Pour un projet de Bienveillance Universelle

Hommage aux victimes de la traite négrière et de l’esclavage

Par Pierre Pastel

Prenons garde que les gestes commémoratifs politiques ne constituent point, par leurs doubles mesures, des injures aux blessures toujours sanguinolentes. 

C’est par une profonde intelligence du cœur que méritent d’être soignées les plaies historiques et mémorielles qui affectent  notre vécu collectif. Il s’agit bien de construire un être-ensemble profondément fraternel, respectueux et apaisé.

Le poids du silence et/ou le manquement officiel au devoir de mémoire interpellent.

Comment poursuivre la construction du vivre ensemble dans une république qui a mal à son histoire ? 

Avec des mots inattendus le sociologue Pierre PASTEL nous propose une méditation qui nous invite à une nécessaire transcendance.

Ce texte a été prononcé en lieu et place de l’homélie lors d’une messe à Monceau Les Mines le dimanche 9 mai 2021, dans le cadre du 12ème festival outre-mer en Bourgogne.

 

Bonjour,

Je tiens à remercier père Yves Garruchet pour m’avoir accordé quelques minutes afin de vous faire une confidence…

Mais avant de m’y atteler, je vais dresser le contexte.

Que nous arrive-t-il ? Que nous faut-il ?

Il y a eu une longue période de notre histoire commune pendant laquelle il a semblé utile, voire essentiel à une partie de l’humanité, notre occident, de traquer, voler, tuer, violer, déshumaniser, plus de 400 ans durant, d’autres êtres humains, mes ancêtres…considérés comme créatures impures.

Il lui a même semblé utile, impératif, voire essentiel de légiférer pour bien

asseoir une telle pratique, fixer les consciences sur un mode relationnel individuel et collectif à avoir vis-à-vis de ces enfants, ces femmes, ces hommes, jeunes, ces adultes du monde à la peau noire.

Henry Queneuil, juriste, dans son livre intitulé « De la traite des Noirs et de l’esclavage, 1907 », soutient qu’environ 80 millions le nombre d’Africains vendus hors du continent comme esclaves entre le XV° siècle et le début du XX° siècles. 1

  En termes de tendance, c’était ce positionnement que toute une civilisation avait choisi de tenir vis-à-vis de ces Personnes humaines.

Et voici ma révélation.

Hier, pendant la nuit, un de mes ancêtres, est venu me troubler dans mon sommeil. Drôle de rêve !

« Lève-toi, me dit-il. Je suis un homme comme toi. 

Ecoute, ce que je vais te dire est aussi valable, je pense, pour toi aujourd’hui comme cela l’a été pour nous, « antan lontan » (au temps de longtemps »)

Pendant toute cette période de désolation que nous avons vécue, nous avons fortement souhaité qu’il y ait une pandémie mondiale, une sorte de méga virus qui embraserait le corps, l’esprit, la pensée, l’âme de tous les humains : l’Amour.

Oui, nous avons rêvé que ce virus de l’Amour transporte tout sur son passage pour changer le cours des choses.

Nous avons imaginé des Clusters partout sur cette planète, des clusters où chacun se filerait généreusement, sans état d’âme, l’Amour.

Des cas contact, oui, oui, des contacts, nous y avons pensé. Dieu seul sait, s’il y en a eu parmi nous. Nous aurions voulu que tous soient cas contact de l’Amour.

Des variants, des variants de l’Amour : tels l’amitié, l’empathie, la courtoisie, le respect, la solidarité locale, internationale, le partage égal, nous les avons attendus. Ces variants, nous les avons espérés, là aussi, partout où il y a des humains. Nous avons soupiré qu’ils soient, Espagnols, Hollandais, Anglais, Indiens, Russes, Cambodgiens, Allemands, Africains, Haïtiens, Martiniquais, Israéliens Palestiniens, Guadeloupéens, Italiens, Portugais, Réunionnais, Malgaches, bref, des variants à l’échelle mondiale.

Dans le rêve, je me suis permis de l’interrompe et de lui dire : dans ta liste tu aurais pu citer la France, non !

Interloqué, il me répond : le pays des droits de l’homme ? de tous les hommes ? Bien évidemment. Pour Cette France, nous pensions à un variant de l’Amour beaucoup plus dévastateur que ceux des autres contrées de la terre … : Nous pensions au variant : Amour puissance infinie.

Poursuivant sa révélation il me dit d’un air joyeux : nous l’avons essayé entre nous. Nous espérions qu’il y en eut et nous espérons encore qu’il y en aura assez pour tous dans ce monde que nous voyions et que nous rêvons sans frontières.

Mais de quoi parles-tu ? lui dis-je encore

Du remède, voyons s’agace-t-il ! Le remède contre les jambes coupées, le remède contre les corps flagellés à chaire nue avec des fouets trempées dans de l’eau saumurée bien pimentée lorsque mes amis cherchaient à fuir leur sort et qu’ils se faisaient attraper, le remède contre l’égoïsme, le racisme, la discrimination, le remède contre le complexe d’infériorité, celui contre le complexe de supériorité, le remède contre le pillage des richesses en Afrique par exemple, le remède contre le partage inégal, le remède contre les ententes implicites et/ou explicites concluant à laisser périr des humains dans la méditerranée aux portes de l’Europe aujourd’hui, le remède contre les génocides, celui contre les armes chimiques pensées, inventées pour détruire une partie de l’humanité, le remède contre la citoyenneté à deux vitesses, le remède contre le déni, celui du capitalisme incontrôlé et dévastateur…

Un seul et unique remède.

De quel remède parles-tu ? fis-je, un brin pressé de savoir.

Il marque un temps de silence et me dit…

Un vaccin. N’aie pas peur ! C’est le vaccin de l’Amour.

Il y a un seul effet secondaire à prévoir : l’Amour de soi, l’Amour des autres, la sérénité, la concorde sociétale, civilisationnelle.

Personne ne peut refuser cette eau vive, cette énergie vivifiante, salvifique même, à qui que ce soit. C’est bon pour l’âme.

Rassure-toi, je sais que ce n’est pas et que ce ne sera pas évident à fabriquer, mais il n’y a pas de besoinde grands scientifiques pour en produire, c’est à la portée de tous. Il y a toute une éducation du regard à faire ! Un projet de bienveillance universelle à nourrir.

Il faut seulement un temps, parfois un long temps de maturation, de silence intérieur, le temps de consulter sa raison avant d’agir, de dépasser ses certitudes, ses suffisances, le temps de se laisser guider pour faire individuellement, collectivement, comme vous tentez de le faire ces jours-ci en Bourgogne, le temps donc de faire le tri entre l’Utile, le Futile et l’Essentiel et de constater qu’il est là, qu’il doit être là : l’AMOUR. L’Amour inconditionnel, transpersonnel, l’Amour.

Attention ! Me recommande-t-il enfin. Ce qui a été vécu hier continue à faire mal à tous, Aujourd’hui. Cela interroge notre conscient aujourd’hui. Quel/ sera / notre choix ? Le monde n’est que ce que nous en faisons. Egoïsme ou Amour Fraternelle ?

………

J’ai oublié de vous dire qu’il m’avait aussi confié qu’il était le frère de Jésus.

Pierre Pastel, Sociologue/Psychothérapeute

 

1Henry Queneuil, De la traite des noirs et de l’esclavage, la Conférence de Bruxelle et ses résultats/ Pour la thèse de doctorat. Faculté de droit de l’Université de Paris. (Janvier 1907)