Que s’est-il réellement passé au Collège Edouard Glissant du Lamentin?

Le Principal du Collège Edouard Glissant après avoir été suspendu les 04 et 05 février de ses fonctions par le Ministère de l’Éducation Nationale a été autorisé à reprendre ses fonctions le 06 février. La presse nous dit qu’ “après une bagarre relativement bénigne, survenue entre adolescentes au sein du collège, le Principal a convoqué dans son bureau leurs parents. Par la suite, le père excédé par les faits qui lui ont été relatés, a porté à sa fille des coups d’une rare violence. Une scène à laquelle a assisté le Principal. Elle remonte au 25 janvier. Or le chef d’établissement n’a signalé ce fait grave au Recteur que le 29 janvier. Une faute d’appréciation, […) considérée comme une faute professionnelle.” ( France-Antilles du 06-02-13 page 5).

Et l’ensemble des syndicats de prendre position unanimement en faveur du Chef d’établissement, sans évoquer un seul instant le comportement du “parent” et encore moins le sort de la victime. ( voir ci-après). Avec en surplus une déclaration de la fédération des parents d’élèves PEEP qui justifie la violence des coups portés à l’enfant par ces mots terribles : “Un parent a son libre arbitre, s’il corrige son enfant, cela le regarde,. C’est sa façon d’agir, c’est sa méthode.

Cette version des faits est sujette à caution.

D’abord la dite bagarre n’en serait pas une. La Fédération TOTAL RESPECT affirme que le motif de la convocation des parents d’élèves est un baiser lesbien que les deux collégiennes auraient échanger! Ensuite le père serait en réalité un beau-père, mais peu importe, s’il occupe le lit de la mère et fonctionne comme un agent séparateur, on peut le considérer comme père. Les coups qu’il aurait portés étaient d’une telle violence que la jeune fille projetée sur un mur, aurait fini par rouler par terre soulée de coups et le (beau)-père aurait continuer à la frapper. Terrorisée par la violence aveugle qui s’abattait sur elle la jeune file en sang se serait urinée dessus.

Dans ce cas, et sous réserve de confirmation par l’enquête de police en cours, on ne peut que s’interroger sur les véritables motivations d’un signalement tardif de ce comportement auprès des autorités . Une personne en responsabilité éducative peut-elle laisser tabasser dans son établissement une jeune fille? N’y a-t-il pas là non assistance à personne en danger? Qu’est-ce qui fait scandale? Le baiser en lui-même ou son caractère lesbien?  Si le baiser avait été hétérosexuel la réaction de l’administration aurait-elle été la même?  Ne peut-on voir se dessiner là une solidarité de mâles bafoués car comme l’exprime le slogan soixante-huitard “Quand les femmes s’aiment les hommes ne récoltent pas“. Et le beau-père aurait-il péter un câble de la même manière  N’y-a-t-il pas là des complicités souterraines avec des relents d’homophobie?

Parmi toutes les réactions celle de la PEEP est proprement scandaleuse, elle légitime la violence parentale, celle d’un homme sur une jeune fille,, la violence du fort sur le faible. La PEEP irait-elle jusqu’à légitimer la violence des maitres? Elle ose poser cette question : “Comment peut-on considérer qu’un élève est en danger parce qu’il est corrigé par son père ?” La PEEP est-elle dans une telle ignorance des violences parentales? La PEEP ne lit-elle jamais les journaux? La PEEP ne sait-elle pas qu’il existe des millions d’enfants humiliés, battus de par le monde?

Le SNPDEN a eu une réaction prudente. Il se dit “ému” par la situation “complexe” du collègue. Françoise Paraclet du Snes n’a pas ces précautions elle apporte son “total soutien” au chef d’établissement sans s’interroger sur les causes du retard de signalement. Pour ces deux syndicats d’enseignants pas un mot pour la victime. Seule la FCPE par la voix de Chantal Auguste Charlery, à condamné les actes de violence. Elle rappelle les effets dévastateurs des violences physiques exercées sur des adolescents. On ne peut que saluer son courage.

Madinin’Art le 06-02-2013, modifié le 07-02-2013

– Réactions de syndicats de l’Éducation Nationale et d’association de parents d’élèves

Monique Biron, secrétaire académique du syndicat des personnels de direction (SNPDEN)

Nous nous sommes tous émus de la situation dans laquelle se trouve notre collègue. Tous les syndicats sont mobilisés. En ce qui concerne le SNPDEN, nous ne pouvons rester indifférents face au traitement réservé à un collègue, d’autant que nous relevons que depuis quelques années les personnels de direction, les chefs d’établissement sont écartés de leur poste, notamment en fin de carrière. En dépit des nombreuses responsabilités qui nous incombent, en dépit de notre loyauté non démentie, nous ne pouvons nous expliquer ce traitement sévère dont font l’objet les collègues concernés. La situation dans laquelle se retrouve actuellement le principal du collège Edouard-Glissant est complexe. Il ne s’agit pas de nous défausser de nos responsabilités sur les autres. Nous avons de lourdes responsabilités et nous pouvons commettre des erreurs. Nous pensons que la situation mérite une attention soutenue. En tout cas, nous sommes et nous resterons mobilisés.

