salle Frantz Fanon. Conte de cinéma dans le cadre de la rétrospective consacrée au cinéaste coréen Hong Sang-soo et Yo soy la salsa un documentaire de Manuel Villalona. Moins de dix personnes pour le film coréen, une salle aux trois-quarts
pleine pour le documentaire dominicain. Et pourtant ! L’intérêt  cinématographique des deux prestations est inversement proportionnel au nombre de spectateurs mobilisés. Deux mots sur l’hagiographie musicale consacrée au pape de la Salsa, Johnny Pacheco, musicien, compositeur, arrangeur, producteur et directeur musical né en 1935 à Santiago de los Caballeros, en République dominicaine.…

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R.C.M.2015 : « Under the skin » ou la mort à fleur de peau

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— Par Roland Sabra —

Elle parle peu. Elle vient d’un ailleurs incertain. Lointain. Très loin, d’une autre galaxie. Elle tue sans effusion de mots ou de sang. Dans le froid brouillard d’une banlieue de Glasgow elle cherche. Elle cherche à comprendre cette espèce qu’elle découvre, des êtres masculins, seuls, sans famille, qu’elle attire dans ses filets pour leur faire la peau. A
bord d’une camionnette elle en repère un de cette espèce, le fait monter à bord, s’assure qu’il est bien seul, l’emmène dans une maison isolée et délabrée, à l’intérieur de laquelle se trouve un piège d’une beauté sublime. Elle se dépouille lentement de ses vêtements en reculant. Elle l’attire, l’appelle du regard. Elle marche sur une surface noire, liquide qui progressivement engloutit sa victime et finit par dissoudre l’intérieur du corps qu’il vient d’absorber. Ne reste que la peau comme un voile que la mer emporte. Et elle recommence⋅ Elle recommence jusqu’à se laisser contaminer par l’objet de sa quête.…

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— Par Selim Lander —

Prenant les « RCM », en marche, nous avons par définition raté beaucoup de choses. Quelques impressions néanmoins sur les premiers films visionnés. Parmi les courts métrages récompensés par le Prix de Court, seul le film couronné, Ma Manman D’lo, retient l’attention. Cette histoire d’un jeune garçon perturbé depuis la mort de sa maman, navigue avec bonheurentre réalisme et fantastique, entre jeux d’enfants et chagrin inguérissable. Les personnages sont émouvants, pas seulement celui du petit garçon, mais encore celui du
père, veuf, impuissant à toucher le cœur de son fils. Et tant d’autres : ainsi cet homme qui vient de perdre son frère. Il y a des scènes relevant de l’ethnologie, comme  la veillée mortuaire, ou chaque fois qu’intervient le quimboiseur (?), prêtre autoproclamé d’un culte improbable, acharné à rappeler la morte – ou plutôt son esprit – afin qu’elle revienne apaiser son fils.…

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RCM 2015 : « Turning gate » une porte ni ouverte, ni fermée ! turning_gate-400

— Par Roland Sabra —

Le quatrième film de Hong Sang-soo que l’on a pu voir en France mais deuxième dans l’ordre de programmation des RCM 2015 est sans doute un des plus réussis du réalisateur coréen. On y retrouve des thématiques déjà déclinées qui sont celles d’un refus de la classification et de ce qu’elle implique comme catégorisation, hiérarchisation pour ne pas dire simplification réductrice. Hong Sang-soo cultive l’art de la disjonction inclusive avec pour conséquence de mettre ses personnages dans l’impossibilité de prendre une décision. Gyung-soo est comédien dans la trentaine à qui l’on vient de refuser un rôle à Séoul. Désoeuvré il répond
favorablement à l’invitation téléphonique quelque peu avinée d’une vieille connaissance lui proposant de venir le voir en province. Il lui présentera une amie proche,  une danseuse qui dit-il l’apprécie beaucoup. Apprécier est un mot bien faible. La belle Myung-sook se révèle être raide dingue de Gyung-soo qui en retour n’éprouve pour elle qu’un désir vite déclinant⋅ Quand il découvre que son ami est lui véritablement amoureux de cette femme il décide de fuir par le train chez ses parents et c’est au cours de cet autre voyage qu’il rencontre une autre femme qui connait sur le bout des doigts sa carrière, les films qu’il a tourné, les pièces de théâtre qu’il a jouées.…

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R.C.M. 2015 : « Hill of freedom » une petite merveille!

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— Par Roland Sabra —

Un film épistolaire en rupture avec le mouvement du temps. Won, une femme de Séoul reçoit par la poste un paquet de lettres que Mori, un japonais lui a écrit lors d’une retour sur les lieux de leur rencontre deux ans auparavant. Elle avait repousser  les avance. Émue par ce qu’elle découvre elle laisse tomber dans un escalier les lettres qu’elle ramasse sans pouvoir les reclasser car elles ne comportent ni date ni
pagination. Elle se pose dans un café et poursuit dans le désordre sa lecture des lettres de Mori dans lesquelles il lui décrit les personnages qu’il rencontre dans la  guest-house ou il loge, y compris sa liaison avec la tenancière du restaurant « Hill of Freedom » où elle et  lui se retrouvaient en ce temps où il était amoureux d’elle. Avec le temps va, tout s’en va. L’écriture des lettres a un effet cathartique sur la passion amoureuse de Mori qui va aller s’étiolant.…

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 RCM 2015 :  Celle qui ne voulait pas

Hong Sang Soo : La Vierge mise à nu par ses prétendants

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—- Par Selim Lander —
Plus de deux heures d’horloge avant que la vierge ne consente à renoncer à son pucelage !  Dans la vraie vie, ça ne serait pas bien long, et même pas long du tout. On dirait d’une qui exigerait si peu avant de succomber qu’elle est une fille facile. Cependant, au cinéma, le temps est arbitraire. Un film de deux heures peut raconter minute par minute une action qui prend précisément 120 minutes. Il peut aussi bien raconter – condenser en l’occurrence – une histoire qui s’étire sur plusieurs siècles. Dans le film d’Hong Sang Soo (HSS), la vierge effarouchée dit non pendant des jours et des semaines et même des mois avant de se décider. Entretemps, elle aura néanmoins couché, ou plutôt nous l’aurons aperçue couchée dans le même lit qu’un homme, sans qu’elle veuille ailler au-delà d’un flirt dont on ne dira pas qu’il était aussi frustrant pour elle que pour lui, même s’il le fut, sans nul doute, pour le mâle considéré.…

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 R.C.M. 2015 : La Vierge mise à nu par ses prétendants

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— Par Roland Sabra —

La Vierge mise à nu par ses prétendants est le troisième élément de la trilogie qui a permis de découvrir Hong Sang-soo en France. C’était hier, en 2003. Les deux autres films étaient «  Le jour ou le cochon est tombé dans le puits », titre qui est la reprise d’un proverbe populaire coréen pour évoquer un jour où tout va mal et reprise de façon ironique paur le réalisateur pour célébrer le jour de l’effondrement de la dictature militaire en Corée du Sud, l’autre film s’intitulait «  Pouvoir dans la province de Kangwon ».
« La Vierge mise à nu par ses prétendants » dont le titre est clin d’œil à l’œuvre de Marcel Duchamp « La mariée mise à nu par ses célibataires, même » est le seul de la trilogie en noir et blanc. Comme toujours dans l’œuvre de Hong Sang-soo on retrouve le procédé de la ronde avec une découpe en deux, voire plus rarement trois parties.…

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