Françoise Paraclet, secrétaire de la section Snes du collège Edouard-Glissant, représentante de l’intersyndicale (Snes, SE-Unsa, Snetaa-FO)

La communauté scolaire a manifesté son total soutien au chef d’établissement et nous demandons son retour pour que l’équipe éducative en place puisse travailler dans la sérénité. Un courrier, qui a été signé par toute la communauté, a été envoyé au recteur en ce sens. Nous espérons que le ministre de l’Éducation nationale, par le biais du recteur, donnera une réponse favorable à notre requête. Nous avons par ailleurs adressé au principal un mot de soutien.

Mireille Jacques, secrétaire générale de l’Unsa éducation

Le corps enseignant est interpellé par la décision radicale de l’administration rectorale. Son émotion est vive et compréhensible. Hier, un chef d’établissement suspendu au Robert, aujourd’hui, une sanction identique prise à l’encontre de celui du collège Edouard-Glissant. Et demain ? Si nous sommes en droit de nous interroger sur les tenants et aboutissants pour mieux appréhender la situation, nous ne saurions admettre  l’arbitraire. Les conditions difficiles d’exercice du métier, les problèmes éducatifs récurrents auxquels nous sommes confrontés, quelles que soient les fonctions exercées, exigent plus de circonspection dans les décisions. Par ailleurs, par cette gestion calamiteuse de ce dossier, l’autorité administrative a généré des risques psychosociaux chez les personnels de l’éducation, tous corps confondus. Elle semble occulter l’obligation de l’administration vis-à-vis des fonctionnaires : loi n°91-1414 du 31-12-1991, portant obligation pour l’employeur d’assurer la santé et la sécurité des personnels. La décision de rétablir le chef d’établissement dans ses fonctions nous rassure, mais, nous restons toutefois attentifs et vigilants quant à l’évolution de la situation.

Jean-Paul Lugiery, président de l’association de parents d’élèves Peep

Il est dit que le parent a maltraité son enfant, qu’il lui a porté des coups violents, c’est en tout cas ce que dit la presse, et puis nous ne savons pas jusqu’à quel niveau. Quoi qu’il en soit, nous ne partageons pas du tout la sanction prise à l’encontre du chef d’établissement car un parent a son libre arbitre, s’il corrige son enfant, cela le regarde. C’est sa façon d’agir, c’est sa méthode.
Pourquoi un chef d’établissement devrait-il être inquiété pour cela ? Le métier est déjà suffisamment compliqué comme ça! La maltraitance existe, mais c’est un autre domaine. Comment peut-on considérer qu’un élève est en danger parce qu’il est corrigé par son père ?

Chantal Auguste Charlery, de la section FCPE (parents d’élèves) du collège Edouard-Glissant

Nous n’approuvons pas la correction donnée à l’élève. Ce ne sont pas des pratiques que l’on peut cautionner ou défendre car cela peut aller très loin. Il faut protéger les enfants de la violence. Il existe d’autres moyens pour discipliner un enfant. En outre, sous le coup de l’énervement, on ne se contrôle pas et cela peut être la porte ouverte à la maltraitance. Le rôle de parent n’est pas facile, cependant, il faut s’investir et trouver les moyens d’accompagner les enfants. Infliger une correction à son enfant en public peut être dévastateur.

Fédération TOTAL RESPECT

M. AZEROT, OÙ ÊTES-VOUS QUAND LA VIOLENCE HOMOPHOBE FRAPPE EN MARTINIQUE ? RIVIÈRE-PILOTE, MERCREDI 6 FÉVRIER 2013 COMMUNIQUÉ DE PRESSE N°TRF2013-04A

_ Parce qu’elles s’étaient embrassées, le principal du collège Édouard-Glissant au Lamentin a convoqué deux collégiennes le 25 janvier, avec leurs parents, dans son bureau. Lors de ce traquenard, le beau-père de l’une d’entre elles l’a tabassée, projetée contre un mur, frappée à terre : elle a saigné, s’est uriné dessus de peur (sic). David Auerbach Chiffrin, porte-parole de la Fédération Total Respect /Tjenbé Rèd, a déclaré : «Pourquoi des élus tels MM. Azerot ou Occolier, qui jurent ne pas être homophobes mais ne cessent de propager des idées hostiles au mariage universel, restent-ils silencieux face à cet acte ? Pourquoi le principal, qui ne s’est pas interposé & qui a négligé d’alerter sa hiérarchie, a-t-il été admis à reprendre des fonctions qu’il a ainsi trahies ?» Total Respect salue l’engagement de la FCPE qui a condamné cet acte dénonce les déclarations indécentes de la PEEP, qui a vanté le «libre arbitre» du parent violent… Nous demandons à Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, de porter plainte contre ce dernier & de sanctionner le principal qui lui a livré sa jeune victime ; à Serge Letchimy, président du conseil régional, & Josette Manin, présidente du conseil général, de mettre en place une politique de prévention des propos & violences homophobes en Martinique.